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Astronomes arabes

Gouverner par gros temps

5 min
À retrouver dans l'émission

La 23ème édition des Rendez-Vous de l’histoire de Blois se tient en ce moment et jusqu’à dimanche. Le thème retenu cette année : Gouverner.

Astronomes arabes
Astronomes arabes Crédits : Getty

Souleymane Bachir Diagne prononcera la Conférence inaugurale vendredi sous le titre « L’ombre de dieu sur terre », une analyse du concept de califat. L’expression est due au philosophe médiéval Al Farabi pour désigner la fonction cosmique du calife.

Administrer la cité est, comme pour le philosophe roi de Platon, la fonction de celui-là seul qui peut inscrire dans le cours des affaires humaines l’ordre qui règne dans le cosmos. Souleymane Bachir Diagne dans Le Monde.

Aboli en 1924 par la Turquie républicaine, le califat que les fondamentalistes rêvent de restaurer n’est pas consubstantiel à la religion musulmane : c’est le message délivré par la Grande Assemblée nationale turque. Mais l’institution est restée pour de nombreux musulmans le symbole d’un âge d’or dont le retour dépendrait de sa restauration. Au même moment, et à l’opposé, « s’ouvraient la promesse et la visée d’une reconstruction de ce que voudrait dire gouverner aujourd’hui, dans les mondes musulmans ». Le mot « calife » signifie « lieutenant », littéralement celui qui tient lieu de Dieu, son représentant. S’appliquant d’abord au Prophète, son sens évolua dès lors que la question politique de sa succession se posa. De « Successeur », il devint synonyme de « Commandeur des croyants » qui s’imposa comme la manière de s’adresser aux califes.

« Famille vivante de Républiques »

Souleymane Bachir Diagne rappelle que selon la tradition « les titres calife et émir des croyants furent choisis par humilité par des dirigeants qui se définissaient seulement comme celui qui occupe la place et celui qui est responsable des affaires des musulmans ». 

Tout souci d’humilité a disparu du titre lorsque, devenu dynastique, il a eu pour fonction de magnifier la puissance impériale d’un souverain qui n’hésitait pas à accepter d’être considéré comme "l’ombre de Dieu sur terre".

Aujourd’hui, « comment penser l’islam comme l’unité d’une communauté dans sa diversité, sans le symbole d’un califat ? » L’un des penseurs les plus importants de la réforme, Mohamed Iqbal (1877-1938), évoque l’idéal d’une « famille vivante de Républiques ». Comme le rappelle Souleymane Bachir Diagne, « les exégètes se sont demandé ce qu’Iqbal entendait par là. La bonne réponse est que lui-même ne le savait pas, puisqu’elle est à inventer ».

Gouverner par gros temps

« Gouverner par gros temps », c’est l’un des thèmes au programme des débats des Rendez-Vous de l’histoire de Blois. Dans les pages idées de Libération, Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher parlent de leur enquête, parue au Seuil sous le titre Les révoltes du ciel Une histoire du changement climatique XVe-XXe siècle. Pour eux, il y a belle lurette – cinq siècles – que l’évolution des climats préoccupe au-delà des cercles scientifiques, et s’invite dans les débats politiques et sociaux. Les historiens sont partis de la découverte d’un carton d’archives. Au début du XIXe, « un ministre de l’Intérieur écrit à ses préfets pour leur demander si les climats de la France changent et si l’Homme est responsable ». Les réponses montrent que la question ne surprend pas car elle est déjà inscrite dans les mentalités. On sait par exemple, dès le XVIIIe siècle, que les forêts jouent un rôle important dans l’« évapotranspiration » et qu’elles sont « garantes des pluies et donc de la production agricole ». D’où très vite les « enjeux de pouvoir, d’affrontements politiques, de rapports de domination ». Les paysans sont accusés de mal gérer la ressource et les écosystèmes.

Pour les partisans de la Restauration, la noblesse, par son enracinement historique, est celle qui peut par excellence penser le temps long : elle est donc vouée à gérer les forêts et donc le climat.

Finis les « communs » des populations rurales « ressources indispensables pour le bois, le pâturage, l’engrais, le gibier… » C’est déjà vrai sous la Révolution, malgré la confiscation des forêts appartenant à la noblesse et au clergé. La défense de l’environnement devient une arme politique. « Elle permet d’agir au nom d’intérêts supérieurs : la sauvegarde de l’agriculture, la protection contre les catastrophes que provoquerait un dérèglement du cycle de l’eau… » 

Des règles sans droits 

Sur le site La vie des idées, Sylvain Maechler rend compte du livre de Tim Bartley Rules without Rights : Land, Labor, and Private Authority in the Global Economy (Oxford University Press) Des règles sans droits : la terre, le travail et l'autorité privée dans l'économie mondiale. L’ouvrage analyse les normes du travail en milieu forestier dans deux pays asiatiques : la Chine et l’Indonésie. Pour le sociologue, « les règles qui gouvernent la mondialisation de la production sont un échec, car elles font fi du contexte au sein duquel elles s’implantent ». Pour faire bonne figure, les grandes marques imposent des normes, écologiques ou sociales, facilement contournées par les sous-traitants, au mépris des droits. Et ce quelle que soit le degré d’autorité de l’état. 

Par Jacques Munier

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