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L'Amazone "L’eau est un organe du monde" Gaston Bachelard

Au fil de l’eau

5 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron semble avoir entériné ce mardi l’abandon du projet de consigne des bouteilles plastiques en déclarant que « rien ne sera fait sans l’accord des maires ».

L'Amazone "L’eau est un organe du monde" Gaston Bachelard
L'Amazone "L’eau est un organe du monde" Gaston Bachelard Crédits : Getty

Consigne ou pas consigne ? La mesure, qui figure dans le projet de loi économie circulaire, se heurte en effet aux réticences des élus locaux, qui ont déjà beaucoup investi dans le tri et le recyclage. Les pages Débats de La Croix se font l’écho de cette controverse pas si anecdotique qu’il n’y paraît, au regard des dégâts causés par les déchets plastiques dans l’environnement et les océans. Pour Jean-Philippe Carpentier, président de la Fédération des entreprises du recyclage, « c’était une fausse bonne idée ». Les bouteilles d’eau sont majoritairement recyclées, la mesure n’aurait concerné qu’une toute petite partie des plastiques. « Le vrai sujet est d’améliorer la collecte et le recyclage des autres emballages. Les barquettes et les pots de yaourts, par exemple, ne sont recyclés qu’à 4 %. » Pour Anne de Béthencourt, membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot pour l’économie circulaire et rapporteure de la résolution sur la consigne au CESE, la consigne est une solution transitoire pour améliorer le tri. Elle rappelle que « l’Union européenne a exigé de l’ensemble des pays membres que 90 % des bouteilles plastiques soient recyclées à l’horizon 2025. Pour l’heure, on en est très loin ». Mais à terme, les bouteilles en plastique doivent disparaître « au profit de celles en verre, qui se réutilisent ou se recyclent à l’infini ».

Stress hydrique

Reste l’eau du robinet. Et là, le problème est plus aigu. La revue We Demain propose aujourd’hui un dossier sur le sujet : La ruée vers l’eau

Des sécheresses record, des incendies de plus en plus fréquents, des villages français ravitaillés par des camions-citernes, des cours d’eau toujours plus menacés par la pollution… L’été 2019 nous a montré à quel point l’accès à l’eau était inégal en fonction des régions. 

Gérard Leclerc rappelle que « selon un rapport de 2015 du ministère de l’Écologie, les débits moyens des eaux françaises devraient diminuer d’ici 2050, de 10% pour la Seine à 40% pour la Garonne ». Du côté des nappes phréatiques le bilan n’est pas plus réjouissant : « en septembre 2019, le déficit de pluie atteignait 20% sur un an et le taux de remplissage des nappes n’était que de 52% contre 65% l’année précédente ». Pragmatique, la revue liste 12 solutions pour économiser l’or bleu : recharger les nappes phréatiques avec l’eau de pluie qui s’évapore à 61%, en creusant un puits ou en acheminant l’eau sur un sol propice à l’infiltration directe. Arroser avec des eaux usées, ou grâce à des retenues d’eau. Cesser de pisser dans l’eau potable – une chasse d’eau, c’est en moyenne 9 litres qui partent à l’égout. Profitez plutôt de la douche pour vous soulager. Mauvais point pour le dessalement de l’eau de mer, vorace en énergies fossiles : les usines rejettent des millions de mètres cubes de saumure qui font exploser le taux de salinité de la mer. « En Arabie saoudite, certains fonds marins sont devenus des déserts. »

Le miroir de l’eau

Inégal en France en fonction des régions, l’accès à l’eau l’est aussi dans le monde. D’abord au point de vue de la consommation : 145 litres par jour et par habitant chez nous, 300 aux Etats-Unis, 10 à 20 litres en Afrique subsaharienne. Dans un ouvrage publié aux Éditions Le Cavalier Bleu sous le titre Géopolitique de l’eau, le géographe David Blanchon rappelle que 40% de la récolte mondiale vient de l’agriculture irriguée et que les impacts du changement climatique sur les ressources en eau auront un effet direct sur la sécurité alimentaire de la planète. Il cite le président de la Banque mondiale en 1995 : « les guerres de ce siècle ont été déclarées pour le pétrole, les guerres du prochain auront pour objet l’eau ». Riverains et rivaux, les mots partagent la même étymologie mais si l’eau peut être un facteur de conflit, elle est plus souvent une invitation à la coopération, ressource vitale oblige. « Ainsi des États que tout oppose, comme l’Inde et le Pakistan, ont dû trouver un modus vivendi pour la gestion du fleuve Indus. » Dans les pays émergents, c’est l’assainissement et la distribution qui est l’enjeu majeur, pour la consommation et la santé publique. Un enjeu de justice sociale également. « Plus on est pauvre, moins on a accès à l’eau et plus on la paye cher, notamment à cause de la multiplication des intermédiaires. »

Téthys, fille d’Ouranos et de Gaia

L’eau a une valeur symbolique forte, au confluent du ciel et de la terre. Comme le souligne l’anthropologue David Mosse dans son ouvrage The Rule of Water « la gestion de l’eau reflète les divisions majeures de la société, les rangs, les statuts (…) Parce que l’eau s’écoule, elle efface et retrace des frontières sociales. » Ce que des chercheurs comme Jamie Linton ou Jessica Budds ont suggéré de désigner comme « cycle hydrosocial ». En donnant l’exemple du Canada où l’eau n’est pas considérée de la même manière par les peuples premiers et les sociétés qui exploitent les sables bitumineux de l’Alberta. Un bien commun inaliénable pour les uns, un investissement non durable pour les autres. 

Par Jacques Munier

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