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La chute du Mur de Berlin en 1989 marquait le début d'une vague de démocratisation pour les pays de l'ancien bloc soviétique. Trente ans après, face la montée en puissance de régimes autoritaires, la démocratie est-elle redevenue un fragile idéal ?

30 ans après la chute du Mur, où va la démocratie ?

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Le fil culture |Au seuil de cette semaine spéciale consacrée par France Culture au trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, Le journal des idées fait le point sur l’évolution de la démocratie dans le monde.

La chute du Mur de Berlin en 1989 marquait le début d'une vague de démocratisation pour les pays de l'ancien bloc soviétique. Trente ans après, face la montée en puissance de régimes autoritaires, la démocratie est-elle redevenue un fragile idéal ?
La chute du Mur de Berlin en 1989 marquait le début d'une vague de démocratisation pour les pays de l'ancien bloc soviétique. Trente ans après, face la montée en puissance de régimes autoritaires, la démocratie est-elle redevenue un fragile idéal ? Crédits : Gamma / Rapho - Getty

L’évolution de la démocratie dans le monde : un bilan mitigé

S’il est vrai que de nombreuses dictatures ont disparu, que des progrès ont eu lieu du point de vue sociétal notamment dans les vieilles démocraties, on peut s’inquiéter de la montée de régimes autoritaires partout dans le monde, et surtout de l’érosion de l’idéal et des institutions démocratiques dans les pays où ils s’étaient développés. Dans Mediapart, Fabien Escalona estime que "depuis 1989, les démocraties redécouvrent leur fragilité". Il cite le dernier rapport de l’ONG Freedom House, qui observe que les régimes issus de cette vague de démocratisation apparaissent particulièrement vulnérables, en particulier ceux issus de l’ancien bloc soviétique. Mais le rapport enregistre également un recul global des libertés depuis des années. "Les pertes sont encore faibles par rapport aux gains de la fin du XXe siècle, mais la tendance est persistante et menaçante", écrivent ses auteurs. 

Chaque année, le nombre d’États dont l’indice s’est dégradé s’est révélé supérieur au nombre d’États dont l’indice a progressé. 

Pour Seva Gunitsky, chercheur en relations internationales à l’université de Toronto, "les incitations à un changement de régime ne sont que temporaires lors des chocs hégémoniques dans l’ordre international. Maximales pendant le temps court des transitions, ces incitations perdent en intensité pendant le temps long des consolidations. Et dans l’intervalle, tous les facteurs qui avaient jusqu’alors freiné une démocratisation autonome resurgissent." Selon lui, la démocratie s’est diffusée par pics successifs à la faveur de "chocs hégémoniques", c’est-à-dire de modifications brutales de la hiérarchie du système international. C’est pourquoi certains spécialistes des relations internationales mettent aujourd’hui en garde contre la possibilité d’un monde "tripolaire". "Les rivalités des États-Unis, de la Chine et de la Russie, avec une zone d’influence pour chacun dans un contexte de course aux armements relancée, pourraient faire vivre un âge d’instabilité permanente aux autres nations", ce qui ouvre des perspectives de promotion démocratique bien sombres dans un monde exposé par ailleurs à des problèmes énergétiques, sanitaires et migratoires en raison du dérèglement climatique. D’autant plus que, souligne Fabien Escalona, "la perte de légitimité d’une classe politique acquise à la mondialisation néolibérale" a incité de nombreux responsables de droite à "prendre un virage identitaire, afin de diriger les frustrations populaires contre les minorités, les corps intermédiaires et la gauche cosmopolite, mais sans toucher aux prérogatives des milieux d’affaires et des détenteurs de capitaux". Lesquels se sont employés à réduire la marge de manœuvre des citoyens dans l’espace public ou les entreprises. Sans pour autant "idéaliser la démocratie des Trente Glorieuses" dont les compromis sociaux avaient aussi leurs exclus, "la classe politique de cette époque, ayant vécu la Grande Dépression et confrontée à la menace soviétique, savait que la démocratie ne tirait pas son attractivité et sa stabilité du seul respect des procédures (État de droit et élections libres), ni même du seul avènement de la société de consommation. L’élargissement inédit de l’État social et l’égalisation des conditions participaient de l’assimilation des masses citoyennes à ce type de régime."

Mais la valeur symbolique du déclin de l’hégémonie soviétique qui a abouti à la chute du mur de Berlin reste active, comme on a pu le constater à Hong Kong ce 23 août dernier, lors de la manifestation organisée en une immense chaîne humaine, en souvenir de celle formée le 23 août 1989 dans les pays baltes. Ce jour-là, rappelle Frédéric Lemaître dans Le Monde.fr, "pas moins de deux millions de personnes reliaient les 687 kilomètres séparant Tallin, en Estonie, de Vilnius, en Lituanie, afin de réclamer l’indépendance des pays baltes". L’initiative est aussi une sorte d’appel du pied aux démocraties occidentales pour obtenir leur soutien face à Pékin. Et comme le précise Lucas Buthion dans le Figarovox, cette journée marquait pour les pays baltes le 50ème anniversaire de la signature du pacte germano-soviétique, le traité qui établissait les sphères d’influence respectives du Reich nazi et de l’URSS, et qui actait la fin de leur indépendance. 

1989, de Berlin à Tian'anmen

Restons dans la symbolique des dates. 1989 est aussi l’année de la répression de Tian’anmen et de la dérive assumée du régime chinois vers une combinaison inédite de dictature du parti unique et de capitalisme d’État. Dans l’ordre international, si la Chine parvenait au sommet elle pourrait provoquer une vague anti-démocratique. Le mensuel Books publie un texte de l’éminent professeur de droit constitutionnel Xu Zhangrun qui lui a valu destitution de son poste et qui rappelle notamment que les seuls progrès réalisés dans son pays concernent des "choix individuels qui n’ont pas de dimension politique". Consommer toujours plus et protéger autant que possible sa vie privée est devenue la seule ambition citoyenne.

Par Jacques Munier

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