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Carola Rackete, capitaine du Sea Watch, 6 septembre 2019

Pour un point de vue cosmopolitique sur les migrations

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À retrouver dans l'émission

L’offensive d’Emmanuel Macron sur l’immigration provoque des remous dans la majorité présidentielle.

Carola Rackete, capitaine du Sea Watch, 6 septembre 2019
Carola Rackete, capitaine du Sea Watch, 6 septembre 2019 Crédits : Getty

Certains députés LREM expriment leur dépit de voir une nouvelle fois ce sujet mis à l’agenda, avec le débat prévu dans l’hémicycle le 30 septembre. Comme le rappelle Manuel Jardinaud dans Mediapart, quinze députés LREM avaient signé une tribune intitulée "Penser l’immigration du XXIe siècle avec humanité et efficacité, pour une intégration réussie dans les territoires". Issus de "l’aile gauche" du groupe majoritaire, les signataires estiment que « la question n’est pas tant combien nous pouvons accueillir, mais comment on peut mieux intégrer ». 

Le débat ne doit pas servir de marchepied à ceux qui font leur fonds de commerce d’une irréelle association immigration-islam-délinquance, cherchant à cristalliser les haines sur tous les citoyens de confession musulmane.

Sonia Krimi, députée de la Manche et signataire du texte évoque une tactique de contre-feu : si la question revient dans l’agenda "c’est que notre politique n’est pas la bonne". Et elle ajoute : "Quand on fait le lien, dans le même discours, entre laïcité et sécurité, on n’apaise pas le pays."

Droit et devoir d'asile

Au programme du débat parlementaire figure notamment le droit d’asile, qui a pourtant fait l’objet d’une loi récente votée en août 2018 et qui a durci les conditions d’accès à l’asile. Alors, demande Nathalie Birchem sur le site de La Croix, pourquoi cette focalisation nouvelle ? L’an dernier, selon les chiffres de l’OFPRA, plus de 122 000 personnes ont demandé l’asile, et entre janvier et mai de l’année 2019 la tendance était encore à la hausse de 7 %. Or, la France n’accorde sa protection qu’à 36 % des demandeurs et ceux qui sont déboutés viennent grossir les rangs des sans-papiers. C’est pourquoi le gouvernement considère l’asile comme l’un des principaux vecteurs de l’immigration irrégulière. Par ailleurs, la tendance à la hausse contraste avec la situation de nos voisins : les demandes d’asile baissent de presque 10 % en Allemagne et de 43 % en Italie. Mais elles augmentent en Espagne de 111%… Autre particularité : la nationalité des demandeurs.

Alors que, dans l’ensemble de l’Union européenne, les premières nationalités représentées parmi les demandeurs d’asile sont les Syriens, les Afghans et les Irakiens, en France, depuis début 2019, le trio de tête est formé par les Géorgiens et les Albanais, qui dépassent désormais les Afghans, devant les Guinéens et les Ivoiriens.

D’où la prise en compte de la notion de "pays d’origine sûre" pour l’attribution de l’Allocation de demandeur d’asile ou de la Protection universelle maladie (PUMA).

Le point de vue cosmopolitique

Dans Le Monde.fr, Maryline Baumard fait le point sur l’immigration africaine suite aux propos du chef de l’Etat sur "les défis contemporains qui font peur". Elle cite le rapport de l’OCDE paru hier sur les Perspectives des migrations internationales 2019.

Si ces statistiques mettent l’accent sur une planète plus que jamais en mouvement où 5,3 millions de personnes se sont installées en 2018 dans un des trente-six pays de l’OCDE (soit 2 % de plus que l’année précédente), elles pointent surtout que seuls 300 000 Africains sont arrivés dans ces pays industrialisés, obligeant à corriger les images fausses d’une Europe assiégée.

Car les Africains optent surtout pour les pays où sont déjà installés leurs compatriotes. Ni le Royaume-Uni ni l’Allemagne ne comptent d’Africains dans la liste des dix premiers pays sources de leur immigration en 2017, alors qu’en Italie, les Africains (Marocains, Egyptiens, Nigérians, Sénégalais) composent 64 % de la population étrangère du pays. "La France, qui n’a pas fourni de chiffres à l’OCDE depuis 2015 sur ce sujet, compte 4,4 % de Maghrébins au sein de sa population et 1,5 % de Subsahariens (selon les travaux de l’INED) et n’a pas enregistré d’afflux cette dernière année. Juste une augmentation des entrées de 245 000 à 253 000, tout type d’entrées confondues et toutes origines."

Tous ces chiffres doivent entrer en ligne de compte dans un débat sérieux, à distance des récupérations politiciennes. La dernière livraison de la revue Monde commun (PUF) est consacrée à la multitude migrante : plus de 250 millions de personnes vivant hors de leur pays de naissance. L’édito l’affirme explicitement : "Nous avons souhaité calmer le jeu et mettre en évidence la dimension ordinaire, sans être anodine, de la migration."

Dans des villes ouvertes au monde, les processus de globalisation s’imbriquent, un cosmopolitisme de tous jours s’invente.

Au sommaire : des migrants maliens de Montreuil, un scientifique vénézuélien en exil dans le sud de la France, des travailleurs indiens recrutés dans des emplois lointains pour payer une dette, un migrant iranien devenu l’anthropologue de sa propre condition… Et la forte prise de parole de Marie Cosnay qui raconte les réseaux d’accueil solidaire, et cite le poème de Niki Giannari Des spectres hantent l’Europe :

Où que tu regardes dans les rues / Ou les avenues de l’Occident, / ils cheminent : cette procession sacrée / nous regarde et nous traverse.

Par Jacques Munier

A lire aussi : Revue de(s)générations n°30 inhospitalités, avec les contributions de Michel Agier, Antoine Berman, Fabienne Brugère, Niki Giannari, Guillaume Le Blanc, Camille Louis, Nathalie Quintane... 

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