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La dette publique finance surtout de l'investissement

La " servitude volontaire " de la dette

5 min
À retrouver dans l'émission

Les chiffres de la croissance publiés par l’Insee sont l’occasion d’une réflexion élargie sur le dénommé « poids de la dette ».

La dette publique finance surtout de l'investissement
La dette publique finance surtout de l'investissement Crédits : AFP

« Dette publique : pas de panique ! » C’est le titre de l’article de Christian Chavagneux dans le mensuel Alternatives Economiques. « La dette française frôle les 100% du PIB. Et alors ? Ce n’est pas elle qui devrait nous inquiéter le plus. » D’abord parce que la situation de la dette doit s’apprécier au cas par cas : 

Avec une dette publique de l’ordre de 55% du PIB, l’Argentine est en pleine crise tandis que le Japon vit sans souci avec ses 235% 

Ensuite parce c’est en partie la dérégulation libérale des dernières décennies et la financiarisation de l’économie qui, à la fois expliquent cette croissance de la dette et justifient les mesures coercitives pour la réduire, notamment en taillant dans les budgets sociaux. La boucle est bouclée : c’est machiavélique mais ça marche ! Christian Chavagneux ajoute les baisses d’impôts pour les tranches supérieures et les sociétés, une tendance constante depuis des décennies : en 2010, un rapport de l’INSEE montrait qu’ « en l’absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible ». La montée des inégalités favorise ceux dont les moyens accumulés sont davantage portés sur l’épargne que la consommation. Et « avec le capitalisme actionnarial, les profits se transforment plus en dividendes qu’en investissements ». Conclusion : « ceux qui expliquent la montée de la dette par une explosion des dépenses se trompent. » Car si l’on exclut du déficit budgétaire les investissements publics – essentiels pour l’économie et la croissance – on tombe à un chiffre de 1,1% du PIB en 2018 ! 

La "dette brute"

C’est la définition et le contour même de la dette qu’il faut examiner de près, selon Jacques Rigaudiat, dans un ouvrage paru aux Éditions du Croquant sous le titre La dette, arme de dissuasion sociale massive. À commencer par la notion de « dette brute », qui récapitule « l’ensemble du passif de nos institutions sans en déduire aucune des créances » : leurs ressources ou leurs actifs. « C’est tellement vrai que chaque trimestre l’Insee, qui a sans doute quelque remords à ne publier qu’une statistique aussi fruste aux yeux de ses propres experts, publie simultanément les chiffres de la dette brute (maastrichtienne) et ce que les comptables nationaux appellent la dette nette. » Et c’est justement le mode de calcul habituel de la dette que récuse l’économiste, ex-conseiller social de Rocard et Jospin. En rappelant l’histoire et le détail des fameux « critères de Maastricht » : déficit public inférieur à 3% du PIB, et une dette ne dépassant pas 60% du PIB, avec une appréciation possible « en tendance ». Dans l’angle mort : la financiarisation. Car ce qui importe désormais, ce n’est pas tant la taille de la dette, mais qu’elle se risque « au péril des marchés ». L’interdiction faite aux banques centrales de financer les États contrevient à leur tendance naturelle à intervenir dans la vie économique en prêtant aux banques, qui éventuellement prêtent aux États comme elles le font avec les entreprises. « Avec de telles dispositions, le sort de la Grèce aurait été complètement changé. » Pour mémoire : 

La purge austéritaire subie par la Grèce a entraîné une chute de 30% du PIB entre 2008 et 2017. Aussi l’endettement de ce pays qui était de 103% du PIB en 2007 est passé à 180% en 2016.

Bel effet paradoxal de l’intervention de la troïka – BCE, Union européenne et FMI. Derrière l’inefficacité des mesures imposées aux populations pour « sortir de la crise » et l’injonction à résorber les déficits publics se cache peut-être un projet : que l’État se désengage des politiques sociales. « La dette de la sécurité sociale sera bientôt remboursée et les taux d’intérêts actuels sont l’occasion pour l’État de mettre plusieurs milliards de côté. La dette n’est donc pas ce que l’on en dit. Elle sert d’arme de dissuasion sociale massive » conclut Jacques Rigaudiat. 

Marchés : le scénario d'un bras de fer

Dans Le Monde diplomatique Renaud Lambert et Sylvain Leder imaginent le scénario d’une rupture avec le pouvoir des marchés, une disruption dirait-on aujourd’hui… « Relance de l’économie réelle, transformation de la démocratie sociale, intégration des questions environnementales, réforme des institutions… » Aucun des dispositifs présentés dans l’article ne constitue une innovation, ils empruntent tous à des mesures déjà réalisées ou à des économistes les dispositions offensives pour se libérer de l’emprise des marchés. Face à la fuite des capitaux dans la perspective d’une ressaisie de la souveraineté économique : « un dépôt de garantie (de l’ordre d’un tiers) qui n’est restitué que sous certaines conditions : un temps minimum de présence sur le territoire », de manière à limiter « les activités spéculatives sans entraver les investissements productifs, les exportations ou les importations ». Contingenter les retraits d’espèces aux guichets pour les limiter aux besoins du quotidien et éviter l’évasion fiscale. Annoncer un moratoire sur le paiement de la dette pour imposer les conditions de son remboursement… Les solutions existent. 

La question que pose le projet d’émancipation par rapport aux marchés n’est donc pas technique, mais politique. 

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