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Bratislava, la vieille ville

Les élections européennes vues d’Europe

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment les campagnes des européennes se déroulent-elles ailleurs qu’en France ? État des lieux en Allemagne, Slovaquie, Hongrie, Pologne et Royaume-Uni.

Bratislava, la vieille ville
Bratislava, la vieille ville Crédits : Getty

En Allemagne, une quarantaine de partis se présentent aux élections du 26 mai dont de nombreux petits, voire microscopiques. Il y a cinq ans, ils n’étaient que 25 à aligner leurs candidats. Comme le rappelle Matthias Bartsch dans un article du Spiegel publié par Courrier international, il n’y a pas de seuil minimal requis pour prétendre aux subsides européens – contrairement aux élections fédérales et régionales où la barrière des 5% des voix se justifie par la nécessité de former une majorité de gouvernement. L’enjeu pour les petites formations, outre la publicité apportée par la campagne, c’est la manne financière de l’Union européenne.

Aux 8 757,70 euros mensuels d’un salaire de député européen s’ajoutent en effet une somme forfaitaire non imposable de 4 513 euros par mois ainsi que 320 euros par journée de présence au Parlement. Sans oublier que chaque député peut librement employer des amis, membres de la famille ou autre relation à raison de 24 943 euros par mois.

C’est ainsi qu’en 2014, le NPD [parti néonazi] est entré au Parlement européen, inspirant aujourd’hui certains « mouvements concurrents regroupant des individus que la justice considère comme d’incurables néonazis, tels que La Droite ou La Troisième Voie ». Par contre, le financement de l’État est conditionné par le seuil des 0,5% des voix et la multiplication des listes devrait accentuer la dispersion des suffrages et donc raréfier cette ressource. On compte par exemple 4 partis différents de défense de la cause animale. 

La Slovaquie

L’hebdomadaire slovaque _Tyzden_s’inquiète de la perspective de voir entrer le parti néonazi, Notre Slovaquie au Parlement européen, « une perspective d’autant plus probable dans un pays où le taux d’abstention (87 %) a été le plus important de toute l’UE en 2014 » et que ce partiest la deuxième force politique en Slovaquie avec près de 14 % d’intentions de vote. Deux journalistes ont suivi un meeting de son“Führer” Marian Kotleba – qui s’affiche volontiers en chemise brune – et ils relaient l’invraisemblable litanie de contre-vérités ou de mensonges éhontés jouant sur la peur, la haine et le rejet de l’Europe, un réquisitoire contre « les libéraux, les médias, les minorités, les Juifs et enfin tous ceux qui le critiquent ». Je cite une seule phrase, le reste est à l’avenant : « Les villes sont en feu, les églises sont en feu, même Notre-Dame à Paris a brûlé. » Conclusion : « Nous pourrions balayer tout cela d’un revers de main. Le problème est que les gens prêtent une oreille attentive à ce discours. Si des néonazis aux crânes rasés étaient présents dans le public, il y avait aussi beaucoup de retraités, d’étudiants ou de simples gens, certains même avec des enfants. » Le pays vient d'élire sa première présidente, Zuzana Caputova, très pro-européenne, sur un programme en quatre points : l'Etat de droit, la lutte contre la corruption, l'écologie et l'amélioration des services publics.

Pologne et Hongrie

Dans la très catholique Pologne – relève Anne Dastakian de l’hebdomadaire Marianne – le slogan du parti Droit et justice, au pouvoir, plutôt eurosceptique, est curieusement « La Pologne au cœur de l'Europe ». Mais en Hongrie, « où seulement 3 % des jeunes adultes catholiques disent aller à la messe, le Fidesz d'Orban a pour devise : Nous sauverons l'Europe chrétienne contre la contamination multiculturelle voulue par l'UE ». Sa campagne, illustrée par les visages grimaçants de George Soros et Jean-Claude Juncker, lui a valu d'être suspendu du Parti populaire européen PPE, « jusqu'à nouvel ordre ». Viktor Orban s’est proclamé le champion de la « nouvelle Europe » contre l'immigration et les quotas de réfugiés, un « souverainisme de la forteresse assiégée en Hongrie et en Pologne, où pourtant aucun migrant n'a jamais voulu s'installer », qui « s'accompagne d'un renoncement à la démocratie », observe l'historien Paul Gradvohl, spécialiste de ces deux pays, où « le régime grignote l'indépendance de la justice, les droits des femmes et des homosexuels, les universités, les classes intellectuelles, et rejette l'esprit critique de façon structurelle ». Mais comme ailleurs en Europe, cette droite ultra-nationaliste peine à trouver des terrains d’entente en dehors des effets d’annonce : c’est particulièrement vrai sur les relations avec la Russie de Poutine, où la Pologne et la Hongrie divergent totalement. 

Royaume-Uni

« Au Royaume-Uni se déroule la campagne des européennes la plus dingue » résume Pascal Riché sur le site de L’Obs. Un électeur sur trois s’apprêterait à voter pour le parti Brexit de Nigel Farage, ex-UKIP. Alors que le nombre d’opposants au Brexit ne cesse d’augmenter (51% contre 42%), les deux partis traditionnels (travaillistes et conservateurs) sont noyés par leurs clivages internes qui rendent toute campagne impossible, ils se retrouvent respectivement à 15 et 9% des intentions de vote. Comme disent nos voisins, Jeremy Corbyn reste « assis sur la clôture », avec un mot d’ordre improbable pour le Labour : « le seul parti capable de rassembler les partisans du Leave et ceux du Remain »…

Par Jacques Munier

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