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Place du Capitole à Toulouse, 18/10/2020

Daech à la maison

4 min
À retrouver dans l'émission

Suite à l’assassinat d’un professeur qui avait montré des caricatures du prophète en cours, les réactions se multiplient dans la presse.

Place du Capitole à Toulouse, 18/10/2020
Place du Capitole à Toulouse, 18/10/2020 Crédits : AFP

Au 34e jour du procès des attentats de janvier 2015 – c’était samedi dernier – « la décapitation d'un enseignant par un islamiste fait passer le procès au second plan ». Yannick Haenel, qui en assure la chronique quotidienne pour Charlie Hebdo, marque un temps pour tenter de penser l’impensable. 

Si j’assiste à ce procès, c’est parce que je crois que le mal ne doit pas être seulement dénoncé et combattu, mais pensé — c’est-à-dire expliqué.

Le professeur qu’il a été pendant plus de quinze ans en région parisienne, « dans des collèges de banlieue où la violence sociale ne s’arrêtait jamais », sait « combien s’efforcer chaque jour d’expliquer est fondamental. Expliquer n’est pas justifier, expliquer n’est pas provoquer ». Et c’est exactement ce que faisait ce professeur, Samuel Paty, dans son cours d’éducation civique. 

Il expliquait ce que signifie être libre en France.

Penser la violence, le mal, la terreur politique ou l’islamisme radical, penser les religions, la foi, le blasphème : « la pensée appelle la pensée, c’est-à-dire le dialogue », souligne l’écrivain.

Banalité du mal

« Le boucher de Conflans-Sainte-Honorine, c’est Daech à la maison : un message solennel en forme de cérémonie macabre, un avertissement pour tout le corps enseignant » dénonce Pascal Bruckner dans le FigaroVox. Il revient sur le procès Charlie, qui « réveille toutes les haines » : les témoignages des accusés illustrent cette « banalité du mal ». 

De pauvres types endoctrinés et souvent encouragés par leur famille ou leurs proches se croient investis d’une mission divine et doivent absolument égorger un infidèle pour gagner leur paradis et « venger le prophète.

L’écrivain relève que « les représentants de l’islam de la République, avec une dignité et un courage remarquables, condamnent sans équivoque ces actes abjects ». Le nouveau recteur de la mosquée de Paris, Chems Eddine Hafiz, « a eu des mots définitifs pour condamner la barbarie islamiste ».

Réseaux asociaux

Dans Le Monde.fr, Louise Couvelaire revient sur l’enchaînement des événements qui ont fait qu’un « incident mineur » dans une classe est devenu « hors de contrôle ». L’enquête pointe notamment le rôle des réseaux sociaux. Dans le rassemblement citoyen devant les portes du collège du Bois-d’Aulne le lendemain du drame, l’humoriste Yassine Belattar était présent. Né à Conflans-Sainte-Honorine, où une partie de sa famille vit toujours, il confirme.

Qu’un parent d’élève s’indigne sur les réseaux à défaut d’en parler avec le professeur concerné raconte une époque. En balançant ça sur Internet, il a créé un monstre.

« On m’a envoyé la vidéo d’Algérie ! s’étonne Linda, également présente au rassemblement de samedi. Elle dit l’avoir reçue au moins dix fois par des biais différents en quelques jours. « Que la fille ait menti ou non à son père, qu’importe, tranche Farid Benlagha, citoyen choqué, ancien professeur de mathématiques. « On n’organise pas une vendetta sur Internet ! Les conséquences sont trop graves. »

L'histoire contre l'islamisme

Pour Luc Le Vaillant, sur le site de Libération, « il n’est pas neutre que Samuel Paty ait été en charge d’enseigner l’histoire. L’histoire est un processus évolutif, ce n’est pas une vérité révélée. » 

L’histoire n’est pas dieux et diables, paradis et enfer, bien et mal, vices et vertus. L’histoire est d’autant moins une Bible ou un Coran, que ce n’est pas une voie unique ou une morne plaine.

Courrier international relaie les réactions dans la presse étrangère. Pour La Stampa, “Paris paie une fois de plus le prix fort pour ne pas vouloir céder à la menace jihadiste”, qui continue d’être “très élevée en France”. Le Wall Street Journal rappelle qu’Emmanuel Macron et son gouvernement  travaillent sur une loi visant à rendre illégal le “séparatisme islamique”. « En visant un professeur, l’attaque de vendredi aura probablement pour effet d’amplifier les appels à la répression de l’extrémisme religieux. » Le drame rappelle « l’histoire récente des attaques terroristes en France : un assaillant choisissant soigneusement une victime censée symboliser une offense envers l’islam”, observe le New York Times.

Impies mensonges

« Un homme offensé est un homme qui ment », disait Nietzsche, cité par Yannick Haenel. On sait qu’au départ il y a le mensonge d’une adolescente qui a caché à son père les véritables raisons de son exclusion temporaire, et qu’elle n’était pas présente le jour du cours d’éducation civique ; que le père a menti sur la prétendue islamophobie d’un professeur, refusant d’avoir une explication avec lui ; qu’il a menti également en portant plainte pour « diffusion d’images pédopornographiques » et que les réseaux islamistes ont ensuite instrumentalisé cet enchaînement de mensonges. Les tueurs qui se disent offensés par les caricatures de Mahomet mentent pour justifier leur volonté de tuer ; ils mentent sur l’Islam, ils mentent sur Mahomet » conclut Yannick Haenel. Celui qui aime sa religion et sa foi « n’est jamais offensé, surtout pas par l’humour. »

Par Jacques Munier

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