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Tesoro Oil Refinery, Fidalgo Bay, Washington State, USA,

Wilderness, l’état sauvage

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Cette notion typiquement américaine, ainsi que la tradition philosophique et politique qui s’en réclame, sont aujourd’hui mises à mal par l’administration Trump.

Tesoro Oil Refinery, Fidalgo Bay, Washington State, USA,
Tesoro Oil Refinery, Fidalgo Bay, Washington State, USA, Crédits : K. Schafer - Getty

« Le salut du monde est dans l’état sauvage » affirmait Henri David Thoreau. Avec le philosophe Emerson, des poètes comme Walt Whitman, des naturalistes comme John Muir ou le militant écologiste Aldo Leopold, ils ont donné corps à la notion de wilderness, l’état ou la nature sauvage – qui est aussi la nôtre – et qui a notamment inspiré la politique de protection conduisant à la création des parcs nationaux. La dernière livraison de la revue America pose la question, ouvrant ce nouveau chapitre désastreux de l’ère Trump : Que reste-t-il de l’Amérique sauvage ? 

Le pétrole, « religion d’État »

L’enquête hallucinante de Philippe Coste sur le pétrole « religion d’État » montre en détail l’acharnement d’une administration vouée à « détruire les acquis environnementaux de Barak Obama », jusqu’à la « mesquinerie politicienne presque comique » consistant à suspendre ou annuler les règlements sur les insecticides les plus nocifs, l’usage par les chasseurs des munitions au plomb, dont les reliquats empoisonnent la faune, les normes sur les filets de pêche protégeant baleines et dauphins, et même à relever le tarif d’entrée des parcs naturels à un niveau prohibitif, en restreindre l’étendue ou les ouvrir à la prospection de l’uranium… Mais le pire concerne le secteur de l’énergie et notamment le pétrole. On sait que le président américain, dès son entrée en fonction, « a donné le feu vert aux travaux des pipelines Dakota Access et Keystone XL, dont les débuts avaient provoqué l’affrontement de Standing Rock entre les Indiens de la réserve, leurs soutiens et les forces de l’ordre ». Il a également poussé la provocation jusqu’à nommer à la tête de l’Agence de protection de l’environnement l’homme qui lui avait intenté quatorze procès au nom de son État, l’Oklahoma, en faveur de l’industrie des énergies fossiles. Le nouveau directeur s’emploie à suspendre « le calcul des futures normes d’émission et de consommation des véhicules » et s’attaque aux règlements sur les dégagements de méthane par les forages. Les règlements qu’il ne peut combattre, il s’ingénie à ne pas les appliquer : en 2017, le nombre d’infractions constatées par son Agence a diminué de 30% et le montant des amendes de 60%.  

Il est le premier directeur d’un service public américain à avoir requis une coupe de 31% de son budget 

qui entraînera si elle est validée par le Congrès « une suppression de 3000 postes de fonctionnaires et scientifiques, et une réduction de 72% des fonds alloués à la promotion des énergies alternatives ». Et surtout, le terme « changement climatique » est banni du site de l’Agence, le mot « science » disparaît au profit de ceux d’économie et « technologie ». 

Menaces sur la santé publique

Philippe Coste dénonce aussi l’emprise des industries pétrolières et gazières sur tous les domaines de la vie sociale, l’appauvrissement des populations, les « infrastructures décaties » et le paysage apocalyptique élevé sur d’immenses sites d’extraction : 

Une enfilade de derricks, de compresseurs et de réservoirs massifs, si proches les uns des autres qu’ils évoquent une interminable usine dévorant la plaine de l’Oklahoma.

Une logique destructrice enchaîne les prédations et pollutions : « Pour une grande compagnie un site n’est rentable que pendant deux ans au plus, au terme desquels il est revendu à une seconde entreprise qui en tire trois fois moins de pétrole et la cède à son tour, pour ses derniers barils, à une nuée de nains du secteur. Trop pauvres pour assumer les conséquences écologiques de l’exploitation, ces derniers abandonnent enfin des terrains pollués et des nappes phréatiques ravagées. » J’en passe, et des meilleures, qui concernent notamment la santé publique… 

Les « buveurs d’air »

Pour reprendre souffle et s’oxygéner l’esprit, la revue L’Alpe consacre son dernier N° à la marche. L’ethnologue Guillaume Lebaudy rappelle la longue histoire des « gens de pied », pour lesquels la marche était d’abord utilitaire : paysans, bergers transhumants, bûcherons, colporteurs, ramoneurs, chasseurs… Aujourd’hui, ce sont les « buveurs d’air », les randonneurs qui biaisent avec la pente. Martine Segalen rappelle d’ailleurs l’étymologie du mot randonnée, qui renvoie à une course rapide (puisque issue de l’ancien bas francique rand, ou « course »). Pour ceux qui toisent les sommets, il s’agit alors de s’horizonter les montagnes, selon la belle expression d’un berger transhumant piémontais – je cite : 

Moi, je ne sais pas bien lire une carte, mais avec mes jumelles pour m’horizonter, je peux aller partout jusqu’en Italie. 

Rien n’est plus important, dans l’équipement du berger comme du randonneur, que ses chaussures, car « le froid monte du sol plus insidieusement qu’il n’est infligé par la bise – souligne le journaliste et éditeur vaudois Bertil Galland. Chaque matin, Luigi bourre de paille ses souliers bergamasques en gros cuir, montants et sans fourrure. Certains, comme Victor Segalen au Tibet et sans doute en d’autres saisons, préféraient la sandale qui « rend souple et légère la cheville » avec le Bâton qui « divise allègrement le poids ».

Par Jacques Munier

Pour aller plus loin : Antoine de Baecque, Les godillots Manifeste pour une histoire marchée (Anamosa)

Marcheur au long cours, historien, conteur, Antoine de Baecque publie un réjouissant essai sur Les godillots. Manifeste pour une histoire marchée. Une somme de textes, photos et dessins, par un fétichiste du soulier qui invite à musarder sur les sentiers de l’histoire, depuis Alexis Godillot, entrepreneur du Second Empire, jusqu’aux souliers (usés) de Van Gogh en passant par les chaussures à clous et godasses sous toutes les coutures. A travers cette revue du brodequin au croquenot, Antoine de Baecque esquisse une évolution de la marche et de la randonnée. A mesure que le godillot s’allège (la révolution de la semelle Vibram à la fin des années 1930 !) les distances raccourcissent. En un siècle 1/8e du temps de marche est économisé. Mais le godillot est aussi politique nous rappelle l’historien s’appuyant sur le numéro spécial du Canard enchaîné du 1er mars 1967 et les dessins de Moisan : Dictionnaire des godillots. Il s’agissait-là des courtisans gaullistes. La Montagne

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