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Les jeunes contre le changement climatique, Londres, 15/03/2019

Les jeunes et la politique

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Aux élections européennes, les jeunes ont été plus nombreux à voter qu’en 2014. Certains politistes y voient une tendance de fond.

Les jeunes contre le changement climatique, Londres, 15/03/2019
Les jeunes contre le changement climatique, Londres, 15/03/2019 Crédits : AFP

39% des électeurs âgés de 18 à 24 ans se sont déplacés, soit 15% de plus qu’en 2014, et 40% chez les 25-34 ans, une hausse de 10%. Est-ce l’indice d’un intérêt croissant pour la politique chez les jeunes ? Nombreux sont ceux qui ont voté écologiste (25%), et l’on sait que la cause est mobilisatrice dans ces tranches d’âge. Mais pour Simon Blin dans les pages idées de Libération, « ces résultats donnent des raisons de ne pas désespérer face à la progression des populistes d’extrême droite sur le continent ». Car cette tendance vient démentir le constat « d’une génération politiquement apathique, se détournant des principes démocratiques et toujours plus portée vers les leaderships durs ». Une étude récente de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) atteste à la fois d’« une défiance pour les institutions démocratiques » mais aussi « d’un puissant besoin d’implication citoyenne et de renouvellement des cadres d’action ». Laurent Lardeux, sociologue et chargé de recherches à l’Injep précise que ce n’est pas tant l’intérêt pour la politique qui a évolué mais la définition qu’on lui donne. « On est resté longtemps prisonnier d’une conception de la politique très largement liée à la démocratie représentative. » Les réseaux sociaux expliquent en partie cette évolution : « appel au boycott en ligne, signature de pétitions sur change.org, rassemblements Facebook, coups de gueule sur You Tube… la viralité du Web décuple les pratiques alternatives. L’instantanéité d’Internet recoupe celle de l’urgence climatique. Et à la globalisation des enjeux écologiques, les nouveaux marcheurs pour le climat répondent par une mondialisation de l’action militante. » Même constat d’une évolution de l’engagement politique pour Anne Muxel dans le Hors-série du mensuel Sciences Humaines Où va la France ? 

N’ayant connu que les crises sociale, économique et aussi politique taraudant la société française depuis une bonne trentaine d’années, les jeunes sont de fait porteurs d’une défiance globale. 

La sociologue observe un essor de l’engagement bénévole, en particulier dans l’humanitaire, voire dans l’armée pour ses missions de maintien de la paix, et des formes renouvelées de l’esprit civique, moins normatif mais plus contractuel et pragmatique, associant l’ancrage local et l’ouverture sur le monde, ce dont témoigne la « diversité de leurs références culturelles ». 

"Plus socialistes et moins démocrates"

L’économiste Mickael Melki rend compte dans Le Point d’une étude menée avec François Facchini qui montre que si les milléniaux (les jeunes nés après 1980) semblent moins attachés à la démocratie, ils souhaitent en revanche davantage de redistribution. Aux États-Unis, par exemple, moins d'un tiers de cette génération pense qu'il est essentiel de vivre en démocratie, un phénomène qui a amené les politistes Roberto Foa et Yascha Mounk à parler d'une forme de « déconsolidation démocratique » venant menacer la stabilité de nos démocraties. Mais, parallèlement, relève Mickael Melki, « d'après un sondage américain Gallup réalisé en 2018, les jeunes Américains sont devenus bien plus favorables au socialisme que ne l'étaient les générations plus anciennes, y compris au même âge. Ils semblent même être plus favorables au système socialiste qu'au capitalisme. »

Seuls 45 % des jeunes Américains entre 18 et 29 ans ont une vision favorable du capitalisme, alors qu'ils sont 51 % à avoir une opinion positive du socialisme. 

Même tendance en Europe, ce qui fait dire aux deux économistes qui si l’on prend en compte « le fait que les plus jeunes générations pensent de moins en moins que les libertés individuelles sont un aspect essentiel de la démocratie et  sont de plus en plus favorables à un dirigeant fort qui « n'a pas à se soucier des élections », la vision traditionnellement libérale de la démocratie semble laisser place à une vision égalitariste et redistributive ». Et d’expliquer le recul de l’adhésion à la démocratie chez les jeunes par le fait que « les démocraties sont perçues comme ayant échoué à garantir une certaine forme de justice sociale ». Une analyse que confirme cette autre donnée : « Les plus jeunes cohortes, uniquement aux États-Unis, sont aussi davantage favorables à une intervention plus importante de l'État dans l'économie, notamment au moyen des nationalisations ». Un renforcement des valeurs socialistes qui peut « s'expliquer par le fait que les millennials croient moins que les autres générations dans la théorie du ruissellement, selon laquelle la richesse nationale peut croître de manière qu'elle profite à tous ».

Sur le site AOC, Le politiste Pierre Martin revient en détail sur les résultats des européennes, qui confirment les transformations du paysage politique français. Mais selon lui, à y regarder de près, ils n’actent pas complètement « la fin du clivage droite-gauche théorisé par La République en Marche et le Rassemblement National. Un nouvel espace politique s’est ouvert à gauche, dans lequel l’effondrement de la France Insoumise ouvre de nouvelles perspectives politiques »

Par Jacques Munier

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