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Les Effronté-es, place de la République, 29/10/17

La femme est l’avenir de l’homme

5 min
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Face la recrudescence du sexisme et des faits de harcèlement, on peut s’employer à dégager l’horizon.

Les Effronté-es, place de la République, 29/10/17
Les Effronté-es, place de la République, 29/10/17 Crédits : B. Guay - AFP

Un train peut en cacher un autre. En l’occurrence une rumeur infondée de harcèlement sexuel visant Nicolas Hulot a mis deux journalistes du magazine Ebdo sur la piste d’une autre affaire, plus ancienne, mettant en cause l’actuel ministre de la Transition écologique et solidaire. Anne Jouan et Laurent Valdiguié ont mené l’enquête auprès de l’intéressée et de trois membres de sa famille : Nicolas Hulot aurait abusé d’elle durant l’été 1997 dans l’une de ses résidences. « Comme souvent dans ce genre de cas (seules 13 % des femmes déposent plainte), la victime présumée a d’abord décidé de ne pas en parler, ni à son entourage professionnel ni à sa famille. Une grande famille française qui aurait été secouée par « le scandale d’une plainte », selon un de ses membres. » Pour les proches, après la souffrance « pour toutes ces années de silence » est venu le temps de la « colère sourde ». Et toujours cette « difficulté à prononcer le mot viol. Comme si nommer les choses renforçait encore, vingt ans après, la douleur de tous ceux qui partagent le secret. « Ma fille n’a jamais utilisé le mot “viol” devant moi, glisse le père de la jeune femme. Elle a toujours préféré parler d’acte sous contrainte. » Les journalistes ont pu s’entretenir longuement avec la victime qui souhaite garder l’anonymat. Son récit est édifiant. Multipliant les signes de réprobation adressés à son suborneur et présumé violeur – elle avait vingt ans à l’époque des faits, lui 42 – elle explique aujourd’hui qu’elle n’avait pas voulu déposer plainte : « Mon but n’était pas de le faire juger, mais de le mettre devant sa conscience. » Pourtant, en 2008, l’année suivant la prescription de dix ans, elle décide de raconter son histoire à un officier de gendarmerie. Suite à la déposition, Nicolas Hulot est convoqué et nie les faits. C’est cette affaire dont parle aujourd’hui le ministre, classée sans suite. Et pour cause : elle était prescrite. Deux journalistes de l’hebdomadaire Le Point croient savoir qui est cette victime murée dans son anonymat : une petite-fille de François Mitterrand. Mais au-delà des personnes, la question se pose à nouveau devant la recrudescence des dénonciations révélant une prolifération de harcèlements et de comportements sexistes alors que l’égalité a progressé entre hommes et femmes, et notamment dans les pratiques sexuelles. 

Analyser le sexisme dans le cadre d’un système 

Pour Michel Bozon, le paradoxe n’est qu’apparent, il révèle en fait la clé du phénomène. Le sociologue signe un éclairant article dans Le Monde diplomatique : selon lui, il faut analyser le sexisme dans le cadre d’un « système », « dont les manifestations dans un domaine de la vie sociale se renforcent par les inégalités dans d’autres sphères, ce qui leur donne une redoutable cohérence et les rend difficiles à ébranler : l’inégalité des salaires, la surcharge de travail domestique des femmes, leur plus grande précarité professionnelle, leur faible présence dans la vie politique… » S’il est vrai qu’une ouverture des possibles s’est produite pour les femmes dans les dernières décennies, « les résistances à l’égalité ont revêtu aussi de nouvelles expressions parmi les hommes ». Michel Bozon souligne que si « dans les comportements sexistes, on met systématiquement en avant les aspects sexuels (des porcs censés n’avoir aucune retenue), c’est bien autre chose qui est en jeu ». Devant les progrès de l’égalité, notamment en matière de sexualité, il s’agirait de « remettre les femmes à leur place ». Alors que « la valeur de réciprocité entre les partenaires progresse », et que « la passivité féminine a cessé d’être la norme », les attitudes sexistes, la drague importune, le harcèlement et la violence « ont moins pour but de satisfaire des besoins sexuels que de créer des situations intimidantes, voire humiliantes, rappelant que l’espace public est le lieu des hommes ». La hausse patente, dans les dernières décennies, de la satisfaction que les femmes « expriment à l’égard de leur vie sexuelle et la proportion élevée de celles qui déclarent avoir eu un orgasme lors de leur dernier rapport (81% dans les années 2000) sont liées à leur attitude désormais plus active au cours de l’interaction sexuelle » observe le sociologue, qui voit là une menace caractérisée pour la domination masculine entretenue par le mythe qui voudrait que « le désir féminin reste la plupart du temps en veilleuse tant qu’un homme ne le réveille pas ». La meilleure preuve en est l’opprobre qui s’abat encore sur celles qui manifestent un désir explicite. Conclusion politique : « les violences dénoncées sont une réaction à la progression vers plus d’égalité ; elles sont réactionnaires. » Choderlos de Laclos écrivait déjà au siècle des Lumières dans De l’éducation des femmes : « Venez apprendre comment nées compagnes de l’homme, vous êtes devenues son esclave. Apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution. Cette révolution est-elle possible ? C’est à vous seules de le dire. » L’auteur des Liaisons dangereuses, l’ode aux jeux de la séduction réciproque, ajoutait que les femmes « surent à leur gré faire naître et diriger les désirs : ainsi naquirent la beauté et l’amour », une sublime réponse à l’asservissement. Et le pari enivrant d’une émancipation commune aux deux sexes.

Par Jacques Munier

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