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Au Kremlin, 24 mars 2017

L’Europe sous influence

5 min
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Lors du grand débat avec les intellectuels, Emmanuel Macron a évoqué l’islam turc comme un « vrai sujet ». Il pose notamment la question de la perméabilité de la démocratie européenne à l’influence de grandes puissances autoritaires.

Au Kremlin, 24 mars 2017
Au Kremlin, 24 mars 2017 Crédits : AFP

« Comment l’islamo-nationalisme d’Erdogan s’implante en France » : Claire Laudat a mené l’enquête pour Charlie Hebdo. Les relais d’influence de « l’islamo-nationalisme » au sein de la communauté turque sont nombreux. Auparavant, l’islam turc était « républicain, laïcisé – observe Stéphane de Tapia, professeur à l’université de Strasbourg et spécialiste de la migration turque. Aujourd’hui, l’AKP a pris le contrôle de la quasi-totalité des mouvements islamistes ». Mélange de défense du nationalisme turc d’Erdogan et d’un islam radical, « l’islamo-nationalisme » se manifeste par exemple dans le négationnisme sur le génocide arménien ou l’activisme contre la loi sur le voile à l’école. L’enseignement est d’ailleurs un des relais de son influence. A Strasbourg, où réside une importante communauté turque, il existe un lycée hors-contrat avec l’Éducation nationale qui donne des cours de religion tous les matins. Pour Bernard Godard, ancien monsieur Islam au ministère de l’Intérieur, c’est une « pépinière de l’AKP en France ». Un projet a été lancé pour « créer une faculté de théologie musulmane à Strasbourg » et former des imams turcs pour la France, auquel s’oppose le gouvernement. Les associations, comme le Cojep (Conseil de jeunesse pluriculturelle), font également office de « cheval de Troie » d’Erdogan, avec pour celle-ci deux mots d’ordre, selon son président : le « multiculturalisme » et la « lutte contre l’islamophobie ». Les médias, de la page Facebook de La Renaissance turque au site web Red’Action en passant par la Radio et Télévision de Turquie (TRT), sont très suivis. Erdogan y est présenté comme – je cite – le « seul espoir de la communauté musulmane de la planète, le seul qui ose prendre la défense des musulmans persécutés ». On peut se demander si les Turcs se sentent particulièrement victimes d’islamophobie sur notre sol, mais il est vrai qu’ils ont de plus en plus de mal avec la laïcité – confie un fonctionnaire du renseignement territorial. C’est sans doute aussi l’un des effets de la propagande du pouvoir turc. Le site Medyaturk critique ouvertement la démocratie française, avec des dossiers à l’intitulé étrange : « La France est l’eldorado des pédophiles », « Le darwinisme est-il une science ? », ou encore « Antisémitisme. Faux débat ». 

Poutine, parrain de l’extrême droite européenne

Le Monde entame une série d’articles sur les réseaux et l’influence à l’étranger de la Russie de Poutine. Isabelle Mandraud examine les liens avec l’extrême-droite européenne. Sous couvert de « préserver l’Europe chrétienne », une nébuleuse d’officines s’emploie à déstabiliser la construction politique de l’Union en appuyant les partis les plus hostiles. Et à faire en sorte par tous les moyens de lever les sanctions européennes imposées à la suite de l’annexion de la Crimée et du conflit entretenu en Ukraine, pays souverain frontalier de l’Europe. Alain Soral, avait été invité à assister à Moscou, en juin 2016, à un forum sur les médias « non alignés » organisé par Rossia Segodnia, la principale agence russe pro-pouvoir, sur le thème « Nouvelle ère du journalisme : l’adieu au mainstream ». Vladimir Jirinovski fondateur du LDPR, le Parti libéral-démocrate de Russie – traduisez ultra-nationaliste à tendance fasciste – connu pour ses liens passés avec le dictateur irakien Saddam Hussein, organise des colloques avec des partis patriotiques de différents horizons. « Les circuits financiers de soutien aux « amis » passeraient par lui ». Organisateur en juin 2018  d’un « Congrès mondial des partis de la paix », il avait rassemblé « aussi bien des groupes néonazis russes ou scandinaves que l’ancien député français Thierry Mariani, alors encore membre des Républicains avant qu’il ne rejoigne Marine Le Pen pour les prochaines élections européennes ». Comme on sait, « La Russie de Poutine ne se contente pas d’influence. Elle paie. »

L'empire du Milieu

La Chine n’est pas en reste. Dans un livre qui vient de paraître, La France made in China (Michel Lafon) Pierre Tiessen et Régis Soubrouillard décrivent en détail la stratégie offensive de la Chine en Europe. Comme le résume Romain Gubert sur le site de l’hebdomadaire Le Point, pour défendre son image, l'empire du Milieu dispose de nombreux « agents d'influence ». « Le plus célèbre d'entre eux s'appelle Jean-Pierre Raffarin. Depuis qu'il ne fait plus de politique, l'ex-Premier ministre écrit des livres qui ne sont publiés qu'en Chine et enseigne dans une école de commerce chinoise ». Dominique de Villepin, qui possède deux sociétés chinoises à Hong Kong, « est un ardent défenseur du projet de « route de la soie » lors de ses interventions publiques ». Sur la stratégie chinoise consistant à aspirer les technologies européennes, les auteurs soulignent faiblesse de l'Europe face au rouleau compresseur chinois. Il en va de même avec les idéologies populistes anti-européennes.

Par Jacques Munier

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