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E. Wargon et une délégation  de gilets jaunes, le 15/01/2019  au Grand Bourgtheroulde

Le grand débat

5 min
À retrouver dans l'émission

Le grand débat national a débuté le 15 janvier et déjà il fait débat…

E. Wargon et une délégation  de gilets jaunes, le 15/01/2019  au Grand Bourgtheroulde
E. Wargon et une délégation de gilets jaunes, le 15/01/2019 au Grand Bourgtheroulde Crédits : AFP

« Dans l’inépuisable conversation démocratique qui s’est ouverte en France depuis le 17 novembre – écrit Albert Ogien dans les pages idées de Libération – il n’est pas d’argument fustigeant l’irrationalité ou l’incapacité politique des citoyens qui n’ait été opposé aux revendications des troupes jaune fluo. » Le sociologue plante le décor et prévient qu’il va falloir s’y faire : « un nouvel ordre est en gestation, dont témoigne la multiplication de ces pratiques politiques autonomes de citoyens qui entendent, directement et à l’écart des organes officiels de la représentation, peser dans l’avenir du monde où leurs vies s’inscrivent. » Pour lui faire place, il faudrait adopter « une tout autre façon d’envisager les relations politiques », davantage « d’humilité et d’intelligence des raisons d’autrui du côté des gouvernants », en rabattre sur le « dogmatisme » chez les idéologues et développer le sens de l’écoute et du débat argumenté côté protestataires.

Les non-dits du grand débat

Aujourd’hui, les conditions d’un grand débat national ne sont pas vraiment réunies, selon Julien Talpin dans le mensuel Alternatives économiques. Le chercheur en sciences politiques, codirecteur du Groupement d’intérêt scientifique Démocratie et participation, a observé sur le terrain un « sentiment croissant de perte de souveraineté » que reflète l’importance des questions démocratiques dans les revendications des gilets jaunes. 

Pour qu’un débat permette à chacun – et en particulier aux classes populaires – de s’exprimer, il ne suffit pas de convoquer une grande assemblée, qui est un modèle souvent peu inclusif.

Jean-Pierre Le Goff, dans Le Figaro, estime que « Le grand débat a des allures de boîte à idées managériale pour améliorer la productivité et la qualité. Il renvoie à la société l’image d’un État qui demanderait aux citoyens de lui faire des propositions pour améliorer sa politique et consolider ses fonctions. Le message est paradoxal et brouillé dans une situation anxiogène où les citoyens se demandent sur quoi cette crise va déboucher. » Réalistes – ou cyniques – d’autres arguments plaident cependant en faveur du « rôle de catharsis » que peut jouer un tel débat dans le contexte actuel, « par une prise de parole qui rompt avec la violence et les exactions, permet de respirer un peu en attendant les élections européennes qui ne sont pas loin ». Cela dit, « Le débat peut enfler comme une bulle avec l’illusion que l’on a traité les problèmes parce qu’on en a beaucoup parlé. » Et en prenant « le risque de susciter des attentes tous azimuts impossibles à satisfaire » le pouvoir pourrait se retrouver confronté à un douloureux « retour au réel », avec une méfiance accrue envers la politique et l’État. Le sociologue, spécialiste notamment de l'idéologie du management, relève par ailleurs que la volonté affichée de poursuivre la politique engagée avec des accents d’évidence déconsidère d’emblée ses adversaires. 

Le débat politique tend alors à se confondre avec des leçons de gestion en économie où la question centrale est de savoir comment on finance, dans un cadre contraignant, telle ou telle mesure dans un système de vases communicants où l’on ne peut habiller Pierre sans déshabiller Paul et réciproquement. La politique se dissout dans une mécanique gestionnaire sophistiquée dont les responsables s’efforcent tant bien que mal de faire comprendre le mode d’emploi. 

Où sont les jeunes ?

Dans Le Monde, Thibault Genouville se demande où sont les jeunes ? « Alors que l’abstention des jeunes a atteint un nouveau record en 2017, avec moins de 20 % des électeurs de moins de 29 ans ayant voté, « leur participation aux échanges sera scrutée de près par un gouvernement soucieux de renforcer son lien avec les Français. » Or, jusqu’à présent ils brillent par leur absence. Renaud George, le maire LRM de Saint-Germain-au-Mont-d’Or (Rhône), qui accueillait le 16 janvier la première réunion citoyenne du grand débat national, évoque « une génération plutôt smartphones et réseaux sociaux que troquets et réunions publiques (…) qui ne s’intéresse à la vie locale qu’à partir du moment où ils ont des enfants ». Et Charles Fournier, vice-président de la région Centre-Val de Loire en charge de la transition écologique et citoyenne, ajoute deux facteurs plus politiques : la « faible représentativité des jeunes dans le paysage politique » et « la nature des sujets, trop généralistes et pas assez contextualisés en fonction de la jeunesse ». Le mouvement Allons enfants, qui s’emploie à impliquer les jeunes en politique, compte bien saisir l’occasion pour se faire entendre. « Les jeunes souhaitent être associés aux décisions dont ils subiront les conséquences », affirme Pierre Cazeneuve, le fondateur du mouvement âgé de 23 ans. Parmi les sujets mobilisateurs : le développement durable et l’évolution des institutions. Denis Saint-Amand a collecté pour le site d’information et d’analyse AOC quantité de tags et slogans des gilets jaunes dans l’esprit potache de mai 68. Le grand débat national a inspiré ce genre de « détournements » : « Ce n’est qu’un débat, continuons le combat », « La grande débâcle », « Vivement le grand dégât national ! », ou encore le charmant « On préfère les grands ébats au grand débat ».

Par Jacques Munier

A lire aussi :

Le reportage du site Les Jours aux Abrets, en Dauphiné, pour la séance du grand débat national le 25 janvier 2019

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