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Reconnaissance faciale : un enjeu majeur pour les libertés fondamentales

L’image à l’ère numérique

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Quels effets produit le traitement numérique des images ? De la reconnaissance faciale aux nouveaux usages de la télévision ou la photographie en passant par le droit, plusieurs publications font le point.

Reconnaissance faciale : un enjeu majeur pour les libertés fondamentales
Reconnaissance faciale : un enjeu majeur pour les libertés fondamentales Crédits : Getty

Dans les pages idées de Libération, Pierre-Antoine Chardel et Asma Mhalla, respectivement professeur de sciences sociales et d’éthique à l’Institut Mines-Télécom Business School, et maîtresse de conférences à Sciences-Po, analysent les conséquences de l’extension de la reconnaissance faciale au domaine de la sécurité. Mis au point par les grandes plateformes numériques dans un but commercial et publicitaire, la technique serait aujourd’hui en passe d’être déployée au quotidien dans les dispositifs de surveillance généralisée, comme c’est déjà le cas en Chine. C’est probablement « l’un des sujets majeurs cristallisant le combat actuel pour les libertés fondamentales », soulignent-ils. Passer de la Smart City à la Safe City pose la question « du droit à évoluer dans l’espace public sans être identifié ». Face à des algorithmes qui s’emploient à figer une fois pour toutes notre profil, les auteurs rappellent l’exigence éthique ouverte par le visage « par essence irréductible », telle que l’a définie Emmanuel Levinas. Et dans un contexte judiciaire, « cette normativité algorithmique et la sécurité du résultat statistique risquent d’automatiser les décisions et de priver à terme les agents de leur esprit critique, de leur nécessaire autonomie d’appréciation ou de leur libre arbitre. Or le propre de la police et de la justice est que chaque affaire soit examinée pour ce qu’elle est, avec sa part de complexité propre qu’aucun logiciel ne saurait modéliser. »

Séduction et peur des images

La dernière livraison de la revue Les cahiers de la justice (Dalloz) publie un dossier sur le rôle des images. Le magistrat Denis Salas plaide pour une ouverture encadrée des cours de justice aux caméras « qui donnerait un supplément de légitimité démocratique à l’institution, et affirmerait, dans les procès à dimension historique, sa contribution à la mémoire collective ». Sophie Jehel y livre le compte-rendu d’une enquête éclairante sur l’emprise des images violentes chez les adolescents et les différentes formes de déprise mises en œuvre, de l’indifférence au dégoût ou la peur, en passant par l’évitement. Il s’avère que les difficultés de certains ados à se distancier de ces images provient d’une difficulté de « symbolisation » et que ceux dont les parents ont été présents pour limiter la consommation numérique « sont plus souvent capables de démarches autonomes » pour sortir du labyrinthe émotionnel où les enferment les algorithmes de « recommandation » par profilage. Là où les parents ont été absents, pour certains « l’écrit est apparu comme une protection et un appui : par la lecture des commentaires ou des articles liés à des vidéos, qui permettent de les contextualiser et de compléter son niveau d’information ». 

Extension du domaine de la télé

La revue Télévision (CNRS Editions) s’intéresse aux mutations de la télévision dans l’environnement numérique, ce que François Jost désigne comme l’extension du domaine télévisuel sous l’effet de la convergence des supports : les smartphones reçoivent la télévision, les téléviseurs sont connectés à Internet et les ordinateurs cumulent tous les modes de communication.  L’une des conséquences est la « délinéarisation » des chaînes : « si les émissions sont encore majoritairement regardées au moment où elles ont été programmées, une fraction de plus en plus importante de leur public y accède après-coup ». Bruno Cailler et Christel Taillibert étudient les services de médias audiovisuels à la demande, les SMAD, et les techniques numériques de la « recommandation » permettant d’augmenter la relation client : fidéliser la consommation en recueillant et analysant le plus d’informations sur le type de programmes, les heures d’écoute, les moments de pause du téléspectateur, à quoi s’ajoute le filtrage actif des informations renseignées par chacun sur ses goûts, son âge etc. l’ensemble aboutit à une forme de profilage qui transforme radicalement la relation à l’audience. « On ne façonne plus la ligne éditoriale de la chaîne mais le profil de l’usager » en combinant économie de l’attention et de la prescription.

L'image augmentée

En matière de photographie, ce qui a changé avec le numérique ne se laisse pas facilement définir aux yeux de qui a suivi le développement des musées d’images documentaires, les fonds des agences photo, le travail d’indexation et de classement entrepris de longue date. C’est le sujet du dossier ouvert par la revue Transbordeur photographie(Editions Macula) : s’il est vrai que l’électronique a permis d’accélérer ces processus d’indexation et de mise à disposition des images, il étaient déjà mis en place à l’arrivée d’internet. « Les médias ont une histoire que la fascination pour la technologie tend parfois à effacer » souligne l’édito. Même la prolifération des images n’est pas un phénomène si nouveau et Baudelaire dénonçait déjà une « invasion de la photographie ». « Il faut savoir se détourner de la mythologie du tournant numérique pour comprendre la lente élaboration de l’image augmentée. » C’est le programme de cette livraison de la revue : Câble, copie, code. Photographie et technologies de l’information

Par Jacques Munier

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