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Centre culturel Jean-Marie- Tjibaou à Nouméa

Nouvelle-Calédonie, la décolonisation inachevée

5 min
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Le non l’emporte au référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Retour sur la campagne des Loyalistes, partisans du maintien dans la France.

Centre culturel Jean-Marie- Tjibaou à Nouméa
Centre culturel Jean-Marie- Tjibaou à Nouméa Crédits : Getty

Isabelle Merle, historienne et spécialiste du monde océanien, rappelle sur le site AOC que le camp du Non à l’indépendance est divisé entre les Loyalistes qui regroupent l’ensemble des composantes de la droite calédonienne jusqu’au Rassemblement national, et le Parti « Calédonie Ensemble » qui défend un programme nuancé « prônant un Non dans l’esprit de dialogue et de partage ». Lors du premier référendum, en 2018, les Loyalistes n’avaient pas jugé bon d’élaborer un programme : le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France leur paraissait suffire. Aujourd’hui, le rapport à l’histoire ancienne et plus récente que révèle leur programme fait réagir l’historienne.

Plutôt que d’affronter le passé colonial du pays ou de s’appuyer sur les acquis constructifs des négociations, ces derniers préfèrent s’en tenir à une incantation quelque peu déréalisée de « l’Histoire, les mémoires et les époques » formant, selon eux, un creuset d’où, par magie, auraient émergé des valeurs communes et partagées.

À commencer par la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité » qui fait l’objet d’une « interprétation surprenante ». La liberté est ainsi ramenée à la « liberté de circuler en toute sécurité », ce qui « résonne étrangement au regard de l’histoire coloniale du pays » marquée par le régime de l’indigénat et notamment les interdictions de libre circulation imposées jusqu’en 1946 aux Kanaks. La liberté est aussi comprise comme celle de la propriété privée. Là encore, l’histoire des spoliations de terres kanaks est passée sous silence, de même que les « dispositifs juridiques innovants et collectifs qui ont été mis en place depuis la fin des années 1970 dans le cadre d’une vaste réforme foncière visant à redistribuer les terres dont les Kanaks, refoulés dans des « réserves indigènes » à la fin du XIXe siècle, manquaient terriblement ». 

Propriété foncière : le droit d'usage

Cette omission est d’autant plus regrettable « que la Nouvelle-Calédonie offre un terrain de réflexion remarquable pour penser autrement la notion de propriété et les usages partagés des sols », souligne Isabelle Merle. Ce programme en forme de statu quo peine à masquer les objectifs politiques des Loyalistes : « reprendre une place centrale dans les négociations futures et renforcer leur position au Congrès et le poids de la Province Sud qu’ils dominent ». Surtout, il n’est pas à la hauteur des « défis que soulève la clôture d’un long processus de décolonisation qui aura duré trente ans ».

Les éditions Anacharsis rééditent en poche l’ouvrage d’Isabelle Merle sur la Nouvelle-Calédonie, de l’annexion en 1853 à l’établissement complet de la société coloniale. Expériences coloniales, le titre est au pluriel car l’originalité de l’enquête réside dans l’attention portée à la fois aux colonisés et aux colons. 

Les familles Caldoches que j’allais rencontrer résidaient dans le pays même où leurs aïeuls avaient débarqué, parfois sur la propriété même que ceux-ci « avaient créée » comme me le disaient mes interlocuteurs, à proximité de voisins kanak qui, eux, se souvenaient parfaitement des terres que l’on avait volées à leurs grands-pères.

Isabelle Merle étudie en détail l’aspect pénal de cette histoire – le projet calédonien est à l’origine celui de la constitution d’une colonie pénitentiaire – ainsi que la coexistence des bagnards, de leurs descendants et des colons libres. Elle revient sur la chronique des révoltes kanak et leur écrasement dans le sang, les représailles sur la terre et les récoltes. Et elle rappelle le régime original de la propriété en culture kanak, caractérisée par « l’enracinement et la mobilité ». 

La tenure foncière traditionnelle relève du droit d’usage plus que de la propriété au sens européen du terme.

Cependant, la mémoire des sites occupés successivement constitue l’identité du « clan », son « arbre généalogique », ce qui rend la terre « inaliénable puisqu’elle est identitaire ». D’où les malentendus lors des premières ventes : les colons croyaient acheter une propriété avec quelques pacotilles quand les Kanak ne leur octroyaient qu’un droit de culture.

La Croix L’Hebdo publie un grand entretien avec Emmanuel Kasarhérou, le nouveau président du Musée du Quai-Branly. Fils d’un père kanak et d’une mère parisienne rencontrée à l’INALCO alors que celui-ci faisait ses études – l’un des premiers boursiers de Calédonie – l’archéologue a participé à la création du Centre culturel Jean-Marie-Tjibaou à Nouméa. Il a alors consulté les chefs coutumiers. 

Beaucoup pensaient que ce centre était une ruse de l’État pour les occuper pendant qu’on extrayait du nickel. Ils disaient : Notre culture se vit au quotidien, elle n’a pas besoin de murs. Ils redoutaient un nouvel enfermement culturel, après l’enfermement dans les réserves.

Aujourd’hui, le Centre contribue à tisser des liens entre les communautés calédoniennes.

Par Jacques Munier

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