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"Je veux que vous paniquiez." Sommet de l'ONU sur le climat, 23/09 2019

Faire monde

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À la veille du weekend de la Toussaint, voici une invitation à porter sur la nature le regard perçant de Greta Thunberg

"Je veux que vous paniquiez." Sommet de l'ONU sur le climat, 23/09 2019
"Je veux que vous paniquiez." Sommet de l'ONU sur le climat, 23/09 2019 Crédits : Getty

L’Obs publie un beau portrait de la jeune suédoise par Naomi Klein, extrait de son livre Plan B pour la planète : le New Deal vert, à paraître en novembre chez Actes Sud. 

Les autistes ont tendance à interpréter les choses littéralement ; aussi éprouvent-ils souvent des difficultés à s’accommoder des dissonances cognitives, ces écarts qui existent entre ce que nous savons théoriquement et ce que nous faisons réellement – écarts si envahissants dans la vie moderne.

C’est aussi leur « superpouvoir », le mot est de Greta Thunberg, le pouvoir de se concentrer « de façon très intense sur des centres d’intérêt précis », un mécanisme mental qu’on appelle aussi « compartimentation ». Pour notre salut commun, la jeune gréviste de l’école, mobilisée pour le climat, s’adresse aux grands de ce monde en relevant leurs contradictions, à l’ONU, aux négociateurs de la COP24, au Forum économique mondial de Davos… Là, elle répondit aux riches et aux puissants « qui lui tressèrent des couronnes pour leur avoir rendu l’espoir » : 

Je ne veux pas de votre espoir… Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous éprouviez la peur que j’éprouve chaque jour. Je veux que vous agissiez. Je veux que vous agissiez comme vous le feriez en cas de crise. 

Notamment de crise économique… Car – je cite encore « Certains individus, certaines entreprises, certains décideurs en particulier savent exactement quelles valeurs inestimables ils ont accepté de sacrifier afin de pouvoir continuer à engranger d’énormes sommes d’argent. » 

Et pour joindre la parole aux actes, « au lieu de descendre dans l’un des hôtels cinq étoiles de Davos, elle a bravé des températures avoisinant les -18 °C pour dormir dehors, sous une tente, emmitouflée dans un sac de couchage jaune vif. « La chaleur, c’est pas trop mon truc », confiait-t-elle alors à Naomi Klein. Laquelle, pour illustrer les dissonances cognitives auxquelles nous nous shootons quotidiennement, évoque « l’espace étrange que la crise climatique occupe dans l’imaginaire collectif ». Avec tous ces brillants esprits qui développent « des outils numériques toujours plus ingénieux qui nous font tourner en rond et nous rendent toujours plus dépendants de décharges de dopamine supplémentaires ».

Nous nous gavons de séries Netflix sur l’apocalypse zombie, qui muent nos terreurs en divertissements et confirment tacitement que l’avenir connaîtra de toute façon une fin sombre et brutale. Dès lors, à quoi bon tenter d’éviter l’inévitable ?

D’autant que « Prendre le changement climatique au sérieux impliquerait de modifier à peu près tous les aspects de notre économie – alors que de puissants intérêts veulent que les choses demeurent en l’état. » Naomi Klein vise notamment « les compagnies productrices de combustibles fossiles » qui financent des campagnes de désinformation, sur la réalité de ce changement. »

Sortir des énergies fossiles

Pour le spécialiste de prospective Jeremy Rifkin, qui publie aux Liens qui Libèrent Le New Deal Vert, la civilisation fossile va s’effondrer d’ici 2028. Dans la revue We Demain il parle de 3ème révolution industrielle. Selon lui « des milliards de dollars se dirigent vers le renouvelable » et notamment « les principaux fonds de pension, qui gèrent l'épargne des futurs retraités américains », qui ont assisté à la faillite de l'industrie du charbon » et voudraient sortir leur argent du secteur fossile, mais ne savent pas où l’investir faute de projets d'envergure. « C'est là que les gouvernements doivent intervenir - affirme-t-il : ils doivent créer les infrastructures qui permettent le développement des renouvelables à grande échelle ». Et ajoute, en évoquant une économie circulaire globale : « La clé est surtout d’augmenter l’efficacité de nos activités, c'est à dire de réduire la quantité de matière et d'énergie que nous utilisons et de les réutiliser à l'infini. »

Biomimétisme

Emmanuelle Pouydebat est spécialiste de l’évolution des comportements naturels au CNRS et au Museum d’histoire naturelle. Dans le livre qu’elle publie chez Odile Jacob sous le titre Quand les animaux et les végétaux nous inspirent elle cite quantité d’exemples de la capacité d’adaptation de la nature qui pourraient être imités, ou l’ont déjà été, comme ce TGV japonais au long nez aérodynamique qui reproduit la forme du bec du martin-pêcheur, réduisant sa consommation électrique de 15% tout en augmentant sa vitesse de 10%. Des libellules aux nouvelles éoliennes, et des matériaux de construction incassables à la thermorégulation animale qui pourrait inspirer les techniques de régulation thermique, la nature faisant en général un usage parcimonieux de l’énergie, tenter de l’imiter ouvre de nombreuses perspectives. La chercheuse conclut son livre en évoquant les leçons plus générales que nous pouvons tirer de l’observation de la nature. La première d’entre elles consiste à faire preuve d’intelligence collective : « la coordination s’effectue sans contrôle central, il n’y a pas un cerveau pour tous. » Et ce sont des décisions collectives et un travail de groupe qui permettent d’aboutir à la construction de structures complexes comme un nid.

Par Jacques Munier

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