LE DIRECT
Les élus de la liste citoyenne, Saillans, 08/08/2014

La politique de terrain

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans un contexte de défiance envers les politiques, la figure du maire et l’action municipale restent investies du sens concret de la démocratie.

Les élus de la liste citoyenne, Saillans, 08/08/2014
Les élus de la liste citoyenne, Saillans, 08/08/2014 Crédits : AFP

Dans les pages idées de Libération, le sociologue Michel Peraldi, co-auteur de Marseille en résistances (La Découverte) souligne le rôle nouveau des collectifs citoyens, et leur relative impuissance à prendre leur place dans les élections municipales. Pour lui, « c’est le politique qui a échoué à les intégrer ». Le Printemps marseillais, par exemple, « a tenté une fusion entre les luttes urbaines et ce qui restait des partis ». Lesquels « ont en partie capté des individus » mais pas « l’énergie du mouvement ». Pourtant ce collectif a tout de même réussi à imposer « la charte du relogement, avec l’Etat ». Ainsi, « la question de l’habitat indigne sera quand même dans la campagne. »

Municipalisme

C’est la tendance forte de la campagne des municipales 2020 : les listes citoyennes et participatives. La plateforme Action commune en recense 244, sans être exhaustive. A Montpellier, la liste Nous sommes, créditée d'environ 10% des votes, est menée par Alenka Doulain, militante dans une association pour la transition énergétique, avec trois-quarts de citoyens non encartés. A Toulouse, Archipel citoyen, une liste d'union de la gauche panachant des citoyens et des représentants de partis, a désigné à sa tête l'écologiste Antoine Maurice. De telles unions ont aussi vu le jour à Poitiers, Chambéry, Marseille, Grenoble ou Quimper. Parfois, c’est une émanation des gilets jaunes qui rassemble des habitants à l'écart des partis, comme à Commercy. Pour l’hebdomadaire Marianne, Angela Bolis a mené l’enquête dans la vallée de la Drôme. À Crest, la liste Ensemble pour Crest a rodé sa méthode : « les principales décisions sont prises en assemblée plénière. Des groupes de travail thématiques et ouverts ont imaginé le programme. » Les douze premiers de la liste ont été choisis au jugement majoritaire où l’on attribue une note à chaque candidat sur une échelle de 1 à 7. Et les têtes de liste ont été désignées par une élection sans candidat pour ne pas favoriser les grandes gueules… La proximité de certains membres de la liste avec La République en marche a fait débat, alors qu’une autre liste dite « participative » a le soutien affiché de LREM. La liste du maire sortant LR se dit elle-même « non partisane et ouverte à tous » ! 

Citizen washing

Le politiste Guillaume Gourgues met en garde dans LeMonde.fr contre le « citizen washing »

Beaucoup de candidats aux municipales vont se présenter sous la bannière “citoyenne” en ajoutant à leur liste des membres de la société civile. Mais la différence se fait d’abord sur qui fixe le programme : l’ADN des mouvements qu’on dit “municipalistes”, c’est de le construire avec les habitants, en assemblée ouverte. L’autre différence, c’est la façon de désigner les candidats. 

À distance des tambouilles partisanes mais pas toujours à l’écart des partis, comme le souligne Rémi Lefebvre, qui coordonne un collectif de recherche sur les élections municipales. Il évoque une sorte de compromis « entre des partis politiques – qui ont besoin de citoyens pour leur image et parce qu’ils manquent de candidats – et des citoyens engagés qui veulent peser politiquement et se disent, par réalisme, qu’ils ont besoin des partis »

Saillansons, Saillansonnes !

Le modèle reste la commune pionnière de Saillans, dans la Drôme. Dans le dossier sur le vrai pouvoir des maires publié par la revue Projet, Lucile Leclair est allée enquêter dans ce bourg de 1200 habitants. Depuis l’élection de la liste citoyenne en 2014, collégialité et participation des Saillansons sont la règle pour discuter en « commissions thématiques » des orientations du budget, de l’urbanisation ou de l’éducation. Alors que la tendance est à la fermeture de classes en milieu rural, l’école a ouvert un nouveau CP cette année, une maison médicale est en cours de construction, la mairie et la salle des fêtes s’approvisionnent désormais en énergie hydraulique et non plus nucléaire… 

Depuis le début du mandat, ce sont près de 500 réunions publiques qui se sont tenues.

Mais certains pointent les limites de cette transformation du village en agora permanente : même si un quart de la population a participé à au moins une réunion publique, le manque de temps, de connaissance des dossiers ou d’intérêt pour la méthode freinent encore la participation de tous et restreignent l’horizon politique du « municipalisme ».

Du global au local

Reste que l’échelle territoriale apparaît désormais comme la plus pertinente pour l’action politique. Une nouvelle revue en explore les virtualités : Amplitudes s’emploie à montrer que la dénommée « attractivité » des territoires ne repose pas seulement sur l’activité économique et la compétitivité, mais aussi sur la qualité de vie, l’habitat ou les services de proximité. Et l’anthropologue Marc Abélès illustre, pour sa propre discipline, les effets de ces variations d’échelle du global au local : elle cesse de privilégier l’étude du lointain pour faire du proche son objet, « des banlieues aux laboratoires, du quotidien de la politique aux arcanes de la finance ».

Par Jacques Munier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......