LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Une mutation des objets vers la dématérialisation.

Extension du domaine des objets

4 min
À retrouver dans l'émission

La période du confinement a mis en évidence notre attachement aux choses : cafetière, accessoires de bureau, écrans divers, smartphone… Plusieurs enquêtes explorent la réalité augmentée du monde des objets.

Une mutation des objets vers la dématérialisation.
Une mutation des objets vers la dématérialisation. Crédits : Getty

Dans les pages idées de L’Obs, Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre racontent l’avènement de la modernité à travers les objets du quotidien. Le magasin du monde, l’ouvrage collectif qu’ils ont dirigé vient de paraître chez Fayard. Tenants d’une « histoire globale », qui cherche à s’extraire du seul point de vue occidental, ils s’inspirent également « de la façon dont a été renouvelée l’histoire des techniques depuis une trentaine d’années », passée d’une histoire de l’« invention » à celle de l’innovation, plus étendue dans le temps et qui explique comment un usage s’améliore, puis à une histoire de la diffusion de l’objet. Tout « en évitant le présupposé selon lequel la diffusion d’un objet technique à l’âge industriel se fait nécessairement depuis l’Occident vers le reste du monde. » On passe ainsi du shampooing d’origine indienne au gilet jaune, du timbre-poste au smartphone, des tongs au hamac – découvert par Christophe Colomb aux Antilles, et qui va se répandre en Occident, notamment sur les bateaux. « Présenter cet objet dans le module lunaire d’Apollo 12 permet à l’historien Sébastien Rozeaux de le montrer sous un jour inattendu, et de ramasser toute son histoire…. » Philippe Artières explore le destin pédagogique conjugué du tableau noir et du bâton de craie, mieux adaptés à l’alphabétisation de masse quand l’apprentissage à la plume et à l’encre d’une écriture tendant vers la calligraphie supposait la précision et la lenteur. Et lors du krach de 1929, c’est avec un bâton de craie et une éponge que les employés de Wall Street suivaient de minute en minute le dévissage des cours. Les historiens observent aujourd’hui une mutation des objets vers la dématérialisation. 

Revoyez ce qu’était un bureau dans les années 1980-1990, avec son gros téléphone, son imprimante, son enregistreur, ses stylos, son agenda papier… Tout ça a été remplacé par le smartphone.

La couleur des jours publie les bonnes feuilles du livre de Nicolas Nova Smartphones, une enquête anthropologique (MétisPresses). Pour l’auteur, l’objet se laisse décrire au moyen de quelques métaphores, ou facettes illustrant ses usages et le sens donné par les utilisateurs eux-mêmes : la laisse – « j’ai comme un fil à la patte » – le miroir… à selfie ou pour se refaire une beauté en douce, la baguette magique – payer, ouvrir une porte, s’orienter dans l’inconnu, appareiller toute sorte de prothèses : perches, trépieds, haut-parleurs, extensions Bluetooth… Un véritable écosystème désigné par le terme appcessory, mélange singulier de logiciel – app – et d’objet de la vie quotidienne –accessory. L’objet qu’on manipule à tout instant – il suffit d’observer les usagers d’une rame de métro – a révélé dans la période du confinement son importance cruciale comme dernière interface du monde. Sur le site Libération.fr, l’anthropologue prend le contre-pied de certaines critiques faites aux technologies numériques en général, accusées de désocialiser les individus.

Le paradoxe dans cet objet est qu’il nous permet à la fois d’être en lien avec les autres et à la fois de s’éloigner de ceux présents autour de nous. C’est cette norme sociale extrêmement courante qui est chamboulée.

Selon lui « le smartphone réactive des débats qui émergent à chaque petit bond technologique : la radio ou plus tard, le Walkman étaient aussi accusés d’enfermer dans une bulle. Quand la calculatrice a été inventée, on craignait qu’elle empêche les gens d’apprendre à compter ». Il est vrai que pendant le confinement, beaucoup d’entre nous ont expérimenté de nouvelles manières d’être ensemble à distance. L’usage des émoticônes, des « gifs » ou des « mèmes », ces images animées, contribue à colorer le texte d’un large panel d’émotions et d’affects. Le langage lui-même s’en trouve modifié : l’écriture confine à l’oralité… 

En élargissant la focale, on peut suivre l’épopée fantastique des objets dans notre société de consommation avec l’enquête historique d’Anthony Galluzo publiée aux éditions Zones sous le titre La fabrique du consommateur. Passons sur la mise en scène de la marchandise dans les premiers grands magasins à l’aube de cette histoire, alors que dans les années 1950, « on voit poindre des signes d’angoisse et d’ennui face à la bureaucratisation et au conformisme que semble incarner le nouvel ordre marchand ». Paradoxalement, au lieu de le mettre en cause, l’anticonformisme des sixties va consolider la société marchande « en faisant de la différenciation par les objets-signes une façon authentique d’être au monde. » Le marché invente l’adolescence au seuil du baby-boom et la contre-culture est vite recyclée dans la société du spectacle. 

La figure du consommateur est porteuse du mythe de l’individu entrepreneur de son identité.

Par Jacques Munier

A lire aussi

Bernard London : L'Obsolescence programmée des objets (Allia)

En 1929, une crise économique inédite ébranle le monde. Face à l’interventionnisme de l’État et au chômage massif, des voix s’élèvent. Bernard London propose une “solution miracle” : soutenir l’industrie en renouvelant fréquemment les biens d’usage...

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......