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Près du village de Barisha, dans le nord-ouest de la Syrie, province d'Idlib, le site visé par le raid américain

La Turquie et le terrorisme

5 min
À retrouver dans l'émission

L’élimination du calife autoproclamé de l’organisation Etat islamique signifie-t-elle la disparition de ses réseaux terroristes ?

Près du village de Barisha, dans le nord-ouest de la Syrie, province d'Idlib, le site visé par le raid américain
Près du village de Barisha, dans le nord-ouest de la Syrie, province d'Idlib, le site visé par le raid américain Crédits : AFP

Courrier international publie une revue de la presse israélienne qui en doute fortement. Les observateurs attentifs et directement concernés que sont les Israéliens se réjouissent du coup porté à l’organisation, tout en relevant, comme Amos Harel du quotidien Ha’Aretz, que « cette victoire est symboliquement importante pour Trump face au torrent de critiques, quelques semaines après avoir abandonné les Kurdes, permis l’invasion turque du nord de la Syrie et déclenché une réaction en chaîne risquant de déboucher sur l’évasion de milliers de prisonniers de l’État islamique ». Son confrère de Yediot Aharonot, Ron Ben-Yishaï, souligne par ailleurs que « l’opération de commando a été menée au cœur d’une région tenue par des djihadistes sunnites » et que celle-ci « n’est qu’à quelques encablures des bases russes de Lattaquié et Hmeimim » ce qui constitue « un splendide pied de nez aux Russes ». Mais Zvi Yehezkeli, dans Maariv, redoute que la situation ne profite à l’Iran et à ses alliés chiites, tout en rappelant que « pour une majorité d’Arabes du Moyen-Orient, s’agissant de la Syrie, la source de tous les maux reste le régime Assad, responsable de la mort de près d’un million de personnes, là où l’État islamique n’a tué ‘que’ 100 000 personnes. Le revanchisme sunnite est un vivier inépuisable. »

Les supplétifs de l'armée turque

Ce sont d’ailleurs des djihadistes proches de Daech que l’armée turque emploie comme supplétifs dans ses opérations contre les Kurdes. Dans Le Point Jérémy André évoque notamment le groupe Ahrar al-Charkiya, responsable, entre autres, de l’assassinat sauvage d’Hevrin Khalaf, jeune femme politique kurde qui venait de constituer une formation indépendante du PYD, parti frère du PKK. Or Ahrar al-Charkiya a été fondé par un chef religieux de l’Etat islamique en Irak et regroupe d’anciens du Front al-Nosra et de Daech. Selon une enquête du quotidien britannique The Telegraph, le groupe « a récupéré certaines des femmes de Daech jusque-là détenues dans le camp d’Aïn Issa », notamment des Françaises qui « restent introuvables ». L’hebdomadaire consacre un dossier à « Erdogan l’éradicateur ». Nettoyage ethnique, exécutions sommaires, bombardement des populations civiles, pillages, la Turquie est même soupçonnée d’utiliser contre les Kurdes en Syrie des armes chimiques, notamment des bombes au phosphore blanc, un agent incendiaire qui expliquerait l’état de certaines victimes à « la peau calcinée, noircie du crâne aux orteils ». Le dossier du Point s’intéresse aussi à « l’entrisme d’Erdogan en France », dont les réseaux développent « un activisme intense », notamment en Alsace où réside une importante communauté turque. Pour ratisser large, cette nébuleuse d’associations et de structures religieuses qui diffuse la bonne parole en matière de géopolitique, ajoute aujourd’hui aux thèmes de mobilisation classiques comme la négation du génocide arménien ou les accusations contre les Kurdes autonomistes du PKK, la dénonciation de la politique israélienne ou celle de l’islamophobie en France. 

L'émigration turque, un "projet national"

Le site En attendant Nadeau publie une éclairante recension par Jean-Paul Champseix du livre de Ségolène Débarre, géographe spécialiste de la Turquie, et Gaye Petek, qui a travaillé dans plusieurs structures d’aide aux immigrés turcs, l’Histoire des Turcs en France (Éditions du Détour). Suite à l’accroissement de la population et l’inégalité foncière abyssale, les paysans turcs émigrent en masse vers les grandes villes, une première étape vers l’émigration à l’étranger. Celle-ci devient une politique assumée comme « projet national », avec deux destinations principales : l’Allemagne et la France. Très vite les localités d’origine se reconstituent, donnant « l’impression d’entités homogènes qui recoupent des identités religieuses (alévie/sunnite) ou culturelle (turque/ kurde) ». Puis le regroupement familial, dès 1976, amène des épouses qui « éprouvent des appréhensions face à un monde qu’elles ne connaissent pas, un mari qui leur a été imposé et une vie de couple qui n’existe pas dans la tradition. Si elles sont heureuses d’être « maîtresses de maison », elles souffrent de solitude, et « parlent aux murs ». Elles ne fréquentent guère les cours de français, ce qui ne favorise pas l’intégration mais au contraire le « refuge dans l’entre-soi, puis dans les mosquées et les réseaux islamiques au cours des années 1990 ». La loi de 1981 permet aux étrangers de créer des associations, c’est ainsi qu’apparaissent des amicales de travailleurs qui seront progressivement récupérées par la sphère d’influence de l’État turc. Très vite, l’objectif visé est explicitement d’enrayer « l’acculturation occidentale ». Sur le plan politique le résultat est un score largement supérieur pour le parti du président aux élections. 

Lors du référendum constitutionnel qui lui donne tous les pouvoirs, le consulat de Lyon atteint 86 %, chiffre inégalé en Turquie ! Cela n’est pas sans créer des réactions car des voix se lèvent pour interdire le vote de la diaspora qui « vit à l’aise dans les démocraties occidentales ».

Par Jacques Munier

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Selahatinn Demirtas Et tournera la roue Nouvelles traduites du turc (Editions Emmanuelle Colas)

« Après l’Aurore, paru en France en 2018, alors qu’il se trouve depuis bientôt trois ans incarcéré dans la prison de haute sécurité d’Edirne, Selahattin Demirtaş, Kurde de Turquie, avocat des droits humains, leader du HDP (Parti démocratique des peuples), progressiste, féministe, et qui ne cesse de subir les coups de force du pouvoir en place, a choisi de continuer d’écrire parce qu’il est convaincu que la fiction peut dire le monde, aider à mieux le comprendre et à ne jamais perdre espoir. » Emmanuelle Colas 

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