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Les chauves-souris, « nos maîtres en coronavirus »

La cause animale

4 min
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Le Premier ministre a reçu hier une vingtaine de citoyens de la Convention pour le climat à Matignon, avec la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Les chauves-souris, « nos maîtres en coronavirus »
Les chauves-souris, « nos maîtres en coronavirus » Crédits : Getty

« Jean Castex a dû jouer les équilibristes » – souligne Muryel Jacque dans Les Echos, alors que le gouvernement a pris ses distances avec plusieurs propositions phares de la Convention pour le climat, il a tenté de les rassurer. En évoquant notamment les 30 milliards d'euros pour la transition écologique prévus dans le plan de relance, davantage de moyens pour le ministère de la Transition écologique et un « budget vert » qui permettra d'identifier les dépenses de l'Etat défavorables à l'environnement. Tout en confirmant que le projet de loi « Climat », qui contient un bon nombre des préconisations des citoyens, était attendu en Conseil des ministres en décembre pour un débat au Parlement début 2021. Dans Le Monde, Matthieu Orphelin et Eric Piolle – le maire écologiste de Grenoble – pointent trois renoncements récents du gouvernement : le moratoire sur la 5G, la fiscalité du kérosène et la régulation de la publicité pour les produits nocifs à l’environnement ou à la santé.

Le gouvernement se lance, en cette rentrée, dans l’effilochage des propositions : après les discours enthousiastes vient le temps du détricotage.

Réponse de Barbara Pompili : « J'adore le tricot. Et ce qu'on est en train de faire, c'est de tricoter un beau pull vert que vous pourrez mettre à Noël »… Sans vouloir ironiser en retour, on peut rappeler que la ministre avait signé la pétition lancée par Fabrice Nicolino dans Charlie Hebdo « Nous voulons des coquelicots », appelant à l’interdiction des pesticides, au moment même où le gouvernement annonçait son intention d’autoriser à nouveau l’usage des néonicotinoïdes pour soutenir la filière de la betterave. Dans les Feuillets d'Hypnos, René Char évoque un enfant qui « s’enfuit vers l’école, balayant de son coquelicot pensums et récompenses ». En guise de récompense, il nous reste l’annonce de l’interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques, de la reproduction et l'introduction des orques et dauphins dans les trois delphinariums du pays, et des élevages de visons.

Aller aux coquelicots

« Les agents immobiliers sont formels : partout en France débarquent des Parisiens souriants qui désertent la ville » assure Guillaume Lachenal dans les pages idées de Libération. Pour nombre d’entre eux, « l’épidémie a sonné l’heure de l’exode urbain ». Il ne s’agit pas seulement d’aller aux coquelicots, souligne l’historien des sciences.

La ville entretient avec les épidémies un rapport maudit, qui se noue au Néolithique. Les premières concentrations urbaines offrent alors des conditions inédites pour l’installation de pathogènes dans l’espèce humaine.

En l’occurrence, ce sont souvent les animaux domestiques qui les abritent et les propagent dans la population, « comme le virus de la rougeole, cousin de celui de la peste bovine, apparu dans l’espèce humaine environ 6 000 ans avant Jésus-Christ, pile poil au début de l’histoire urbaine de l’humanité en Mésopotamie ».

Or, il existe des « créatures merveilleuses », les seuls mammifères, avec nous autres, à vivre en groupes de plusieurs millions, mais aussi à savoir héberger des virus – Ebola ou corona – sans développer la moindre maladie : les chauves-souris, « nos maîtres en coronavirus ». Elles ont trouvé « un compromis évolutif » avec les virus, non pas en les contrôlant par « la guerre immunitaire », mais en les tolérant « grâce à des systèmes anti-inflammatoires qui limitent la réponse de leur propre corps à l’infection (analogues aux corticostéroïdes ou au tocilizumab que l’on donne aux malades du Covid-19) ».

C’est la leçon des chauves-souris, qui ont des millions d’années d’avance dans l’expérimentation des délices de la grégarité.

Avec un temps d’avance également et dans un tout autre contexte, celui de la Grande guerre, le polémiste Karl Kraus prenait la défense des animaux, embarqués malgré eux dans la grande boucherie : chevaux, chiens animaux de trait… Ils furent légion. Jacques Bouveresse raconte cette histoire édifiante dans Le Monde diplomatique en faisant état d’une étonnante affinité avec Rosa Luxemburg, alors incarcérée à cause notamment de son opposition à la guerre. Tous deux s’accordent pour dénoncer les mauvais traitements infligés à des créatures innocentes, en plus de l’enfer où elles sont ballottées, elles qui ne se font pas la guerre et ne sont « pas responsables de l’état de choses dont la faute incombe aux hommes ». Karl Kraus cite une lettre où Rosa Luxemburg évoque le regard de l’animal martyrisé, ses « yeux noirs et doux comme ceux d’un enfant qui vient de pleurer ». Et il estime que son témoignage devrait figurer dans les manuels scolaires, les jeunes lecteurs informés du fait que « le corps qui a enveloppé une âme d’une telle hauteur a été abattu à coup de crosses de fusil ».

Par Jacques Munier

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