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Former les imams français

Notre islam

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Le groupe de travail des élus LREM sur le «  séparatisme islamique  » propose la création d’un « centre de formation indépendant de type école nationale de théologie musulmane ».

Former les imams français
Former les imams français Crédits : Getty

Il s’agit notamment de mettre fin au système des « imams détachés » qui importent souvent une vision de l’islam trop dépendante de leur pays d’origine, voire fondamentaliste. Dans La Croix, Francis Messner, spécialiste du droit des religions, évoque une « structure juridique souple » alliant un enseignement civique ainsi qu’en histoire ou sociologie de la religion, dispensé par l’État, et une formation théologique prise en charge par les instances représentatives musulmanes comme le CFCM, sur le modèle de ce qui existe déjà pour les instituts catholiques ou pour l’Institut protestant de théologie. Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, rappelle qu’« il existe déjà en France huit instituts de formations des imams, rattachés aux grandes fédérations représentatives du culte musulman » plus deux autres à Clichy et à Rennes dès la rentrée prochaine sous l’égide de son association. Et il plaide pour un véritable statut des imams français. « Les 1 800 imams qui exercent actuellement en France travaillent soit sous contrat d’animateur culturel, soit ils sont bénévoles et reçoivent de petites indemnités des fidèles. Ils n’ont même pas de couverture sociale. »

Anthropologie historique

Concernant l’approche historique du Coran, Jacqueline Chabbi vient d’offrir un bel exemple de sa méthode anthropologique dans un livre publié au Seuil sous le titre On a perdu Adam. La Création dans le Coran. Religion monothéiste, l’islam partage avec les deux monothéismes qui l’ont précédé de nombreuses thématiques – l’enfer et le paradis, par exemple – ainsi que plusieurs figures prophétiques. Mais, souligne l’islamologue, si la Création est bien présente dans le Coran, elle s’écarte complètement de l’optique biblique : sa première occurrence « associe en quelques mots un être parfaitement constitué, la guidance qu’il reçoit et le pâturage ». Rapportée à son contexte d’expression, elle renvoie « à l’homme pastoral de l’Arabie aride. Créé immédiatement opérationnel, il est guidé par son créateur sur la bonne piste, tandis que sortent de terre les pâturages du désert. » Et la figure d’Adam est en quelque sorte évacuée : pas de péché originel ni de perte de l’Eden, au contraire, « la thématique de la Création s’invite d’emblée de manière entièrement positive », comme pour faire contrepoids à l’eschatologie du Jugement dernier et du châtiment. 

La figure d’un homme d’argile – d’abord significativement sans nom avant d’être ensuite reconnu comme Adam – ne sert que de déclencheur à l’entrée en scène du personnage hypernégatif d’Iblîs, le diabolos, al-Shaytân 

Islam andalou

On a perdu Adam mais on a retrouvé Robinson… Jean-Baptiste Brenet, spécialiste d’Averroès, publie aujourd’hui chez Verdier une nouvelle adaptation du texte mythique du penseur andalou Ibn Tufayl – Le Vivant, fils du Vigilant – sous le titre Robinson de Guadix, avec une belle préface de Kamel Daoud. Tous deux en parlent dans les pages idées de L’Obs. Robinson parce que c’est le conte philosophique d’un enfant débarqué sur une île déserte et qui découvre au fil des ans les lois de l’Univers jusqu’à la transcendance divine au seul moyen de sa raison. Et parce qu’il a inspiré Robinson Crusoé après avoir été traduit par Pic de la Mirandole, et avoir été le texte arabe le plus lu dans le monde occidental après le Coran et les Mille et une nuits. Robinson de Guadix parce que son auteur, grande figure de l’Islam andalou, était originaire de Guadix, dans la province de Grenade. « Ibn Tufayl est un néo-platonicien qui tente de concilier Avicenne et Al-Ghazali, en articulant rationalisme et mystique soufie, spéculation et intuition » résume Jean-Baptiste Brenet. Pour lui en effet, l’intuition ne s’oppose pas à la philosophie, elle en est le couronnement, là « où l’on finit par goûter ce que l’on sait ». Kamel Daoud dit avoir été particulièrement sensible à l’épisode où Hayy – c’est le nom du jeune héros, le Vivant – découvre le cadavre de la gazelle qui l’a élevé. « Dans son désespoir face au corps inanimé de “sa mère”, il ne découvre pas seulement la mort, il découvre son intériorité et la transcendance. » En disséquant le corps – une pratique de la médecine arabe bien avant la nôtre – pour trouver la raison du mystère insondable, il parvient jusqu’au cœur et comprend que l’âme est un souffle, et – je cite le texte « que sa mère, celle qui avait eu pour lui de l’attachement, celle qui l’avait allaité, était non pas devant lui cette force morte, le corps éteint et puant, mais la chose disparue. » C’est ainsi qu’il en vint à savoir « que son cœur avait abrité un maître » pour lequel, seul, il devait « avoir de l’amour ». Que dit Ibn Tufayl à un lecteur musulman du XXIe siècle, demande Kamel Daoud. 

Qu’on peut fonder une éthique de la vie sur l’exemple des règnes de l’être, qui vont de la plante à l’astre en passant par l’animal.

Par Jacques Munier

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