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10 septembre 2019, suspension du Parlement britannique

Politique : les nouvelles donnes

5 min
À retrouver dans l'émission

Le feuilleton du Brexit offre l’occasion d’une réflexion politique sur le fonctionnement – ou le dévoiement – de nos institutions démocratiques.

10 septembre 2019, suspension du Parlement britannique
10 septembre 2019, suspension du Parlement britannique Crédits : Getty

D’abord, je vous cite le dernier tweet de Bernard Pivot, qui « propose de faire entrer le mot « brexit » (sans majuscule) dans la langue française. Il désignera un débat cacophonique et insoluble, une réunion foutoir, une assemblée bordélique. Exemple : l’assemblée des copropriétaires s’est achevée en brexit. » Sur le plan politique, la crise qui secoue le Royaume-Uni révèle notamment « l’absence de garde-fous efficaces pour contrer la dérive autoritaire du premier ministre », estiment dans Le Monde Pauline Schnapper et Emmanuelle Avril

Le bras de fer entre le gouvernement, qui prétend tirer sa légitimité du résultat du référendum censé représenter la volonté du peuple, et la Chambre des communes, démocratiquement élue, montre combien le fameux « modèle » de Westminster, sous-tendu par une constitution informelle et dont l’une des caractéristiques est la fusion presque totale des pouvoirs exécutif et législatif, souffre de graves déséquilibres qui ont rendu possible cette crise sans précédent.

Les deux professeures de civilisation britannique contemporaine à l’université Sorbonne-Nouvelle ajoutent que cette crise est aussi « l’aboutissement logique de tendances politiques et sociétales lourdes qui réclament des changements profonds dans le fonctionnement démocratique du Royaume-Uni ». Si l’on élargit la focale, on conviendra que ces « tendances politiques et sociétales » ne concernent pas que la démocratie britannique. 

Réactionnaires et conservateurs

Dans L’Express, Mark Lilla évoque son dernier livre, à paraître la semaine prochaine chez Desclée de Brouwer sous le titre L’esprit de réaction. L’historien des idées, francophile, analyse la pensée réactionnaire pour dénoncer les impasses d’une idéologie revenue au goût du jour dans l’orbite des populismes. 

Personne ne comprend plus comment fonctionne le marché international, surtout la finance, ni comment les contrôler démocratiquement dans les Etats souverains. Face à cette absence de lisibilité et cette peur de ne pas pouvoir maîtriser leur destin, beaucoup de gens préfèrent rêver du passé. »

Mais la nostalgie n’a jamais tenu lieu de programme politique. Pour le réactionnaire, deux options sont possibles face au désenchantement du présent : soit « le retour en arrière, pour rétablir les structures sociales anciennes – mythifiées », soit enjamber « le présent pour fonder une société nouvelle, inspirée du passé mais plus autoritaire, plus agressive, tout en utilisant les outils modernes ». La première option était celle d’un Charles Maurras, la deuxième celle des fascistes « prônant un futur inspiré par des fondements éthiques et culturels enracinés dans le passé, mais sous une forme moderne ou même hypermoderne, reposant sur l’industrie, la science, la technologie ». Le Figaro a également invité Mark Lilla à présenter son livre. L’exercice commence par une mise au point sémantique : la différence entre réactionnaire et conservateur. 

Le conservateur part d’une conception particulière de la nature humaine et de sa relation à la société. Son adversaire dans la philosophie politique moderne c’est le libéral. Pour le conservateur, la vie politique tourne autour de la nécessité de transmettre la culture, la langue, les traditions. La pensée du libéral prend comme point de départ l’individu porteur de droits, détaché de la société. 

D’où le positionnement « boiteux » de l’auteur – le mot est de lui –, qui « fait l’éloge discret d’un conservatisme libéral qui s’inscrirait dans la tradition de Tocqueville et de Raymond Aron ». Il se définit aussi comme un « démocrate libéral », non pas dans le sens du libre marché, « mais dans celui de l’autonomie gouvernementale, de la solidarité civique et de la modération ». 

Etats-Unis : la ligne rouge

Dans un précédent livre sur la gauche identitaire américaine, il fustigeait une gauche « sans soubassement intellectuel » et obnubilée par le sort des minorités. Mais aujourd’hui, depuis que Bernie Sanders a brandi le mot « socialisme », de nombreux militants et élus démocrates se sont engouffrés dans la brèche. « En 2010 – observe Anthony Mansuy dans le magazine Society – le mouvement Tea Party avait commencé à transformer le Parti républicain, déjà très à droite, en véhicule à idées purement réactionnaires et constitué les bases du mouvement Trump. Sur les cendres d’Occupy Wall Street, des déceptions laissées par la présidence Obama et de la candidature de Bernie Sanders en 2016, cette nouvelle gauche américaine parviendra-t-elle à prendre le contrôle du parti démocrate ? » Michael Carter, 28 ans, a dirigé la campagne d’Alexandria Ocasio-Cortez, la plus jeune femme jamais élue au Congrès. Il parle d’une révolution culturelle : « nous n’avons pas subi le lavage de cerveau organisé durant la guerre froide autour du mot socialisme… Nous avons grandi avec la guerre en Irak et l’effondrement du système financier… et avec un accès démocratisé à l’information. » L’un des éléments qui a poussé ces jeunes américains à se gauchiser serait aussi le fardeau des dettes contractées pour mener leurs études.

Par Jacques Munier

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