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La marche «Jeunesse pour le climat» le 14 février 2019 à Jodoigne (Belgique)

Les jeunes pour le climat

5 min
À retrouver dans l'émission

La jeunesse européenne se mobilise pour le climat. Aujourd’hui à 14 heures, un rassemblement d’étudiants est prévu devant le ministère de la transition écologique et solidaire à Paris.

La marche «Jeunesse pour le climat» le 14 février 2019 à Jodoigne (Belgique)
La marche «Jeunesse pour le climat» le 14 février 2019 à Jodoigne (Belgique) Crédits : AFP

Et là, comme dans une quarantaine d’autres villes, des collectifs préparent la grève scolaire internationale du 15 mars à l’appel de la Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, devenue une icône de la lutte contre le changement climatique. Le Monde relaie ce mouvement de la jeunesse pour réclamer des actions en faveur du climat. Il s’est installé dans la durée : si la première revendication – « S’engager dans la voie d’une réduction annuelle de 4 % des émissions de gaz à effet de serre afin de s’aligner sur l’accord de Paris » – n’obtient pas de réponse dans la semaine qui vient, « les étudiants mèneront une action de désobéissance civile vendredi 22 février avant de soumettre une nouvelle requête, et ainsi de suite ». Une pétition des élèves de grandes écoles « appelle à repenser le comportement écologique des entreprises dans lesquelles ils travailleront ». Les jeunes prennent la mesure des enjeux de leur propre futur : « Face à la catastrophe, l’échec n’est pas une option », indique leur appel.

Nos cabanes

Les jeunes, ils traversent en tous sens – avec les poètes – le dernier livre de Marielle Macé, publié chez Verdier sous le titre Nos cabanes. En particulier le collectif d’artistes Catastrophe, dont une tribune, « tout entière dirigée vers la possibilité joyeuse, énergique, grave aussi, de reprendre la main sur l’imagination du temps et les façons de se rapporter au futur » évoque des ruines sociales, des occupations de places, des potagers numériques, des marges insolentes et généreuses de « nous » : 

Enfants nous avons pris connaissance du monde en même temps que de sa fin imminente (…). On avait déjà décidé pour nous qu’il n’y avait plus rien à faire (…) Nous n’avions pas vingt ans : nous arrivions trop tard. Alors que faire ? La réponse est simple : renaître, comme il nous plaira. Partout nous nous réapproprions nos heures.

D’où la métaphore – symbolique mais aussi concrète – des cabanes, celles des ZAD et des ronds-points, des jungles de migrants, des artistes et des poètes, comme Olivier Cadiot : 

47% des vertébrés disparus en dix ans, faut qu’on se refasse une cabane, mais avec des idées au lieu de branches de saule, des histoires à la place des choses. 

Faire des cabanes pour occuper le terrain et « jardiner les possibles », pas « pour prendre place, se faire une petite place là où ça ne gênerait pas trop, mais pour accuser ce monde de places – de places faites, de places refusées, de places prises ou à prendre ». Et « sans pour autant se contenter de peu » ou « s’accommoder de précarités de tous ordres, et encore moins les enchanter – sans jouer aux nomades ou aux démunis quand justement on ne l’est pas ». Mais pour « faire », c’est-à-dire « braver » à plusieurs, « dans une joie très matérielle » et surtout « élargir les formes de vie » et « habiter cet élargissement ».

La sagesse du charpentier

« Quand on construit une cabane avec des branches ou des troncs d’arbres, les problèmes arrivent au moment où il faut faire tenir ensemble deux morceaux de bois. » Canifs et morceaux de corde n’y suffisent pas : « il faut connaître des nœuds, savoir tailler des encoches symétriques »… C’est que les assemblages « c’est le cœur technique de la charpente », souligne Arthur Lochmann dans un beau livre publié chez Payot sous le titre La vie solide. La charpente comme éthique du faire. L’ex-étudiant en droit et philosophie qui a opté pour le métier de charpentier vante les mérites du système par excellence, le tenon-mortaise : « une pièce mâle terminée par un tenon qui s’enchâsse dans une pièce femelle creusée d’une mortaise ». En guise d’ouverture de ce « récit d’apprentissage », un éloge du mot charpente, « cette forte chair en pente, sonore et franche », qui s’est décliné dans notre langue « pour désigner l’ossature des corps ou l’organisation d’un raisonnement ». Le charpentier travaille avec le bois, car « il offre des performances exceptionnelles au regard de son poids et de sa facilité de mise en œuvre ». Après un aperçu des qualités propre à chaque essence, du sapin au chêne, depuis leurs conditions d’abattage, le rôle des cycles de la lune dans l’affaire, Arthur Lochmann entre dans le dur : comment scier correctement sans dévier ni multiplier les entailles avant d’assurer son plan de coupe. Faire en sorte, comme disent les anciens, que la scie trouve sa voie, « car ce n’est pas la force qui coupe mais le passage des dents sur la fibre ». 

On y parvient en intégrant dans le geste non pas la seule main mais tout l’ensemble qui part du bout de la lame jusqu’à l’épaule, en passant par le poignet et le coude. 

Voire « le positionnement des jambes, dont découle l’orientation du bassin et du buste par rapport à la coupe ». Ici, comme dans bien d’autres pratiques, « le bon geste de la main puise sa force dans le sol ». On y revient… Et l’outil, dans le prolongement du bon geste, quand on commence à sentir directement à travers lui, « c’est une merveilleuse extension du monde qui s’opère avec un tel développement du toucher ».

Par Jacques Munier

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