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"Je" est un autre

La littérature et la vie

5 min
À retrouver dans l'émission

A l’approche de la saison des prix littéraires, les listes des finalistes commencent à susciter les commentaires. C’est l’occasion de poser la question de l’auteur en littérature.

"Je" est un autre
"Je" est un autre Crédits : Getty

Après leur deuxième sélection révélée le 1er septembre, les dix jurés du Goncourt annonceront les quatre finalistes le 27 octobre à Cabourg, à l'occasion du centenaire du prix Goncourt attribué, le 10 décembre 1919, à Marcel Proust pour A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Profusion de l'autofiction, confusion entre récit et roman, injonction de vérité : les pages Débats&controverses de L’Humanité s’interrogent sur le vrai en littérature. Pour Olivier Barbarant, et n’en déplaise à Thomas d’Aquin, toute vérité ne se définit pas par l’adéquation entre la pensée et les choses. Il y a des régimes de vérité, et celui qui répond à la littérature n’est pas celui du savant, du journaliste ou du policier. "_La terre est bleue comme une orang_e" peut oser Eluard, en ajoutant "Jamais une erreur les mots ne mentent pas". L’écrivain estime que "la littérature ne reproduit pas la réalité, elle en produit une, en donnant voix à ce qui n’était pas apparent avant elle." Et il précise qu’il y a "des régimes de vérité spécifiques aux genres littéraires. Un pacte éthique définit l’autobiographie : celui qui dit « je » y est l’auteur ; les faits évoqués ont eu lieu, ou ont été sincèrement perçus comme tels. Lorsqu’elle a vu le jour, l’autofiction pour sa part essayait d’explorer ce que pouvait produire une introspection doublée de possibles embardées imaginaires." Pour Jean-Luc Nancy, "si je publie le récit de la vie, des malheurs ou des joies d’un autre en le présentant comme récit de ma vie j’annule ipso facto le caractère littéraire de mon récit puisque je détourne l’attention (ou une bonne part d’elle) sur le fait que ce soit mien. J’éveille une curiosité, non  un accès au récit lui-même." A contrario, publier des confessions ou des mémoires "engage dans le récit et comme sa basse continue le fait même de se raconter et les risques, attraits, complexités qui s’en suivent. Je me fais matière littéraire tandis que dans le premier cas, je me fais le sujet intéressant d’un récit supposé « vrai ». Comme disait Rimbaud "Je est un autre" et pour le philosophe "_plus grand est un écrivain, moins substantielle, moins référentielle son identit_é."

Vies oubliées

Dans les pages Idées de L’Obs, Clémentine Vidal-Naquet pose à sa manière d’historienne la question du rapport à la vérité à travers le travail de l’archive. Dans la nouvelle collection qu’elle dirige à La Découverte, "A la source", le premier volume est signé Arlette Farge et s’intitule Vies oubliées. La vie qui s’y révèle est touchante, et un détail peut exprimer un trait de l’époque. Plaisir de l’enquête, même si l’on est souvent perdu face à la profusion des documents au moment de la plongée, rapport au mystère, l’historienne s’y montre très attentive, comme elle l’a toujours été, à la parole des gens de peu. Aujourd’hui – ajoute Clémentine Vidal-Naquet, « les historiens s’interrogent de plus en plus sur la façon dont on peut écrire l’histoire. L’archive est prise dans cette interrogation. » Elle interroge notamment le rapport entre le singulier et le collectif, « ce qui est toujours compliqué quand on fait de l’histoire ». Elle-même prépare un ouvrage à partir d’un album de photos trouvé à l’Historial de la Grande Guerre à Péronne et qui date de 1919. Son travail portait sur les relations conjugales pendant le conflit et elle se demandait ce que devenaient les couples une fois la guerre achevée, alors que les sources – principalement des correspondances – se tarissent. Cet album lui a révélé le cas étonnant d’un soldat, engagé volontaire qui se marie après les combats et emmène son épouse en voyage de noces dans les tranchées. « Il passe un an à constituer l’album et l’offre à sa femme pour leur premier anniversaire de mariage. » Parmi les prochains volumes de cette collection "A la source" : Hélène Dumas, spécialiste du génocide rwandais qui travaille sur des cahiers d’orphelins survivants.

Faire revue

"Faire une revue, c’est aussi former une communauté de discussion et d’écriture." Typhaine Garnier fait partie du trio qui a décidé de relancer la célèbre revue de poésie TXT, fondée en 1969 par Christian Prigent et Jean-Luc Steinmetz, et qui "s’était engagée dans les suites de Mai 68 avec la grimace d’un rire «carnavalesque», selon le mot célèbre de l’édito du premier numéro, lancé face au vieux monde - et à la vieille littérature." Dans Libération, elle évoque la nouvelle livraison de la revue, qui "cultive la surprise et le bizarre, le jeu et la radicalité - jamais la nostalgie d’une grande époque. La revue est par ailleurs ponctuée par des pages d’un faux almanach, parodie d’éphémérides et de petites annonces, le tout salé d’humour vache." Ces pages de l’almanach "ont été écrites à plusieurs mains : ça a été un lieu d’émulation, d’écriture joyeuse." Pour Typhaine Garnier, "TXT a encore à dire que la poésie est avant tout travail de la langue dans toutes ses dimensions sensibles (sonores, visuelles) et que ce travail croise également toutes les variations historiques, géographiques, sociales de la langue."

Par Jacques Munier

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