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Relancer l'intérêt pour la démocratie européenne

L’Europe en débat

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Le premier débat de la campagne des européennes a laissé une impression mitigée.

Relancer l'intérêt pour la démocratie européenne
Relancer l'intérêt pour la démocratie européenne Crédits : Getty

« Un tour de chauffe plutôt confus », estiment Lucie Delaporte, Manuel Jardinaud et Ludovic Lamand dans Mediapart. « Alors que les temps de parole étaient très strictement encadrés, les candidats ont peiné à développer – au-delà de quelques slogans – leurs idées. » Le sujet de l’immigration, au centre du débat, « a concentré un tiers du temps de l’émission, offrant une tribune aux plus réactionnaires des têtes de liste ». En particulier Nicolas Dupont-Aignan qui « a agité le chiffon rouge de la grande invasion, évoquant 18 millions de migrants entrés dans l’UE depuis cinq ans » en feignant d’oublier « que près de la moitié sont des résidents européens qui ont circulé à l’intérieur de l’espace européen ». À gauche, un sujet s’est imposé : « la transparence de la bulle bruxelloise ». Et lorsque François-Xavier  Bellamy (LR) a renchéri sur la question, « il s’est attiré une flèche de Jadot, qui lui a rappelé que les eurodéputés LR avaient demandé à voter à bulletin secret lors d’un vote clé sur la transparence à Strasbourg ». L’écologiste faisait allusion à « une évolution du règlement intérieur du parlement, adoptée le 31 janvier 2019, qui force les eurodéputés, lorsqu’ils sont chargés de directives ou de rapports, à rendre publique la liste des lobbyistes qu’ils rencontrent ». Les députés de la droite européenne avaient alors demandé « un vote à bulletin secret – une pratique extrêmement rare en séance plénière ». Dans les pages idées de Libération, deux juristes et deux politologues soulignent, à quelques semaines des élections, un geste fort du Parlement européen allant dans le sens de la transparence. Les députés ont exigé, le 26 mars, le départ de Martin Selmayr, ancien bras droit de Juncker, dont la nomination comme secrétaire général de la Commission faisait polémique. Marie-Laure Basilien-Gainche et Sébastien Platon, ainsi que Guillaume Sacriste et Antoine Vauchez rappellent les conditions délibérément opaques de cette nomination au poste de secrétaire général, le plus puissant fonctionnaire de la Commission européenne. « Dans cette affaire, il n’y a pas eu d’enrichissement personnel immédiat ou d’abus de biens sociaux mais toute une série de faits limites. » Les auteurs dénoncent la « stratégie d’autolimitation interne du pouvoir de la Commission » qui « passe par ses fameux codes de conduite comme celui qui fut consolidé à la suite de l’affaire Barroso, passant de dix-huit mois à trois ans la période de refroidissement pour le président de la Commission après que ce dernier a rejoint trop précipitamment Goldman Sachs à l’issue de son mandat » : des « procédés non-coercitifs » aux effets limités. C’est pourquoi ils saluent la décision du Parlement – dont ils rappellent qu’il dispose de « l’arme nucléaire de la motion de censure, qui permettrait d’affirmer un contrôle externe sur la gestion de la Commission ». Et ils suggèrent « à la veille d’élections européennes traditionnellement désertées par les électeurs » que le Parlement européen tente « un coup symbolique, bien dans sa tradition, en censurant la Commission Juncker et en établissant la primauté d’un contrôle politique et démocratique » sur ses décisions internes. En déclenchant ainsi « l’électrochoc dont ont besoin ces élections pour devenir enfin un grand moment de démocratie européenne ! » L’économiste Laurence Scialom s’en prend, quant à elle, aux pouvoirs exorbitants de la BCE. Elle estime dans Le Monde que ce genre d’institution « aux superpouvoirs monétaires et financiers échappent au contrôle citoyen », en particulier « en Europe du fait de la non coïncidence entre l’espace de circulation de l’euro et les espaces de souveraineté des Etats membres de l’union monétaire. Or, cette indépendance vis-à-vis des gouvernements, ce vide démocratique s’accompagne d’une écoute particulière et attentive aux intérêts du monde de la finance. En témoigne la composition des comités d’experts de la BCE. » 

« Nous devons réinventer une souveraineté européenne », déclarait Emmanuel Macron, en avril 2018, devant le Parlement européen. Jean-Michel Quatrepoint développe dans l’hebdomadaire Marianne les grands axes pour une Europe réellement protectrice. « Avec la chute du mur de Berlin et le triomphe du néolibéralisme, le projet européen change définitivement de nature. L'indépendance devient un concept ringard. Seul compte le marché, la libre circulation des biens et des personnes, la fin des frontières. Pourquoi dès lors se préoccuper de souveraineté ? » D’où l'élargissement à marche forcée plutôt que l'approfondissement, l’abandon de la préférence communautaire, l'incapacité à construire une Europe autonome de la défense autour d'industriels européens, et l'absence de toute politique industrielle commune, notamment sur les technologies du futur, en particulier le numérique. Deux pistes : taxer réellement le monopole des GAFAM, « en suscitant l'émergence de compétiteurs européens, avec au besoin des aides publiques. Au nom de la nécessaire concurrence. » Et à l'extraterritorialité du droit américain qui s’impose par exemple dans l’embargo sur l’Iran, opposer une extraterritorialité du droit européen, notamment à l’égard de certaines multinationales.

Par Jacques Munier

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