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Trump au forum de la NRA, Dallas, 4 mai 2018

Le monde selon Trump

5 min
À retrouver dans l'émission

« Diplomatie du chaos », « politique du pire », les expressions imagées se multiplient pour décrire l’acharnement du président américain à défaire le fragile ordre mondial.

Trump au forum de la NRA, Dallas, 4 mai 2018
Trump au forum de la NRA, Dallas, 4 mai 2018 Crédits : J. Sullivan - Getty

Dans Le Monde, Alain Frachon évoque « cette semaine de vandalisme diplomatique qui porte la marque personnelle de Trump ». La démonstration, même attendue, d’unilatéralisme « de ces derniers jours, qu'il s'agisse de l'Iran ou du conflit israélo-palestinien, a surpris par sa brutalité ». En torpillant l’accord sur le nucléaire et en rétablissant les sanctions, il adresse également un message aux Européens : « au nom de l'insupportable extraterritorialité du droit américain, il entend forcer les entreprises européennes à renoncer au marché iranien si elles veulent continuer à être présentes sur celui des Etats-Unis. » Pourtant on pouvait négocier sur cette question des sanctions. « Quand son homologue Xi Jinping lui demande d'épargner un géant chinois des télécoms, ZTE, tombé sous le coup de la loi américaine pour commerce illicite avec la Corée du Nord et l'Iran, Trump négocie. » Et c’est là le contenu du message à l’Europe : « le président américain ne respecte que la force ». Mais pour Alain Frachon cette diplomatie « est aussi le symptôme de quelque chose de plus profond : l'incapacité des Etats-Unis à concevoir un leadership adapté à une scène multipolaire ». 

"Renverser la table"

_Courrier international_relaie l’édito du New York Times : « Cet homme qui apparemment a acquis, grâce à un livre et à un reality-show, une réputation de négociateur hors pair en dépit d’une succession de faillites et de procès, a saboté une longue série  d’accords qui, selon lui, n’auraient “jamais, jamais dû être conclus”. Sans jamais tenir ses promesses de “meilleurs arrangements”. » Souvenez-vous, quand il a retiré les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, de la promesse faite d’un meilleur accord, plus efficace, promesse tout aussi vide de sens qu’il a réitérée au sujet du processus de paix au Moyen-Orient, mais aussi à propos d’un meilleur système de santé, moins cher, plus accessible… « On attend toujours ses propositions. Au lieu de ça, le Congrès n’étant pas parvenu à abroger l’Obamacare, il l’a attaqué en usant de son pouvoir exécutif, augmentant les primes d’assurance et le nombre de gens qui se retrouvent sans couverture. » Et même si « les inspecteurs internationaux, ainsi que les services de renseignement américains et israéliens, ont régulièrement estimé que Téhéran respectait ses obligations », peu importent les conséquences de cette attitude à l’égard de l’Iran sur les négociations avec la Corée du Nord. Pourquoi ce pays devrait-il croire en la fiabilité d’un accord signé avec une puissance à géométrie variable, si imprévisible et imprévoyante ? 

Il est incroyable de voir ce président américain renverser la table

se serait insurgé le président iranien, au téléphone avec Emmanuel Macron, selon Armin Arefi dans Le Point. « Nous tenons pourtant nos engagements internationaux depuis trois ans ! » Le président « modéré » de la République islamique confie « être soumis à d’énormes pressions de la part des « durs », à Téhéran ». Sa seule issue, lui qui a tout misé sur l’accord nucléaire auprès de son peuple : obtenir l’assurance que les entreprises européennes resteront en Iran, même sous la menace de Washington. L’avertissement vaut pour le monde, depuis cette région névralgique et centrale : « si l’Iran sort à son tour de l’accord, il pourrait reprendre ses activités d’enrichissement d’uranium et avancer tambour battant vers la bombe atomique ». Pour Armin Arefi « L’affolement du président iranien est à la hauteur du sermon qu’il a reçu, le matin même, de la part de la plus haute autorité de la République islamique : le Guide suprême de la révolution ». L’ayatollah Khamenei « profite d’un discours d’une rare virulence contre les Occidentaux pour distiller ses piques contre Rohani ». Et il assène : « Au nom du peuple iranien, je vous dis, Monsieur Trump, d’aller vous faire voir ! » 

Le discrédit des démocraties

De fait, le président américain ne fait qu’accentuer une tendance de fond dans ce monde multipolaire qui s’annonce : le discrédit organisé par les régimes autoritaires des valeurs universelles de la démocratie et des droits humains. Ce faisant il contribue à effacer à la fois le sens historique, la destinée utopique et la particularité politique de nos vieilles nations forgées par les droits civiques. Le désastre est en cours… Si la Chine s’éveille aujourd’hui s’est pour se rendormir sur ses timides aspirations démocratiques : « C’est plutôt un régime encore largement autoritaire, élitiste, paternaliste, impérial et sans doute dictatorial qui, le plus probablement, se perpétuera en Chine » estime Jean-Pierre Cabestan dans son livre publié chez Gallimard sous le titre Demain la Chine : démocratie ou dictature ? Dans l’Empire du milieu, on privilégie la stabilité à la liberté, et ce n’est assurément pas la politique étrangère actuelle de la première démocratie du monde qui va changer la donne. L’Europe « aux anciens parapets » se retrouve donc devant une tâche historique et planétaire, pour autant qu’elle parvienne à s’unir sur ses valeurs fondatrices.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
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