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Le 16 novembre à Bordeaux

La colère jaune

5 min
À retrouver dans l'émission

Les « gilets jaunes » ont célébré l’anniversaire de leur mouvement par une nouvelle mobilisation ce weekend.

Le 16 novembre à Bordeaux
Le 16 novembre à Bordeaux Crédits : AFP

Dans le FigaroVox, Jérôme Saint-Marie et Jérôme Fourquet échangent sur le sujet à partir de leurs visions respectives de la société française, que le premier voit se polariser sur le plan sociologique et électoral en deux blocs qui ne recouvrent pas l’ancien clivage gauche-droite, quand le deuxième parle d’une forme d’« archipélisation », de fragmentation des opinions. Mais Jérôme Fourquet concède que dans le mouvement des gilets jaunes, deux France se font face « _de manière très symbolique avec des soutiens des gilets jaunes émanant du bas des classes moyennes qui défilaient samedi après samedi dans les beaux quartiers des grandes villes sous les fenêtres de la France qui va bie_n ». Pour Jérôme Saint-Marie, « ce phénomène est allé bien au-delà des mécontentements qui l’ont fait naître, il a développé un véritable instinct de classe, aussi bien chez ses partisans que parmi ses détracteurs ». Selon lui, la mobilisation a révélé « un groupe social bien particulier. Non pas les classes populaires en général, mais les actifs du privé, salarié d’exécution, petits commerçants, petits artisans, c’est à dire ceux qui vivent difficilement de leur travail quand ils ne sont pas au chômage, et se trouvent dans des positions sociales subalternes ». Et ça fait du monde… Un monde « pas syndiqué, mal encadré politiquement, donc naturellement émietté ». Une situation que reflète la forme de sa mobilisation à travers toute la France et les ronds-points, une dispersion géographique malgré le caractère assez homogène de ce milieu "dans son niveau de diplômes et de revenus, ainsi que dans la précarité de sa condition." Dans _Les Échos_, Elsa Freyssenet cite Jérôme Fourquet à propos de la « convergence des luttes » à l’approche de la journée de mobilisation du 5 décembre : elle « ne s’est pas faite au pic du mouvement des “gilets jaunes”, alors pourquoi se ferait-elle maintenant ? » Mais l’auteur de L’Archipel français met en garde sur la réforme des retraites. Même si tout oppose à première vue les deux mobilisations : « des travailleurs précarisés du secteur privé versus des professions à statut; des publics syndicalisés contre des gens se défiant des corps intermédiaires et de tout mécanisme de représentation… Sauf que ces dernières semaines, les confédérations sont souvent dépassées par leur propre base, et les chercheurs font état d’acteurs communs aux deux mouvements ». La sociologue Magali Della Sudda, qui a coordonné une étude de 1 500 questionnaires remplis sur les ronds-points et en manifestation rappelle qu’« il y avait beaucoup de fonctionnaires de catégorie C et de “cols roses”, infirmières, aides-soignantes ou aides à domicile. Les professions qui craquent aujourd’hui étaient déjà mobilisées hier ». C’est pourquoi l’assemblée des assemblées des Gilets jaunes a appelé à rejoindre la mobilisation du 5 décembre. Magali Della Sudda souligne aussi l’influence des femmes, très présentes dans le mouvement « et porteuses d’une forte exigence de solidarité ou de justice intergénérationnelle ». Elles se sentent forcément concernées par la réforme des retraites.

S’emparer du local

Sur le site AOC, Laurent Jeanpierre s’interroge sur l’avenir politique du mouvement dans la perspective des municipales de mars 2020. Il évoque la présence de certains leaders locaux ou nationaux dans des listes partisanes ou « citoyennes ». Mais c’est surtout la tentative de structuration à l’échelle du territoire national qu’il analyse. Notamment l’assemblée des assemblées qui s’est tenue début novembre à Montpellier et qui a rassemblé 600 délégués venus de 200 ronds-points. « Les trois journées de discussion ont été conclues par un appel à rejoindre les cortèges des différents syndicats qui entendent manifester le 5 décembre contre la réforme des retraites. » Et sur le plan politique, un projet se dessine, qui « cherche à instaurer des assemblées citoyennes indépendantes des partis et [à] prendre la commune pour instaurer une démocratie directe, rendre la totalité du pouvoir de décision aux habitants au sein d’assemblées communales, de RIC locaux » etc. L’autre motif de mobilisation concerne la répression inédite que les Gilets jaunes ont subie. 

Avec 11 morts et plus de 2 500 manifestants blessés (dont 24 éborgnés et 5 mains arrachées), on ne dira jamais assez que l’année 2019 représente la séquence protestataire la plus violente depuis celle liée à la guerre d’Algérie. *

L’hebdomadaire Le 1 a rassemblé en un volume les nombreuses contributions dans ses pages sur les Gilets jaunes depuis un an. Alexis Lévrier revient sur la question de l’écho médiatique du conflit. On sait les relations difficiles entre ce mouvement né sur les réseaux sociaux et les grands médias, où "les propos maladroits, clivants et ouvertement condescendants de certains éditorialistes" ont pu renforcer un sentiment de mépris. Mais la mise en spectacle des violences urbaines a tendance à reléguer le message politique, dans une sorte de "coproduction" où chacun prend sa part. Une attitude plus responsable à cet égard fait aussi partie des objectifs.

Par Jacques Munier

* « Avec plus de 10 000 gardes à vue et plus de 3 000 condamnations prononcées entre la mi-novembre 2018 et la fin juin 2019, la réponse pénale qu’il a provoquée est également sans équivalent dans l’histoire récente des mouvements sociaux. »

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