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L'arrivée à Lesbos

Des goûts et des valeurs

5 min
À retrouver dans l'émission

La dernière édition de l’enquête internationale European Values Study est parue. Réalisée dans 38 pays européens, elle comporte un volet français.

L'arrivée à Lesbos
L'arrivée à Lesbos Crédits : AFP

Publié aux Presses universitaires de Grenoble sous le titre La France des valeurs. Quarante ans d’évolutions, il étudie les valeurs de nos compatriotes dans toutes sortes de domaines – famille, sexualité, travail, politique, religion, environnement – et la façon dont elles ont évolué en quarante ans. Dans les pages idées de L’Obs, trois des chercheurs qui l’ont conduite en résument les grandes lignes. Et tout d’abord, pour Frédéric Gonthier « un mouvement de fond : l’individualisation des valeurs. Chacun veut désormais affirmer ses choix de façon personnelle et sans forcément se conformer aux injonctions d’autorité traditionnelles comme l’Eglise, les normes sociales ou les partis politiques. 

Et depuis les années 1990, le respect des autres et la tolérance arrivent en tête des valeurs que les parents veulent inculquer à leurs enfants. 

Ce qui a une traduction concrète : « Après avoir diminué, le noyau franchement hostile aux étrangers a progressé entre 2008 et 2018, mais dans le même temps, la proportion de ceux qui sont attentifs à la condition des immigrés augmente également. Elle représente plus d’un tiers des Français. » Même « avec le climat anxiogène lié aux attentats et l’afflux de réfugiés venant de zones de guerre » entre 2013 et 2016 », qui pouvait laisser présager « une montée en flèche du racisme », c’est le contraire qui s’est produit : « la tolérance vis-à-vis des minorités, dont les musulmans, a progressé », montrant que « les Français ne faisaient pas l’amalgame entre islam et attentats commis au nom du djihad ». 

Même l’idée d’une préférence nationale à l’emploi perd du terrain, 61% des Français y étaient favorables en 1990, ils ne sont plus que 42%. Plus on est diplômé, plus on est jeune et plus on est athée, moins l’on rejette les autres groupes ou nationalités. (Vincent Tiberj)

L’individualisme au sens émancipateur se retrouve dans les comportements politiques. L’abstention ne traduit pas forcément un moindre intérêt pour la politique. Pierre Bréchon estime que « Le sens du vote a changé. On accomplissait autrefois son devoir électoral sans forcément bien savoir quel sens donner à son vote. Aujourd’hui, le citoyen s’exprime dans les urnes s’il trouve pour cela des raisons importantes, parce qu’il veut soutenir ou sanctionner un camp. » Quant à l’individualisme assumé des plus jeunes, Frédéric Gonthier montre qu’il n’empêche pas de se sentir concerné « par les conditions de vie de leurs voisins, de leurs concitoyens, des personnes âgées, des malades, des chômeurs ou des immigrés » et ce malgré la crise : « Non seulement le souci des autres a bien résisté mais c’est parmi les jeunes générations que l’altruisme social a le plus augmenté, alors même qu’elles sont les plus exposées à la crise. »

"Les enfants à l'assaut du vieux monde"

La revue WE Demain publie les portraits de 25 jeunes activistes qui « bousculent le vieux monde ». Parmi eux, Mary Flinn, 22 ans, secouriste sur l’« Aquarius » depuis qu’à l’âge de 17 ans « elle est confrontée, sur l’île de Lesbos, à des réfugiés terrorisés dans un canot pneumatique en perdition ». Ou Mohamed Al Jounde, réfugié au Liban à l’âge de 12 ans en 2013, après que sa mère a été arrêtée deux fois et menacé de mort en Syrie. Dans le camp de réfugiés, il a créé une école où chacun partage ses compétences et où il enseigne lui-même l’anglais, les maths et la photographie. A signaler dans ce N° le grand entretien avec Raoul Vaneigem, figure de proue du mouvement situationniste, 85 ans et toutes ses dents : « Le combat du cœur contre l’esprit du tiroir-caisse ». L’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations s’est toujours fait rare dans les médias et cette intervention est en soi un petit événement.

Politique de l'hospitalité

La dernière livraison de la revue de(s)générations propose un dossier sur le thème de l’hospitalité, avec notamment la contribution de Georges Didi-Huberman qui revient sur le séminaire de Jacques Derrida consacré à cette question, subtile et forte méditation sur le vivre-ensemble et le rapport à l’autre. Le philosophe évoque le souvenir de son exclusion de l’école en 1942 en Algérie, après le décret de Vichy sur le numerus clausus contre les enfants juifs. Et aussi, à propos du délit de solidarité contre ceux qui accueillent aujourd’hui des migrants, le « souci innocent de compassion » en tant qu’il constituerait un « mode fondamental du vivre-ensemble quand la justice à la fois excède et réclame le droit ».

La chronique de Frédéric Boyer dans La Croix porte sur nos conflits et désaccords, et les cicatrices qu’ils peuvent laisser. 

Nous aimons ça, les disputes, mais la question vitale est peut-être moins dans le conflit lui-même que d’apprendre à vivre après le conflit. Avec ce que le conflit a pu toucher de plus fort, de plus intime, entre nous. 

Et l’écrivain de conclure : « On s’obstine à vouloir atteindre un accord à tout prix plutôt que de passer par l’épreuve d’avoir non seulement à penser le désaccord mais aussi cette expérience humaine qui traverse toute communauté : imaginer vivre ensemble après le désaccord. »

Par Jacques Munier

Georges Didi-Huberman publie également La Ressemblance informe ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille (Editions Macula)

Et Désirer désobéir Ce qui nous soulève (Les Editions de Minuit)

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