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Edouard Manet, Le Christ mort et les anges

Jésus : le sens de la résurrection

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La résurrection de Jésus Christ, que commémore la fête de Pâques, est un moment fondamental de la théologie chrétienne.

Edouard Manet, Le Christ mort et les anges
Edouard Manet, Le Christ mort et les anges Crédits : Getty

Dans un livre qui vient de paraître au Seuil sous le titre Vie et destin de Jésus de Nazareth, Daniel Marguerat consacre un chapitre à cet épisode central, à la fois dans le parcours du Messie et pour la postérité de son message. L’historien et bibliste revient sur le débat ouvert dès les premiers temps du christianisme, puis dans la recherche historique, sur la réalité de cet événement dont il rappelle l’inscription dans une ancienne tradition du judaïsme : la foi en la résurrection des morts. Elle exprime la conviction « que la justice de Dieu triomphera dans l’au-delà, même si, dans l’histoire, mal et souffrance s’imposent ». L’originalité de la résurrection de Jésus est d’avoir incarné cette foi, et de l’avoir en quelque sorte attestée dans sa personne, apportant ainsi la preuve concrète de la vérité de son message sur le Règne de Dieu ici et maintenant. En lisant de près les différents récits de cet événement, l’auteur souligne – malgré leurs divergences – l’élément commun de l’apparition du Ressuscité : c’est le verbe « voir », qui renvoie à un phénomène de « vision ». Visions et songes sont considérés traditionnellement « comme une médiation de la révélation divine ». C’est pourquoi après un temps d’abattement et de dispersion, de crainte de subir le même sort, disciples et apôtres se rassemblent à Jérusalem dès lors que l’annonce de la résurrection se répand. 

Ces phénomènes visionnaires ont reconstitué le groupe des amis de Jésus, pour qui, désormais, la prétention du Nazaréen d’agir au nom de Dieu avait été validée. 

C’est ainsi également que « les récits de Pâques servent à légitimer les autorités reconnues dans les premières Églises » : Pierre, le premier témoin dans l’Évangile de Luc, les apôtres, ou Jacques, frère du Seigneur, dans l’Évangile apocryphe des Hébreux, comme « figure de légitimation du judéo-christianisme et chef de l’Église de Jérusalem ». Il s’agit donc aussi – ajoute Daniel Marguerat – « d’ancrer l’évangélisation chrétienne, qui débute aussitôt après Pâques : le mandat missionnaire est délivré par le Ressuscité ». Et en retour, sa vie, ses faits et gestes, ses paroles acquièrent une résonnance nouvelle ; les Évangiles s’emploieront à les décrire, animés par la conviction de faire mémoire d’une existence et d’une action « habitées par Dieu ».

Un juif nommé Jésus

Dans la dernière livraison de la revue Études, Daniel Marguerat pose la question de la recherche historique concernant la vie de Jésus. « S’il faut renoncer à tracer une biographie précise, nous disposons de sources fiables. » Et de mettre en relief deux traits principaux : sa pratique de guérison et son inscription dans le judaïsme.

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, il a fallu attendre les années 1980 pour que les chercheurs réalisent que Jésus était juif à 100%. 

Et contreviennent à l’image caricaturale du judaïsme du Ier siècle, celle d’un « rigorisme monolithique » alors qu’il était « riche d’une multiplicité de courants en discussion les uns avec les autres ». Réinscrire l’enseignement de Jésus dans ce contexte lui donne une autre dimension, celle d’un débat non pas « contre le judaïsme mais à l’intérieur du judaïsme ». C’est vrai pour son dédain affiché à l’égard des règles de pureté – essentielles pour le maintien de la sainteté du peuple élu – une conception « défensive » et « exclusive » à laquelle le Christ oppose une conception « inclusive » : « le rapport à autrui n’est plus stigmatisé comme un risque potentiel de souillure, mais comme le lieu où le croyant est appelé à concrétiser sa pureté-sainteté ». C’est vrai aussi de son audacieux télescopage du commandement d’amour dans sa version divine du Deutéronome : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… » et dans celle du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » L’amour d’autrui est élevé « à la hauteur de l’amour dû à Dieu ».

« L’amour contraint Dieu »

« La ressemblance avec Dieu permet à l’homme d’être par grâce ce que Dieu est par nature. » C’est ainsi que Jacques Le Brun résume une part du message d’Angelus Silesius, un grand mystique du XVIIème siècle, lecteur assidu de Maître Eckhart, Jean Tauler, Jacob Boehme ou Jean de la Croix, auteur d’un recueil au titre évocateur : Le Pèlerin chérubinique. Le livre de Jacques Le Brun est intitulé Dieu, un pur rien (Seuil), en référence à la tradition paradoxale de la mystique rhénane qui emboîte le pas à la Théologie négative, laquelle s’employait à définir Dieu par tout ce qu’il n’est pas pour aboutir au néant : « Dieu est un pur rien… Plus tu veux le saisir, plus il t’échappe. » De Leibniz ou Schopenhauer à Heidegger, Derrida et Lacan, Jacques Le Brun revient sur les lectures fécondes de cet auteur. 

Si je n’étais pas là, eh bien c’est simple, Toi, Dieu, en tant que Dieu Existant, tu n’y serais pas non plus. (Angelus Silesius)

Lacan a lu intensément Silesius, il apparente l’expérience mystique à celle de la psychanalyse, notamment par cette « autre face de la parole qui est révélation ». Et du coup, si Dieu n’existe pas, question lacanienne : « Est-ce que j’existe ? »

Par Jacques Munier

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