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La Turquie sur tous les fronts

5 min
À retrouver dans l'émission

Des « rencontres distinctes » ont eu lieu entre Sergueï Lavrov et ses homologues arménien et azerbaïdjanais à propos du conflit au Nagorny Karabakh.

Et nombreux sont ceux qui s’étonnent de la prudence, voire la retenue du Kremlin dans cette affaire où la Turquie s’est engagée avec armes et bagages – notamment ceux des mercenaires djihadistes syriens qui ont fait leurs classes dans la région kurde d’Afrin. Pourtant, l’Arménie qui revendique le Haut-Karabakh peuplé d’Arméniens est alliée à la Russie au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective. Courrier international publie un article d’Alexandre Baounov posté sur le site d’information du Centre moscovite de la Fondation Carnegie. 

Si la Russie n’est pas pressée d’aider son alliée, c’est parce que, autant que l’agressé, l’agresseur a de l’importance.

D’abord parce que l’Azerbaïdjan n’a jamais été hostile à la Russie, contrairement à d’autres anciennes Républiques soviétiques impliquées dans des conflits gelés comme la Géorgie, l’Ukraine ou la Moldavie. L’indépendance du pays, juste après la chute de l’URSS, s’est faite en douceur.

Les changements toponymiques ont épargné la culture, les monuments à Pouchkine et les rues Essenine – même si ce dernier avait passé son voyage en Azerbaïdjan à chanter les louanges de son amoureuse arménienne.

Tout en s’opposant à l’islamisme politique et au nationalisme extrémiste, l’Azerbaïdjan « a construit une politique étrangère multilatérale », participant notamment à des opérations de l’Otan. Le régime est autocratique, se transmettant de père en fils. Et pour la Russie, le problème vient paradoxalement davantage de son allié arménien, devenu une démocratie née d’un renversement du pouvoir par la rue, et qui ne muselle pas ses médias, lesquels sont souvent critiques à l’égard du Kremlin et pro-occidentaux… Résultat, un compromis à bas bruit se dessine au détriment des Arméniens.

Poutine et Erdogan sont réunis par leur résistance commune aux pressions occidentales, et la volonté de leurs deux pays de renforcer leur place sur la scène internationale.

Un élément pourrait cependant changer la donne : la présence des djihadistes syriens envoyés par la Turquie, en fournissant « un prétexte légitime à la Russie pour une intervention armée ».

Haut-Karabakh, Syrie, Libye, Chypre et mer Egée : ce sont « les cinq guerres d'Erdogan », et sur ce dernier front Yves Bourdillon relève dans Les Echos que La Grèce a dénoncé la politique du « fait accompli appuyé par des manœuvres militaires » d'Ankara en mer Egée, allant jusqu’à évoquer la suspension du traité d'union douanière entre l'Union européenne et la Turquie. 

La Grèce souligne que l'approche « bienveillante » de l'Union envers la Turquie « a échoué ». Athènes en appelle à la solidarité européenne face à une « agression ». 

Le navire turc d'exploration pétrolière, un temps rentré à quai, est en effet est retourné lundi près d'une île grecque. La stratégie tous azimuts du pouvoir turc entre en résonance avec le rêve d’une reconstitution de l'empire ottoman, illustré par l’objectif avoué de révision du traité de Lausanne de 1923 qui établissait les frontières de la Turquie.

Strasbourg, tête de pont

L’hebdomadaire Marianne publie un dossier sur l’activisme guerrier du néo-sultan Erdogan. Vladimir de Gmeline évoque les tensions grandissantes au sein de l’OTAN, notamment depuis les purges massives opérées après le putsch de 2016. 

On a vu des types hyperbrillants, multidiplômés et multilingues, se retrouver à faire la plonge dans des restaurants pour 1 € l’heure.

Et ça pour ceux qui ne sont pas en prison… Résultat, « de nouveaux officiers turcs sont arrivés, plus ou moins compétents mais fidèles absolument ». Au risque de se comporter en apprentis fouineurs. 

Un jour, j’en ai chopé un en train de trafiquer dans un ordinateur – raconte un officier français – dans des documents qui n’avaient rien à voir avec son domaine de compétence.

L’affaire s’est soldée par une remontrance de la part de ses chefs. Mais le fait est que les Américains, qui ont besoin de leur base aérienne en Turquie pour survoler la région, chercheraient à la déménager en Grèce.

Anne Dastakian a mené l’enquête sur les grands projets de la Turquie à Strasbourg, aux portes des institutions européennes. En plus des écoles et des mosquées, et après la construction d’un gigantesque consulat général soupçonné d’abriter les services secrets pour l’Europe, la Direction des affaires religieuses a un projet de campus islamique, avec une faculté et une mosquée, mais aussi un lycée et un centre des arts de l’islam. Sur le site existait déjà un centre de formation des imams turcs pour la France, qui a cédé ses locaux au premier lycée musulman privé d’Alsace. Le représentant du HDP auprès du Conseil de l’Europe, le Parti démocratique du peuple, d’opposition, Fayik Yagizai dénonce le lobbiying des réseaux de l’AKP auprès des institutions européennes. Il estime que la Turquie « devrait être exclue du Conseil de l’Europe car elle en enfreint tous les principes : démocratie, Etat de droit et droits de l’homme ».

Par Jacques Munier

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