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Les revues scientifiques en grève, 25/02/2020

L'université et la recherche dans la rue

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Un appel à la mobilisation a été lancé pour ce jeudi 5 mars, dans les universités et les laboratoires, contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche et la précarité des chercheurs.

Les revues scientifiques en grève, 25/02/2020
Les revues scientifiques en grève, 25/02/2020 Crédits : AFP

Un appel soutenu par l’ensemble des syndicats, alors que le gouvernement tarde à présenter le détail du texte sur la recherche. « Largement saluée au départ comme une promesse de financement dans un secteur en souffrance, la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) va-t-elle réussir le tour de force de devenir la cause d’une mobilisation d’ampleur, contre elle ? » demande Camille Stromboni dans Le Monde. « Des mobilisations et des actions sont prévues dans l’ensemble des universités du territoire », annonce Marie Sonnette, maîtresse de conférences en sociologie et membre de la coordination. « Ce que nous savons de la LPPR va dans le sens de la casse du service public, avec plus de précarité et moins de financements pérennes », dénonce-t-elle. En tête des revendications aujourd’hui : le retrait du texte et la demande d’un « plan de titularisation massif des 130 000 précaires et vacataires » de l’université et de la recherche. Car plusieurs mesures évoquées dans des rapports préparatoires inquiètent les chercheurs. Parmi elles, l’éventuelle création de nouvelles voies de recrutement sous forme de « contrats à durée limitée, offrant des conditions plus attractives aux jeunes chercheurs les plus brillants », ou encore de « CDI de projet », pour le temps d’une mission, ce qui ne va pas dans le sens d’une réduction de la précarité. Dans les pages idées du quotidien, huit présidents d’université signent une tribune demandant la relance de l’investissement dans la recherche en France, alors que selon les chiffres de l’OCDE, il diminue par rapport à celui de la majorité des pays développés. « En Europe, l’écart se creuse avec l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas. L’Espagne progresse. La France décroche. » Les signataires ajoutent que l’annonce du président de la République d’investir 3% du PIB dans la recherche est « de bon augure », mais que « cet objectif date de vingt ans ». Et une autre tribune, signée par un collectif de 800 universitaires et chercheurs, s’élève « contre l’esprit inégalitaire et « darwinien » de la LPPR, qui renforce la mise en concurrence généralisée des établissements, des unités de recherche, des disciplines et des personnels, alors même que nous savons à quel point celle-ci est contre-productive, réduisant le partage et la coopération et accroissant considérablement les risques de fraude et de dérive éthique. »

Précarisation des personnels

« Comment faire redémarrer l’université ? » C’est le sujet de la page débats de La Croix, en partenariat avec « Le temps du débat », ce soir à 18h20 sur France Culture. Une doctorante, membre du collectif des précaires de l’université de Rouen, tient à rester anonyme de peur de s’exposer à « une marginalisation implicite », voire à des sanctions directes, comme le non-renouvellement de son contrat. Elle dénonce « l’ubérisation de l’université ». Les vacataires, qui effectuent l’équivalent horaire d’enseignement de 13 000 postes de titulaires, « sont rémunérés en dessous du smic horaire, payés une fois leur travail achevé et leurs notes rendues, soit trois à six mois après leurs heures d’enseignement, souvent obligés de chercher un employeur extérieur à l’université ou, de plus en plus, de se constituer en autoentrepreneurs ». Une logique d’ubérisation par laquelle l’université externalise les coûts. C’est la course à la titularisation qui est à ce prix. Christophe Granger, enseignant-chercheur en histoire contemporaine à l'université de Strasbourg et auteur de La Destruction de l’université française (La Fabrique, 2015), revient quant à lui sur l’histoire de cette dégradation, avec des réformes successives qui « ont durablement fragilisé deux caractéristiques essentielles du monde de l’université et de la recherche : son indépendance d’une part, l’existence d’un collectif solidaire d’autre part, précaires et titulaires ayant vécu en parallèle durant des années ».

Le site La vie des idées publie un dossier complet intitulé La recherche est un bien commun. Emmanuelle Picard, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, retrace l’évolution de la profession universitaire en France et à l’étranger, depuis le début du XIXe siècle. On est passé d’un système très centralisé à une forme d’autonomie des universités, actée par la loi Faure de 1968. Et sur le site AOC Isabelle This Saint-Jean, Professeure à la Sorbonne après avoir décrit dans le détail la situation actuelle de l’université et de la recherche, pointe en amont la baisse du nombre des candidats au doctorat, par manque de débouchés attractifs. Entre 2000 et 2011, le nombre de doctorants a ainsi diminué de 15% et « le problème n’est plus celui de la fuite des cerveaux à l’étranger qui avait été dénoncée au début des années 2000 ; actuellement, les jeunes hésitent tout simplement à s’engager dans un doctorat ». 

Par Jacques Munier

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