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L'esclavage, "une source inouïe de profits"

Gouverner l’économie

4 min
À retrouver dans l'émission

Aux Rendez-vous de l’histoire de Blois, dont le thème était cette année « gouverner », l’économie s’est invitée.

L'esclavage, "une source inouïe de profits"
L'esclavage, "une source inouïe de profits"

L’économiste Sophie Harnay – présente à Blois – évoque dans Le Monde les hypothèses d’une « bonne gouvernance » de l’activité économique, oscillant entre le marché, les Etats, les institutions internationales et l’auto-organisation de la société civile. À partir du constat que la crise climatique peut « s’interpréter comme une conséquence de l’incapacité du marché à produire un bien collectif mondial : la préservation du climat », que les crises financières récurrentes sont « le résultat du sous-investissement des opérateurs économiques dans un bien collectif qui est la stabilité du système financier », elle plaide pour une intervention accrue des collectifs d’usagers, « capables de mettre en place leurs propres systèmes de gouvernance des ressources communes sans recourir aux autorités publiques ou au marché, en créant des institutions spécifiques adaptées à leurs conditions locales ». 

Un monde sans croissance ?

Le mensuel Alternatives Economiques publie un dossier sur la post-croissance : « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste », affirmait l’économiste américain Kenneth Boulding. Des milliers d’emplois pour rénover les logements, changer de modèle énergétique alors que les énergies fossiles représentent encore 57,4% de notre consommation, développer l’agriculture de qualité… « Selon le recensement de 2010, les fermes bio employaient en moyenne 2,41 unités de travail annuels – le travail d'une personne à temps plein pendant une année – contre 1,52 dans les exploitations conventionnelles. » Avec une France 100% bio, « on pourrait créer  autour de 400 000 emplois dans l’agriculture ». Aux antipodes de ces projections, le modèle économique développé par le président américain ne devrait pas jouer en sa faveur, estime Aude Martin. Et notamment sa réforme fiscale, qui en baissant les impôts des sociétés et des particuliers, a acheté de la croissance à court terme sans pour autant profiter aux ménages.

Les 20% du haut de la distribution des revenus ont ainsi bénéficié des deux tiers des baisses d’impôts. (Emile Gagna et Florence Pisani, L’économie politique n°86)

Et « le bilan en matière d’investissement de cette politique de l’offre, censée booster la compétitivité américaine » a été écorné par un rapport du Congrès soulignant « qu’elle avait surtout conduit les entreprises à réaliser des rachats de leurs propres actions ».

S’il est vrai que le taux de pauvreté a baissé, le facteur économique qui l’a, entre autres, favorisé, était enclenché dès 2010 et cette baisse « n’a pas empêché le creusement des fractures sociales ou raciales ».

Le roi dollar

La dernière livraison de la revue America propose enquêtes et reportages au pays du roi dollar. Sylvie Laurent, auteure notamment de La Couleur du marché. Racisme et néolibéralisme aux États-Unis (Seuil), revient sur le « rêve américain » et le mythe du « self-made-man ». Elle rappelle le rôle de l’esclavage dans la constitution des fortunes de planteurs.

Il y avait davantage de millionnaires le long de la vallée du Mississipi en 1850 que dans tout le reste du pays.

Et alors, « la valeur combinée des quatre millions d’esclaves présents sur le sol américain, quotidiennement achetés et vendus selon le cours du marché, est supérieure à la valeur de toutes les usines et de tous les chemins de fer du pays ». Une réalité évidemment passée sous silence dans les « Évangiles de la prospérité » et autres fariboles à connotation puritaine qui glorifiaient la réussite économique de quelques uns, renvoyant tous les autres à leur responsabilité personnelle. John Steinbeck aurait ironiquement déploré que les pauvres aux Etats-Unis « ne se perçoivent pas comme un prolétariat exploité mais comme des millionnaires en difficulté temporaire ». Le mythe a la vie dure puisqu’aujourd’hui « même un président héritier se prétend self-made-man ».

Gouvernance mondiale

Dans un contexte marqué par la dimension supranationale de certains problèmes, comme la fiscalité des multinationales, la cyber-régulation, les mouvements de capitaux et des flux commerciaux ou encore la gestion des pandémies et de l’environnement, quel peut être le rôle des organisations internationales, FMI, Banque mondiale, OMC ou OCDE dans la régulation de l’économie vers un mieux-disant écologique et social ? Les Actes de la recherche en sciences sociales publient un dossier sur l’organisation internationale de l’économie. Vincent Gayon souligne notamment leur effort pour intégrer « la critique externe issue de la société civile », même si ce n’est, comme à l’OCDE, que le temps d’un café… Mais ces organisations sont elles-mêmes gouvernées par les idéologies globales de l’économie de marché, et elles sont traversées par la concurrence entre des Etats qui instrumentalisent leurs institutions nationales – fiscales, juridiques et sociales – au service de leur attractivité, dans une course vers le moins-disant collectif.

Par Jacques Munier

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