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Tony Blair et  Gerhard Schröder, novembre 1998

Changer la société, refaire de la politique

5 min
À retrouver dans l'émission

A la veille du congrès du PS (7 et 8 avril) on peut s’interroger sur le recul de la social-démocratie en Europe.

Tony Blair et  Gerhard Schröder, novembre 1998
Tony Blair et Gerhard Schröder, novembre 1998 Crédits : Chaperon/ullstein bild - Getty

Pour Kevin Kühnert président des jeunes du SPD, figure de proue des opposants à une nouvelle grande coalition entre le SPD et la CDU d’Angela Merkel, qui s’exprime dans Le Monde l’amorce du déclin date de la fin des années 1990, lorsque Gerhard Schröder et Tony Blair faisaient le choix de ce qu’ilsdésignaient comme « la troisième voie » entre le néolibéralisme et la social-démocratie.

La « troisième voie »

C’est alors « que toute une famille de partis s'est engagée sur la voie d'un changement fondamental de son programme. Ils ont dérégulé les marchés du travail parce qu'on leur avait expliqué que cela garantirait la compétitivité internationale. Ils ont privatisé des pans essentiels des systèmes publics de sécurité sociale, parce qu'ils s'étaient persuadés que les organismes privés étaient capables de mieux faire. Ils ont démantelé l'Etat en économisant sur le personnel et en supprimant nombre d'éléments que les critères de l'économie de marché faisaient paraître non rentables. » Ce faisant ils ont tourné le dos à ce qui avait constitué leur « performance historique » : avoir « construit des systèmes sociaux et organisé l'accès à l'éducation », « humanisé le marché du travail et conquis des droits pour les femmes », « assuré la paix et aidé l'Europe à resserrer ses liens ». Et c’est ainsi qu’ils ont laissé le champ libre aux populistes de droite :  

Lorsque la social-démocratie a cessé de parler de la valeur du travail et de la répartition de la richesse sociale, eux se sont mis à parler des réfugiés et des identités nationales. Nous nous sommes laissé imposer l'agenda de l'extrême droite politique 

conclut Kevin Kühnert qui dénonce, dans le contexte de la mondialisation, une tendance délétère des partis sociaux-démocrates à privilégier « des politiques d'adaptation – dans un contexte marqué par la domination de l'idéologie libérale – sans pouvoir redéfinir un projet propre, diluant ainsi une part de leur identité et dissociant leurs électorats ». Même constat chez l'historien du socialisme Alain Bergounioux, qui déplore l’abandon d’une culture « forgée au fil des combats du siècle passé, définie souvent de manière pragmatique, capable d'équilibrer des tensions politiques, économiques, sociales, parfois antagonistes, dans un cadre démocratique. Cette manière de dessiner la voie d'un progrès raisonnable a été et est toujours critiquée dans une vie politique qui aime la radicalité. » Selon lui, son bilan « plus qu'honorable » montre que « les valeurs et les objectifs du socialisme ne sont pas épuisés » et « correspondent même plutôt bien aux aspirations actuelles d'une grande majorité, de réunir l'efficacité et la solidarité, l'ouverture et la protection ».

Refaire de la politique

Changer de société, refaire de la sociologie, on se souvient que Bruno Latour avait publié sous ce titre à La Découverte en 2006 une synthèse de la théorie de l'acteur-réseau, un champ de recherche en sciences sociales issu des Science and technology studies. Il y développait une approche de la sociologie en termes d'association, le social résultant d'associations d'entités hétérogènes et non d'une définition a priori. De nombreuses initiatives citoyennes se développent sur ce modèle, qui redonnent vie et substance à la démocratie en acte. Sur le site de La Croix, Béatrice Bouniol évoque le bilan des « Fabriques de la transition démocratique », qui coordonnent et accompagnent les innovations politiques à l’œuvre dans plusieurs régions. Il s’agit d’un « projet porté par l’Institut de recherche et de débat sur la gouvernance (IRG), un think tank associatif né d’un constat connu : notre pays vit une véritable crise démocratique, marquée par l’abstention et la montée des extrêmes, alors qu’en Europe apparaissent des démocraties illibérales, comme en Pologne ou en Hongrie ». L’idée est de « coproduire l’action publique » et d’expérimenter « d’autres façons de faire : budgets participatifs, conseils citoyens, agoras, civic tech, implication habitante… » Avec en perspective un objectif ambitieux : « décider, ensemble, des valeurs et du modèle de développement de demain » afin « d’opérer la transition écologique et sociale qui s’impose à nous ». L’économie sociale et solidaire pour faire face à l’ubérisation, c’est le sujet de la table-ronde dans les pages Débats de L’Humanité. Anne-Cécile Dockès, présidente de Solidarité étudiante explique comment, face à une décision du CROUS de confier au privé des lieux de vie étudiante et de restauration, son association a entrepris de créer une coopérative pour autogérer ces espaces ainsi que des logements en association avec des salariés et des partenaires du milieu universitaire. « En tant que syndicalistes étudiants, on pensait qu’il fallait en passer par le droit du travail – souligne-t-elle. Mais en tant que dirigeants de l’ESS, de la coopération, on a rencontré plein de jeunes qui nous expliquaient ne pas vouloir du duo employé-employeur, du lien de subordination induit. » Une initiative qui leur a ouvert des horizons nouveaux « sur l’entrepreneuriat comme sur les évolutions du travail ». Et a entraîné la création d’une plate-forme accueillant des projets « qui mettent la démocratie en leur cœur ». 

Par Jacques Munier

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