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Restitution du grand débat national, 8 avril 2019

Grand débat : la fabrique des résultats

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L’annonce des mesures à l’issue du Grand débat national a été reportée suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris, mais certaines d’entre elles ont fuité dans la presse.

Restitution du grand débat national, 8 avril 2019
Restitution du grand débat national, 8 avril 2019 Crédits : AFP

Réduction du nombre de parlementaires et introduction d’une dose de proportionnelle, baisse de l’impôt sur le revenu, possible retour de l’ISF, simplification des règles du référendum d’initiative partagée (RIP), le RIC envisagé ; pas de fermeture d’écoles d’ici à 2022 ; suppression de l’ENA ; indexation des petites retraites… Cédric Pietralunga et Olivier Faye les passent en revue dans Le Monde, tout en précisant que l’Élysée « ne confirme ni ne commente les fuites dans la presse au sujet de la sortie du grand débat national ». Nul doute que tout cela ne lance de nouveaux et vifs débats… Quant à « l’effet de blast » des annonces présidentielles, dont parlaient certains commentateurs, il risque fort d’être réduit à proportion de l’intérêt politique de l’exercice, qui réside notamment dans l’effet de surprise. Comme l’indiquait hier Françoise Fressoz dans son édito, la dramaturgie imaginée par le président « pour sortir du trou d’air a d’ores et déjà changé : même s’il s’est nourri pendant trois mois des attentes de son peuple, même s’il s’est enrichi d’une dizaine de débats (…), Emmanuel Macron ne peut pas incarner le roi thaumaturge, capable de faire des miracles. » En attendant sa prochaine intervention, nombreux sont ceux qui reviennent sur les conditions du grand débat, et surtout sur la manière dont on en a tiré les conclusions. 

La fabrique politique des résultats

Dans l’hebdomadaire Le 1, Emmanuel Didier et Loup Wolff estiment que « tel qu’il a été organisé et interprété, ce Grand débat aura tout autant été une caisse de résonance de la clameur populaire qu’un dispositif filtrant contribuant à lui donner forme ». Les sociologues – Loup Wolff, notamment, est Administrateur de l’Insee et spécialiste des enquêtes sociales - insistent sur la nature foncièrement politique de l’initiative, certes inédite en son genre. 

Les dispositifs mis en œuvre à la fois pour permettre les débats et pour analyser les contributions sont tous traversés d’intentions et d’hypothèses, parfois implicites, qui ont des conséquences sur le type de messages auxquels ils permettent d’aboutir. 

Le recours aux technologies numériques comme expression et mise en forme de la parole populaire pose également question : s’agissant de deux sources hétérogènes – contributions numériques solitaires et comptes rendus de débats collectifs – il est délicat de les articuler. D’autant plus que les interventions individuelles sont recueillies au moyen d’un questionnaire dont la formulation a été imposée. Et contrairement aux techniques de sondage (qui recherchent une représentativité des échantillons), ou au vote (qui vise une participation aussi large que possible), « ce Grand débat, même s’il a accumulé de très nombreuses contributions, n’a touché qu’une partie, sans doute peu représentative, de la population. » S’ajoute à cela le type d’analyse lexicale qui a été mis en œuvre dans les algorithmes pour classer les réponses, qui « reposent non pas sur la synthèse de ce que dit chaque individu, mais sur l’identification des sujets qui ont été soulevés lors de chaque intervention ». Résultat : « quelqu’un qui aura été prolixe et aura soulevé, à chaque question, un grand nombre de sujets sera représenté autant de fois dans les résultats finaux » alors que celui « qui aura clamé haut et fort un seul point ne sera représenté qu’une seule fois ». Et l’on sait que la faculté d’argumenter de manière détaillée est très inégalement répartie. Enfin, même si la masse impressionnante des données collectées est en principe accessible à tous sur le site du Grand débat, quel citoyen isolé est capable de les analyser ? C’est pourquoi le gouvernement a fait appel à des sociétés comme Opinion Way pour les traiter, au risque répercuter des biais d’interprétation. Les auteurs rappellent également que Le site Web du Vrai Débat, « qui se présente comme porté par un collectif de Gilets jaunes, ne fait pas appel à un questionnaire et suggère neuf thèmes d’expression. Il aurait attiré près de 44 000 contributeurs ».

La France des ronds-points

La dernière livraison de la revue Le débat publie un important dossier sur La France des gilets jaunes ». Pour l’historien Pierre Vermeren les ronds-points sont une image forte et un symbole de la transformation de nos territoires sous le triple effet de la désertification rurale de la désindustrialisation et désormais de la compression de l’économie de services. Notre pays en compterait, au bas mot, plus de trente mille, un record mondial. Au prix du rond-point (entre 500 000 et 1 million d’euros) ça fait au total trente milliards d’investissements publics qui ne sont pas allés aux banlieues déshéritées ou aux zones périurbaines déconnectées. Outre sa fonction improbable pour remplacer un simple carrefour, son esthétique giratoire au milieu de zones dites « industrielles » le plus souvent sans industrie illustre la trilogie qui structure désormais la France périphérique : l’automobile, le réseau routier et la grande distribution.

Par Jacques Munier

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