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Le blé et la reconnaissance ne poussent qu’en bonne terre. Proverbe allemand

Le sacre de la terre

5 min
À retrouver dans l'émission

Les manifestations d’agriculteurs le mois dernier, le film d’Édouard Bergeon « Au nom de la terre », le débat sur l’usage des pesticides : les difficultés du monde paysan s’affichent au quotidien.

Le blé et la reconnaissance ne poussent qu’en bonne terre. Proverbe allemand
Le blé et la reconnaissance ne poussent qu’en bonne terre. Proverbe allemand Crédits : Getty

Un suicide par jour, le chiffre est énorme compte tenu de la taille de la population. Jean Viard rappelle dans l’hebdomadaire Le un comment on est passé dans les années 60, et en l’espace d’une génération, de 3 millions à 440 000 fermes.

Aucun métier n’a connu une telle destruction des structures familiales. 

Mais le modèle industriel promu depuis lors – toujours plus d’hectares, de matériels, d’intrants, d’emprunts – est aujourd’hui confronté à la « révolution écologique ». Pourtant l’agriculture « est l’avenir de l’humanité, car c’est par définition un métier du renouvelable qui travaille avec le sol, le vent, le soleil, l’eau et les savoirs locaux ». Le sociologue souligne que les agriculteurs ne sont pas restés passifs face aux nouveaux enjeux de l’écologie. « 20 % des fermes sont passées au bio, l’agriculture de proximité se développe (…) Le modèle des fermes qui fournissent directement les cantines scolaires se développe. 32 % des poules ne sont pas élevées en cage… » Mais le monde paysan, classe dominante qui produisait plus de rente que l’industrie jusqu’aux années 1950, « a encore du mal à s’adapter à son statut de minorité, à discuter, négocier, mais aussi à se faire respecter, en particulier de la grande distribution ». L’économiste Philippe Chalmin rappelle que la politique agricole commune qui garantissait la stabilité des prix s’est désintégrée « sur une scène européenne reflétant désormais les tendances mondiales ». Face à cela, les agriculteurs peuvent essayer de « jouer la carte des niches », des IGP (les indications géographiques protégées), du bio ou de la commercialisation directe. Mais essayer de s’organiser dans une logique contractuelle se heurte en France aux autorités de la concurrence qui « ont la fâcheuse tendance à être plus dures avec le cartel des endives qu’avec celui de la téléphonie ».

Arrêtons l’agribashing

La formule revient dans l’hebdomadaire Le un, notamment sous la plume d’Édouard Bergeon, le réalisateur d’Au nom de la terre. « Parmi nos combats, nous avons la responsabilité collective de nous opposer à l’appropriation du vivant par les géants de l’agrochimie. » 

Tout ce qui faisait la vie et sa saveur est en passe d’être contrôlé par quelques-uns, ou éradiqué purement et simplement : 75 % des semences dans le monde ont été détruites depuis 1970.

Les agriculteurs sont les premières victimes d’un système qu’ils n’ont fait qu’appliquer. Si nous devons arrêter le glyphosate et autres pesticides, « n’importons plus aucun produit européen qui ne réponde aux mêmes normes sanitaires que les nôtres. N’importons plus d’Amérique du Sud du soja transgénique mûri au glyphosate, du bœuf piqué aux hormones, du poulet industriel trempé dans l’eau de javel… » Édouard Bergeon déplore que dans le pays du « bien manger », les agriculteurs se meurent alors que la restauration rapide se développe. 

La nourriture est notre première médecine préventive, notre héritage et notre culture.

La terre a un nom

C’est « celui de nos enfants, de nos parents, de nos jeunes, de nos anciens, de toute confession, de toute origine ». Édouard Bergeon a monté des restaurants à Paris pour valoriser le travail de ses anciens camarades de terre… 

Le restaurateur que je suis devenu espère que dans le plus grand nombre de cuisines françaises, nous retrouverons le chemin des bons produits, cultivés avec amour et passion. Et ainsi, nous aurons rétabli le cercle vertueux, sain et évident de la fourche à la fourchette. 

Il se fournit en circuit court pour faire vivre les maraîchers et les éleveurs qu’il connait. La revue 180°C est allée lui rendre visite. Il rappelle que « la fonction première du paysan, c’est son rôle nourricier. » A retrouver dans ce N° le grand entretien avec Alice Waters, patronne du restaurant Chez Panisse, aux Etats-Unis, « Prônant une cuisine simple et savoureuse, à base de produits frais, bio et locaux, elle est convaincue que l’on peut éduquer par le goût et changer le monde par la manière dont on mange. » Formée à la cuisine française, elle insiste elle aussi sur le lien entre nature et nourriture. 

La dernière livraison de la revue Esprit porte sur la vie en province, laquelle a un sens plus large que la ruralité. La ville s’est en quelque sorte « répandue dans les villages », où les agriculteurs ne représentent que 5 à 10% de la population même s’ils détiennent 53% du sol, sans compter les forêts. On parle ainsi d’espace « rurbanisé ». Pour Quentin Jagorel, « les dynamiques territoriales en France suivent depuis quelques décennies un double mouvement de métropolisation et de régionalisation ». Jusqu’aux années 1970, des villes moyennes pouvaient former une sorte de « réseau neuronal » sur lequel s’adossait la France rurale. Ce réseau s’est progressivement polarisé, éloignant cette France du reste du pays.

Par Jacques Munier

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