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"Nous devons nous battre pour notre mémoire" Louise Erdrich

L’Amérique indienne

5 min
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Il y a 500 ans, le conquistador Hernan Cortés débarquait au Mexique. Le 25 mars dernier, le président mexicain a adressé une lettre au roi d’Espagne exigeant des excuses pour les crimes commis lors de la conquête.

"Nous devons nous battre pour notre mémoire" Louise Erdrich
"Nous devons nous battre pour notre mémoire" Louise Erdrich Crédits : Getty

Pour l’historien Serge Gruzinski, cette affaire ne concerne pas que l’Espagne, et le demi-millénaire depuis la conquête du Mexique par les Espagnols devrait être commémoré globalement, car cet événement marque le début de l’occidentalisation du monde. Évoquant dans les pages idées de Libération la polémique suscitée par l’initiative du président López Obrador au sein même de l’intelligentsia mexicaine, il estime que ce serait la meilleure façon de « remettre sur la table le sens à donner à cette invasion et à ses répercussions ». De manière à dépasser « les clichés nationalistes forgés au XIXe siècle et les faux-semblants d’une idéalisation du passé indigène » qui « ne sert qu’à dissimuler la misère des descendants des peuples originaires et à escamoter la nature irrémédiablement métisse de la société mexicaine ». La violence de la conquête est à rapporter « aux cruautés des guerres du XVIe siècle qui ont partout pratiqué le massacre des impies, y compris en France ». Quant aux « responsables », l’historien rappelle que « Charles Quint n’a jamais eu le projet de s’emparer du Mexique, et que Cortés n’a été qu’un électron libre assez heureux pour échapper à la décapitation qui le menaçait pour avoir désobéi à ses supérieurs ; à quoi s’ajoute que les conquérants n’auraient jamais pris Mexico sans l’aide décisive des puissances indigènes avides d’en finir avec l’hégémonie mexica (= nos Aztèques). » 1519 est aussi la date du départ de l’expédition de Magellan qui finira en tour du monde, celle aussi d’une autre expédition portugaise vers la Chine, finalement avortée. « Tous ces événements sont synchrones et connectés. » Leur signification globale est celle « d’une occidentalisation du monde » qui, au passage « sonne le coup d’arrêt de l’expansion de l’islam : la mondialisation devient européenne et abandonne le camp des puissances musulmanes ». Elle impliquera donc tous les Européens, jusque dans ses aspects les plus négatifs et mortifères. Y réfléchir collectivement est la seule façon d’en tirer des leçons constructives.

La conquête de l’Ouest

La dernière livraison de la revue America s’y emploie pour la partie septentrionale du continent, avec un dossier sur l’Amérique indienne, qui révèle la capacité de résilience, la vivacité actuelle des cultures de cinq cent nations pourtant décimées par la conquête de l’Ouest. La littérature en est un bon indicateur, avec des auteurs qui, sans céder au discours victimaire, combattent la vision idéalisée de l’histoire dominante et célèbrent les identités désormais minoritaires. Louise Erdrich est l’une d’entre eux. Arborant son origine Ojibwée, elle a contribué à renouveler la littérature amérindienne avec des romans comme Dans le silence du vent (Albin Michel) qui évoque au critique du New York Times le souffle de Faulkner. Elle parle de la pratique de la langue, des difficultés de la vie dans les réserves, où commencent à s’ouvrir des universités indiennes. Parmi les stéréotypes qui l’indignent le plus, « celui du lien à la violence et à la sauvagerie ». Par exemple dans les noms des équipes de sport pour « insister sur ses qualités guerrières » : Redskins ou Chiefs. « L’armée américaine a des hélicoptères Apache et des missiles Tomahawk », l’opération Ben Laden était baptisée « Geronimo »… Et à propos des sarcasmes du président à l’encontre de la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, d’ascendance amérindienne, surnommée par lui « Pocahontas », l’écrivaine dénonce plus largement « une forme d’amnésie quant à l’histoires des Amérindiens ». 

"Seule la Terre est éternelle"

« L’huile va à la roue qui grince » et les Indiens « ont une profonde aversion culturelle pour les jérémiades, moyennant quoi jusqu’à une date récente il était plus facile pour les membres du Congrès et l’ensemble de la population de les ignorer » résume Jim Harrison, qui ajoute qu’« il est très difficile pour un peuple d’avoir la moindre perception de l’histoire quand tant d’éléments de cette histoire ont été bannis hors de sa vue ». L’écrivain qui nous a quitté en 2016 souligne que « plus de cinq cents tribus ont été réduites à un seul nom, les sauvages, les Indiens, les Peaux-Rouges… » Or, « bien qu’ils habitent la même région, les Hopis sont aussi différents des Navajos que les Finlandais des Italiens » et les Utes des Ojibwés que les Français des Allemands. « L’auteur de Dalva et de La Route du retour n’a jamais caché sa fascination pour le monde indien », il lui a rendu hommage dans un texte autobiographique «  sur l’expérience de l’altérité et de la perte », « l’histoire sanglante des Etats Unis ou le lien à renouer avec la nature ». Il conclut son article par un long inventaire de ce qu’il dit avoir appris des Indiens, et notamment qu’« on ne peut pas comprendre une autre culture tant qu’on tient à défendre la sienne coûte que coûte. Comme disaient les Sioux, courage, seule la Terre est éternelle. » Conclusion : « Que nous ayons trahi les peuples autochtones devrait nous pousser de l’avant, tant pour eux que pour la terre que nous partageons. » 

Par Jacques Munier

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