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Bergers, Srinagar, Inde

Agriculture et alimentation, une occasion manquée ?

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Après une semaine de débats, les députés doivent se prononcer aujourd’hui par un vote en première lecture sur le projet de loi agriculture et alimentation.

Bergers, Srinagar, Inde
Bergers, Srinagar, Inde Crédits : S. Majeed - Getty

Le texte est jugé « peu ambitieux » par ses détracteurs. « Sur ces questions d’agriculture, de santé, d’alimentation, c’est le lobby de l’agrochimie, c’est le lobby de l’élevage concentrationnaire, c’est le lobby de la malbouffe qui a gagné » estime l’eurodéputé Yannick Jadot. Oubliée la promesse présidentielle d’interdire le glyphosate en trois ans, et les associations de défense de la cause animale dénoncent toute une série de renoncements. DansLes Echos, Gaspard Koenig défend « Une idée libérale pour le bien-être animal ». Au-delà de la définition juridique qui reconnaît aujourd’hui l’animal comme un être vivant doué de sensibilité et impose un certain nombre d’obligations aux humains en interdisant la maltraitance, le philosophe évoque une position, « fondée non pas sur les droits subjectifs mais sur l’idée, chère aux libertariens, de propriété de soi. Si l’animal possède suffisamment d’individualité pour s’appartenir à lui-même, mais trop peu de capacité de projection pour être responsable de ses actes, alors la relation à l’homme pourrait s’envisager sur le modèle du trust, développé par certains juristes anglo-saxons. Le possesseur d’un animal deviendrait donc son trustee, à charge de représenter et d’assurer ses intérêts. Ce serait une sorte de gardien, davantage qu’un propriétaire, mais moins qu’un égal. » Une notion avancée aujourd’hui s’agissant de la robotique. Sur le glyphosate, le débat est ouvert dans La Croix : Christian Huyghe précise que des options existent pour le remplacer « mais au prix d’une organisation du travail des champs sinon plus chronophage, du moins mentalement plus complexe pour l’agriculteur ». L’agronome à l’Inra évoque des techniques actuellement à l’essai : le désherbage à haute pression ou à haute température (100 °C). Mais il relève que « pour les cultures de légumes de plein champ destinés à l’industrie alimentaire, on est dans l’impasse. En effet, les champs de petits pois, haricots verts ou carottes doivent être totalement indemnes de plantes toxiques comme la stramoine. Si un pied de cette plante est détecté dans un champ, toute la récolte est à jeter. » Éric Thirouin, Président de la commission environnement de la FNSEA et agriculteur en Eure-et-Loir estime qu’il n’y a « rien dans les cartons pour dans trois ans ». Et il passe en revue des solutions étudiées par les agriculteurs : le déploiement d’outils de désherbage mécanique, le biocontrôle (méthodes de protection des cultures basées sur le recours à des organismes vivants ou des substances naturelles) ou des pratiques agronomiques comme la fertilisation, irrigation, structure du sol… Dans Le Figaro, Pierre Vermeren élargit la focale. Son article des pages Champs libres du quotidien est un cri d’alarme. Il s’intitule Le syndrome de l’île de Pâques : « Au cœur du Pacifique – écrit-il – l’île de Pâques et ses géants de pierre demeurent les témoins muets d’une civilisation disparue. Des hommes et des femmes y ont vécu, aimé, habité et consommé. Jusqu’à l’extinction des espèces par épuisement complet des ressources. Les hommes ont disparu. La nature a reconquis le territoire. » L’historien du Maghreb et des mondes arabo-berbères sort de son sujet pour souligner qu’« au rythme des destructions de la nature qui sont opérées depuis les années 1980, il n’est pas exclu que la folie des hommes les conduise au même chaos, planétaire cette fois. » Car « à prolonger les courbes de destruction de la faune et de la flore en cours depuis quarante ans, l’hypothèse prend sens. » Le constat est détaillé, il est malheureusement connu sur la faune, la flore, les insectes, les ressources marines, et l’historien s’en prend notamment à « l’agriculture moderne, pilotée et subventionnée à bout de bras par la Politique agricole commune et une armée de docteurs Folamour de l’agronomie (comme ceux qui ont promu les néonicotinoïdes, ces produits toxiques de la chimie moderne qui sont utilisés comme pesticides et déciment précisément les abeilles) » et qui, de fait « conduit à la mort symbolique des paysans ; à la disparition des animaux de basse-cours et des animaux des prés (désormais enfermés) ; à l’élevage industriel intensif hors-sol des animaux de boucheries - le petit Danemark produit autant de porcs que la France, la terre ne servant plus à rien quand le hors-sol se substitue aux prairies; puis à la disparition des animaux sauvages, insectes compris, et des fleurs des champs. » Et d’en appeler à « deux prises de conscience » : « manger plus sainement » et « cantonner les villes et leurs activités à leurs périmètres ». Dans Charlie Hebdo, Fabrice Nicolino pointe une autre menace : le tourisme de masse, « 1,3 milliards de touristes aggravent le dérèglement climatique en bouffant de la viande et en prenant l’avion », imposant leurs goûts et leurs préjugés à des peuples qui finissent par dépendre d’eux ». A l’horizon 2040 ils devraient être 2 milliards, dont 10% pour la seule Chine. Les touristes tuent la culture des peuples autochtones, « leur dérobent leur eau, leur pain, leur artisanat, leur culture », quand ils n’abâtardissent pas leurs langues. Et risquent de transformer leurs territoires en île de Pâques new age… 

Par Jacques Munier

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