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John Dewey, janvier 1946

Pour la démocratie

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Alors qu’elle recule partout dans le monde, il faut rappeler que la démocratie n’est pas un acquis définitif et qu’elle doit constamment être défendue et réinventée.

John Dewey, janvier 1946
John Dewey, janvier 1946 Crédits : Getty

C’est d’ailleurs dans sa nature, contrairement aux systèmes monolithiques qui ne cherchent qu’à se perpétuer à l’identique, que de renouveler ses formes pour s’améliorer et s’adapter aux évolutions historiques et sociales.

"La démocratie est radicale"

Dans les pages Débats de L’Obs, Omar Saghi évoque la pensée du philosophe américain John Dewey à l’occasion de la parution chez Gallimard d’un recueil de ses Écrits politiques. « Pour celui qui écrivit, en 1937 : « Rien n’est plus radical que de promouvoir les méthodes démocratiques comme moyen d’effectuer des changements sociaux radicaux », la démocratie n’est pas seulement une fin, elle est une méthode et une pratiques quotidiennes. » L’article que cite le politologue est paru dans Common Sense en janvier 1937 sous le titre La démocratie est radicale. Il est étonnant compte tenu de la situation internationale et notamment de la manière dont les régimes totalitaires se réclament alors de la notion de démocratie, alors qu’aujourd’hui elle est vilipendée pour sa faiblesse et identifiée à un Occident en pleine décadence morale par les thuriféraires de l’État autoritaire. « Les dirigeants de l’Union soviétique – écrit John Dewey – annoncent que grâce à leur nouvelle Constitution, ils ont créé la première démocratie dans l’histoire. Presque au même moment, Goebbels annonce que le socialisme nazi est la seule forme de démocratie possible dans le futur. » Même si « personne ailleurs qu’en Allemagne ne peut prendre au sérieux une telle affirmation », c’est l’occasion pour le philosophe d’examiner la nature de la démocratie dite « bourgeoise » dans laquelle s’est réalisé l’idéal d’émancipation, de liberté et d’égalité consubstantiel à l’idée démocratique dans les pays qui l’ont effectivement mis en œuvre. 

Par bourgeoise, il faut comprendre une démocratie dans laquelle le pouvoir est en définitive entre les mains de ceux qui dominent le capitalisme et la finance.

Avec l’industrialisation, l’expression politique « de la libre entreprise économique a pris le nom de libéralisme. » Ceux qui en ont ainsi usurpé l’appellation « ont défendu le maximum d’action économique individualiste avec le minimum de contrôle social ». Face à cela, seuls les moyens de la démocratie peuvent être mobilisés, les transitions autoritaires et autre hypothétique « dictature du prolétariat » n’ayant démontré que leur capacité à s’éterniser. « Le principe fondamental de la démocratie – affirme le philosophe – est que les fins de liberté et d’individualité pour tous ne peuvent être atteintes que par des moyens en accord avec ces fins. » Soit notamment « la liberté de croyance, d’enquête, de discussion, d’association, d’éducation », ce qu’il appelle « l’intelligence publique, par opposition à toute coercition, y compris celle qui prétend s’exercer en faveur de la liberté ultime de tous les individus ». Il dénonce au passage « l’hypocrisie intellectuelle » et la « contradiction morale, aussi bien chez ceux qui affirment que la dictature de classe au moins temporaire est nécessaire, que chez ceux qui soutiennent que le système économique actuel est un système de liberté d’initiative et d’opportunité pour tous. » Conclusion : « La fin de la démocratie est une fin radicale ». 

Rien n’est plus radical que de promouvoir les méthodes démocratiques comme moyen d’effectuer des changements sociaux radicaux.

L’article de 1923 sur l’éthique dans les relations internationales est également d’une grande actualité. « Comment se fait-il que la morale des hommes ait si peu d’effets sur l’attitude des nations les unes par rapport aux autres ? » 

L'éthique dans les relations internationales

S’il est vrai que « la communauté du sentiment moral existe même parmi ceux que divisent leurs croyances morales intellectuelles » alors la loi internationale proscrivant la guerre « produirait les mêmes effets moraux de cristallisation, quant aux relations internationales, que ceux que la loi a opéré partout ailleurs dans son développement historique ». La « communauté du sentiment moral », c’est désormais toute la question dans nos démocraties modernes, rongées par le communautarisme identitaire, quel qu’il soit. 

Le modèle républicain en question

Sur l’excellent site En attendant Nadeau, Alain Policar rend compte du livre de Dominique Schnapper : De la démocratie en France. République, nation, laïcité, publié chez Odile Jacob. La sociologue interroge « l’échec du modèle républicain » en soulignant « les discordances dans les différentes dimensions de l’intégration. La distinction entre intégration culturelle et intégration structurelle », dont Alain Policar rappelle l’origine dans « la sociologie américaine des relations interethniques », met l’accent sur cette réalité : « on peut, lorsque l’on est issu de l’immigration, être culturellement intégré, c’est-à-dire capable de manipuler les modèles culturels de la société d’accueil, sans pour autant accéder aux instances de la vie collective et aux échanges sociaux, en restant largement marginalisé. » La discussion porte alors notamment sur la pertinence d’une discrimination positive supposant l’existence de « statistiques ethniques » où Dominique Schnapper pressent le risque d’une essentialisation au détriment d’autres « catégorisations significatives ». Le débat est ouvert et c’est exactement ça, la démocratie.

Par Jacques Munier

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