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Conférence de presse le 25 septembre 2019 à New York.

Etats-Unis. "Impeachment" : un pari à risques ?

5 min
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Mardi 24 septembre, Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants a annoncé le lancement d’une procédure de destitution à l’encontre de Donald Trump. Mais toutes les conditions sont-elles réunies pour que cette tentative d'impeachment ne tourne pas au cirque politique ?

Conférence de presse le 25 septembre 2019 à New York.
Conférence de presse le 25 septembre 2019 à New York. Crédits : Getty

Nancy Pelosi a estimé que l’actuel locataire de la Maison Blanche avait « violé la Constitution » en demandant à un dignitaire étranger d’enquêter sur l’un de ses adversaires politiques, l’ancien vice-président Joe Biden, par ailleurs candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. Selon le Washington Post, qui l’a révélé le 18 septembre, Donald Trump a notamment invité son homologue ukrainien à ouvrir une enquête sur le fils de l’ancien vice-président, Hunter Biden, siégeant au conseil d’administration d’une société gazière privée. Après avoir longtemps tergiversé, les démocrates ont estimé que le président n’est pas « au-dessus des lois ». Selon Gilles Paris dans Le Monde, "un autre élément a pu inciter Nancy Pelosi à sauter le pas : la stratégie d’obstruction systématique opposée par Donald Trump aux velléités de contrôle de l’exécutif, pourtant prévu dans la Constitution". Mais le correspondant du quotidien à Washington le souligne : "Les conséquences politiques du déclenchement de la procédure de destitution restent incertaines. Elle n’a a priori aucune chance de déboucher sur l’éviction de Donald Trump compte tenu de la majorité que détient le Parti républicain au Sénat." Celui-ci pourrait même tout simplement refuser de l’examiner, comme l’explique Julien Peyron sur le site de l’hebdomadaire Le Point. « Certains juristes estiment que rien n’oblige le Sénat à organiser le procès de Donald Trump. » Selon Bob Bauer, un ancien conseiller de Barack Obama qui enseigne le droit à la New York University School of Law, "la Constitution confère au Sénat le seul pouvoir de juger un président. C’est en vertu de ce seul pouvoir que le Sénat pourrait refuser de juger un président, même si la Chambre des représentants lui demande de le faire."

En cette période de mépris pour les institutions et d’érosion des bonnes pratiques institutionnelles, le leader républicain au Sénat pourrait décider d’en abroger une de plus.

Le Sénat décide également de la manière dont le procès doit se tenir : « convoquer ou non des témoins, diffuser en direct les images du procès ou le faire se dérouler à huis clos »… Autant dire que l’affaire est loin d’être bouclée. Dans l’histoire des Etats Unis, seuls deux présidents en exercice ont été jugés par le Sénat : Andrew Johnson, le successeur d’Abraham Lincoln et Bill Clinton pour parjure dans l’affaire Monica Lewinsky, aucun n’a été destitué. Richard Nixon, lui aussi visé par une procédure de destitution avait démissionné avant son procès.

Un pari risqué

Courrier international relaie les commentaires de la presse américaine. Pour The New Yorker Nancy Pelosi aurait été "un peu vague" quant aux prochaines étapes. "Plutôt que d’annoncer la formation d’une commission spéciale chargée de poursuivre l’enquête sur la destitution, elle a déclaré que les six commissions de la Chambre qui enquêtent actuellement sur l’affaire Trump poursuivraient leur travail “sous l’égide de l’enquête de destitution”. L’hebdomadaire estime aussi qu’il s’agit d’un "pari risqué". Jusqu’à présent, Nancy Pelosi et ses alliés à la Chambre soutenaient que trois conditions majeures devraient être remplies pour l’ouverture d’une enquête de destitution : “un ensemble de faits faciles à comprendre indiquant que Trump a commis des infractions punissables”, “que la destitution bénéficie d’un large soutien dans le pays”, et “qu’il y ait une chance d’obtenir au moins un certain appui républicain au Sénat, qui rendra le verdict final à l’encontre du président”. » Actuellement, "une seule de ces conditions tout au plus est remplie – la première". Le New York Times, quant à lui, estime qu’une procédure de destitution pourrait tourner à l’avantage de Donald Trump, en lui donnant "une dernière chance de consolider son emprise" sur le Parti républicain. Et compte tenu du personnage, la procédure aura tout du "cirque, la partie de la politique que Trump aime fondamentalement".

Cela dit, au plan du spectacle et de la com’, il pourrait bien se retrouver "ringardisé"… Dans lesInrockuptibles, Alice Pfeiffer signe un article réjouissant sur le style vestimentaire comme arme politique

À l’heure des réseaux sociaux et de l’image instantanée, les puissants et les opposants se saisissent de codes stylistiques pour activer un discours non verbal, aussi symbolique que photogénique.

Et de citer le cas de la jeune représentante de la 14e circonscription de l'Etat de New York, Alexandria Ocasio-Cortez : "lors de sa prestation de serment, elle apparaît vêtue d’un costume blanc. Les féministes identifient immédiatement le clin d’œil fait aux suffragettes, qui arboraient cette même teinte en signe d’honnêteté et de pureté, ainsi qu’à Shirley Chisholm, qui reprend ce code vestimentaire lorsque, en 1968, elle devient la première femme noire à siéger au Congrès." Sur le compte Twitter de la jeune élue, le message est clair : "C’est pour honorer les femmes qui ont ouvert la voie avant moi, et toutes celles qui me suivront.'"

Par Jacques Munier

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