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Dans la vieille ville de Kashgar,  Xinjiang

L’Europe et la Chine

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Un sommet UE-Chine est prévu aujourd’hui en visioconférence.

Dans la vieille ville de Kashgar,  Xinjiang
Dans la vieille ville de Kashgar, Xinjiang Crédits : Getty

Il est vraisemblable que l’évolution des mentalités européennes à l’égard de la Chine pourra s’exprimer à cette occasion, notamment sur la question des Ouïgours. Comme le rappelle Piotr Smolar dans Le Monde, le président Macron a fini par répondre le 6 septembre à la lettre de trente députés sur les répressions organisées par les autorités chinoises. Il a évoqué les témoignages et les documents sur – je cite « les camps d’internement, les détentions massives, les disparitions, le travail forcé, les stérilisations forcées, la destruction du patrimoine ouïgour et en particulier les lieux de culte, la surveillance de la population… ». Le 28 juillet, devant les députés, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait appelé Pékin à accepter la venue d’une mission d’observateurs internationaux dans cette région du Xinjiang, conduite par la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet. Le député européen Raphaël Glucksmann, très engagé dans la défense des Ouïgours, souligne le combat mené au Parlement européen « en faveur de sanctions ciblées contre les responsables de la répression au Xinjiang » mais déplore l’inaction du Conseil européen. « Il existe un consensus franco-allemand pour ne pas froisser les dirigeants chinois » estime-t-il. 

La Chine, partenaire ou "concurrent systémique"

Or il semble que les choses commencent à bouger en Allemagne aussi. Cécile Bouthelet et Thomas Wieder observent que « sous l’impulsion des milieux d’affaires les principaux partis politiques révisent leur doctrine vis-à-vis de Pékin ». Un changement d’autant plus marquant que depuis 2017, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Allemagne, devant la France et les Etats-Unis. Il est vrai qu’en janvier dernier, un rapport publié par la Fédération des industriels allemands (BDI) définissait la Chine comme un « concurrent systémique » et plus vraiment comme un partenaire, dénonçant notamment « le modèle interventionniste chinois en termes de distorsion de marché et de limitation de la concurrence ». Sur le front politique, on peut souligner les récents débats sur l’autorisation accordée à Huawei de participer au déploiement de la 5G en Allemagne, pour des raisons de sécurité et de souveraineté. « Dépendre de la 5G chinoise n’est-il pas, toutes proportions gardées, l’équivalent de la dépendance à l’égard du gaz russe ? » demande Dominique Moïsi dans Les Echos. Évoquant « les pays du sud, du centre et de l’est de l’Europe, qui ont pu être séduits par l’idée de jouer égoïstement la carte chinoise » il les invite à « comprendre que l’ambition de la Chine n’est pas de les enrichir, mais de nous diviser pour mieux nous contrôler, sinon nous dominer demain. » 

A l'heure des comptes

À cet égard, la Cour des comptes de l’Europe vient de publier un rapport sur l’offensive chinoise en matière d’investissements. Or, déplore-t-elle, de nombreux Etats membres on rechigné à lui communiquer leurs données. Il y aurait donc urgence, sur ce volet économique également, à adopter une stratégie commune dans le cadre notamment de la négociation en cours entre Chinois et Européens sur la protection des investissements, qui inclut le respect de la propriété intellectuelle, la fin des transferts de technologies imposés aux sociétés étrangères et des subventions aux entreprises publiques chinoises. Par ailleurs, la Chambre de commerce européenne en Chine a présenté le 10 septembre à Pékin, son rapport annuel qui fait état d'une exaspération croissante au sein des 1.700 entreprises membres et dénonce « les nouveaux obstacles » apparus après l'épidémie. L’impossibilité pour les expatriés européens de revenir en Chine après la fermeture des frontières a ajouté aux « frictions déjà suscitées par le manque persistant de réciprocité en termes de commerce et d'investissement ». Frédéric Schaeffer précise sur le site Les Echos.fr que les entreprises étrangères en Chine se trouvent sur « un champ de mines politiques » en raison des relations tendues de Pékin avec Bruxelles et Washington et que les entreprises européennes, en particulier, craignent les représailles de Pékin en cas de tensions diplomatiques. Selon le rapport, Pékin devrait « dépolitiser l'environnement des affaires et désamorcer la diplomatie des loups guerriers ». Courrier international en donne un bon exemple avec les récents affrontements frontaliers entre la Chine et l’Inde dans une zone névralgique et disputée de l’Himalaya, aux confins du Tibet, du Xinjiang ouïgour et du Pakistan : le Ladakh. Dans les patrouilles indiennes qui arpentent la frontière se trouvent de nombreux combattants tibétains. Pour le Global Times, l’organe officiel chinois « l’Inde joue la carte du Tibet, en tablant sur la connivence avec les Tibétains exilés. Cela se retournera contre elle. Car la puissance économique et la force militaire de la Chine sont bien supérieures à celles de l’Inde. »

Par Jacques Munier

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