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Rencontre au siège de General Electric à Belfort, 21/05/2019

Travail et emploi aux enchères

5 min
À retrouver dans l'émission

Procès à France Télécom, plan de licenciements à General Electric, projet de fusion Fiat-Renault… L’activité industrielle est dans l’actualité.

Rencontre au siège de General Electric à Belfort, 21/05/2019
Rencontre au siège de General Electric à Belfort, 21/05/2019 Crédits : AFP

Dans leFigaroVox, Pierre Vermeren remonte à l’avènement du libéralisme économique sous Valéry Giscard d’Estaing pour identifier la fin de notre politique industrielle. Depuis lors, seuls le TGV, Airbus ou l’industrie nucléaire permettent encore à l’économie française de faire illusion, et même la révolution internet a été ratée alors que nous avions des billes. « Depuis quarante ans, la France perd 150 emplois industriels par jour en moyenne, 365 jours par an, soit 2,5 millions d’emplois en moins – rappelle l’historien. A cela s’ajoutent 1,5 million d’emplois agricoles détruits. Ces emplois d’ouvriers et de paysans ont été compensés par des emplois publics et par des emplois de services: des emplois de cadres, mais surtout des emplois peu qualifiés (grande distribution, Ehpad, livreurs…). » C’est pourquoi le cas d’Alstom est emblématique. 

La France s’est débarrassée de secteurs industriels entiers, à l’image de ses champions dans la sidérurgie, le textile, l’aluminium, les transports, l’électricité, le ciment etc., vendus pour des raisons financières à des groupes étrangers, qui ensuite les démantèlent ou les bradent selon leurs intérêts. 

C’est dans ce temps long que Pierre Vermeren situe le mouvement des « gilets jaunes », sujet de son dernier livre publié chez Tallandier : La France qui déclasse. Selon lui, pour remédier à cette situation, il faudrait « reconstruire une base productive digne d’une grande puissance, ce qui suppose un volontarisme industriel et technologique français et européen ». Mais aussi « reprendre la décentralisation en transférant un million d’emplois publics des métropoles vers les autres préfectures de France, pour redynamiser « le tissu social et économique anémié de la France périphérique ». Enfin, « sortir de la spirale du déficit et de la dette qui étrangle les salariés publics et privés au profit de la sphère financière ». 

Info / Intox

L’hebdomadaire Marianne passe en revue 12 intox destinées à « nous faire avaler la pilule » à propos de la « casse économique » et sociale en cours. Avec celui de General Electric, le cas de Nokia, qui a racheté Alcatel-Lucent est édifiant : après un troisième plan de départs volontaires de 460 salariés, au nom de la « réduction mondiale des coûts », le Finlandais n'aura maintenu que 3 900 postes en France, contre les 4 200 promis. 

Les services juridiques ont migré en Finlande, la gestion de la trésorerie en Suisse, l'administration et la comptabilité, notamment, en Hongrie et en Roumanie. 

Quant à la R&D, « elle est déjà concurrencée en interne par la Pologne ». David Cayla revient sur l’argument selon lequel la concurrence fait baisser les prix, « un mythe du marché ». L’économiste rappelle qu’« en situation de concurrence, les entreprises vont chercher à se distinguer par l'innovation sur les produits, les processus de production ou le marketing, avec pour objectif d'en tirer parti au maximum pour acquérir un avantage sur ses concurrents », ce qui « se traduit par une plus grande rentabilité, mais pas par une baisse des prix. Quand, a contrario, il existe un maximum d'entreprises sur des créneaux quasi identiques, les prix baissent mais les marges s'érodent, et il ne reste plus d'argent pour l'innovation. »

"New management"

Le Monde consacre ses pages idées au procès à France Télécom. En cause les méthodes de management, mais aussi et avant tout le modèle économique, selon Florence Palpacuer. La professeure en sciences de gestion à l’université de Montpellier souligne que le débat sur « la responsabilité et la légitimité des pratiques managériales et, au-delà, des finalités qu’elles servent dans des entreprises de plus en plus liées aux marchés financiers et au jeu concurrentiel de la mondialisation économique », ce débat a réaffirmé « la portée éthique et politique de pratiques managériales qui, souvent, le confisquent au nom d’une expertise technique et d’une forme de neutralité scientifique ». Et elle rappelle que « si le plan de restructuration NExT fut porteur d’une telle violence chez France Telecom, c’est bien qu’il s’agissait d’atteindre, coûte que coûte et au plus vite, les objectifs financiers annoncés aux marchés. 

C’est bien que la légitimité de l’entreprise n’était plus pensée vis-à-vis des usagers, des salariés, des territoires et des communautés, mais au regard d’acteurs dont les choix spéculatifs pouvaient faire, ou défaire, un cours de Bourse devenu son unique visée.

« L’entreprise commerciale, la recherche, la médecine, le sport, le monde de l’art sont désormais régis par les mêmes règles de rentabilité et de calcul des performances », relève Gilles Dorronsoro sur le site AOC. Jusqu’à présent, les comportements étaient traités statistiquement, et de façon anonyme. « Le développement d’Internet, des réseaux sociaux et du traitement mathématique des données ont permis d’arriver à des mesures beaucoup plus individuelles. » À l’heure des algorithmes et de l’intelligence artificielle, le politiste évoque une forme de « bio-économie » qui rappelle le « biopouvoir » de Michel Foucault.

Par Jacques Munier

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