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Iles Kerguelen

Une bouffée d’oxygène

5 min
À retrouver dans l'émission

Artificialisation des sols, financiarisation de la propriété foncière, concentration des exploitations : nos campagnes vont-elles disparaître ?

Iles Kerguelen
Iles Kerguelen Crédits : AFP

C’est la question que pose Fabrice Nicolino dans Charlie Hebdo, en relevant  que l’on commence à s’en inquiéter, aussi bien au Parlement qu’à la FNSEA, laquelle n’a pas peu contribué à cette situation. « D’ici à dix ans – prévient le journaliste – la moitié des paysans survivants arriveront à la retraite, souvent sans successeur. » Le rapport parlementaire sur le « foncier agricole » souligne quant à lui que « la terre est devenue une ressource convoitée et négligée, voire gaspillée, lorsqu’elle est offerte à l’urbanisation et soustraite à sa fonction nourricière ». Le texte fait notamment suite à l’annonce en 2016 de l’achat par un groupe chinois de 1700 hectares de terres agricoles dans le Berry, coup de semonce et indice sûr de « l’industrialisation ultime de l’agriculture ». Et il préconise de « remettre l’alimentation au cœur des stratégies de développement du territoire ». 

L’agriculture doit être hissée au rang de priorité, en parallèle du développement économique, de la sauvegarde des espaces naturels et de l’aménagement de l’habitat.

Donc tout espoir n’est pas vain. « Les campagnes sont de retour », titre le dernier numéro des Dossiers d’Alternatives économiques : « Ecologie, tourisme, industrie, agriculture… face aux difficultés, la plupart des campagnes innovent et misent sur la qualité de vie pour accueillir de nouveaux habitants. » Comme le souligne Vincent Grimault dans son édito, les faits contredisent le déclinisme ambiant : « L’abandon par l’Etat ? Les territoires ruraux restent encore les mieux dotés en subventions publiques. L’exode ? Il s’est discrètement renversé il y a quarante ans ». Et sur le déclin économique au profit des grandes villes, il rappelle que les territoires « ont vu, depuis les années 1980, leur situation socio-économique s’améliorer plus vite que celle des métropoles ». De nombreux exemples en témoignent. Les Herbiers, petite ville vendéenne de 16 000 habitants, affiche le taux de chômage le plus bas de l’Hexagone. À côté des « poids lourds », comme Janneau, le constructeur naval de plaisance et ses 1100 salariés, une myriade de PME cultive un esprit d’entreprise où les entrepreneurs sont majoritairement des locaux : « patrons et salariés ont souvent été à l’école ensemble et sont tous engagés dans une des 300 associations que compte la ville ». Moins bien lotie, la commune de Saâles, dans le massif vosgien, a subi de plein fouet la crise de 2008, comme l’ensemble du bassin d’emploi de Saint-Dié. Du coup elle s’est engagée dans une mutation écologique : éoliennes et panneaux solaires, village vacances écoconstruit, agriculture bio, produits laitiers qui en sont issus et se vendent dans toute la région… Le départ des paysans ayant entraîné une invasion des prairies par la forêt, son défrichage a renouvelé le paysage, ouvrant la voie aux rayons du soleil pour une heure supplémentaire sur le village. 

"Marcher à Kerguelen"

La dernière livraison de la revue Vie sociale est consacrée à l’intervention sociale en milieu rural. Brigitte Bouquet et Patrick Dubéchot évoquent la recomposition actuelle du monde rural dont ils confirment le dynamisme démographique des petites unités urbaines (de 2000 à 10 000 habitants) : « il y a plus d’arrivées que de départs et désormais plus de naissances que de décès ». Et ils rappellent les caractéristiques de la pauvreté et de la précarité en milieu rural. « En 1968, l’agriculture occupait encore 12% des Français, aujourd’hui ce secteur est tombé à 3%. La fin du village, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Jean-Pierre Le Goff, nécessite de redéfinir ces territoires. » En particulier la notion géographique d’ « espace de vie », qui se diffracte désormais entre le travail, le réseau familial et social, les loisirs… D’où l’importance cruciale de la mobilité, et c’est un des aspects de la paupérisation : « les jeunes sans qualification, certains retraités ; et aussi des néo-ruraux, attirés par le moindre coût du logement, mais qui n’ont pas anticipé la question de la mobilité », le coût du transport. La revue Paysageur, « qui pense avec ses pieds », élargit l’horizon, des forêts du Morvan ensapinées à tout va pour en exploiter le bois, aux paysages sublimes « qui parlent une langue étrangère » des îles Kerguelen, racontées à hauteur d’homme et de marche par François Garde, aux confins de l’Antarctique. Dans la langue des nuages, celle que diffuse « l’haleine des glaciers » : un mur de brouillard permanent érigé par la rencontre de la mer encore tiède et de l’air venu du froid polaire. La mer, qui « est en permanence en interaction avec l’atmosphère, les continents et les glaces » et dont le photographe poète Nicolas Floc’h décrit les variations de couleur en fonction de la « turbidité » – les sédiments, les planctons et les matières détritiques contenues dans la masse d’eau. La couleur serait « au paysage sous-marin ce qu’est l’horizon au paysage terrestre, son point de fuite vers le monochrome ». D’où ces étonnantes photos évoquant Yves Klein, bleu roi pour la Méditerranée, vert pour l’Atlantique. Les océans absorbent une grande partie de la chaleur et du CO2 tout en produisant les deux tiers de l’oxygène. Un grand bol d’air !

Par Jacques Munier

Chroniques
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