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« il y a eu bien plus de discontinuité que de continuité pédagogique pendant le confinement. »

L’école au temps du coronavirus

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Selon le dernier bulletin hebdomadaire de Santé publique France, le milieu scolaire et universitaire est devenu la première « collectivité » de circulation du virus, devant les entreprises.

« il y a eu bien plus de discontinuité que de continuité pédagogique pendant le confinement. »
« il y a eu bien plus de discontinuité que de continuité pédagogique pendant le confinement. » Crédits : AFP

32 % des 899 clusters en cours d’investigation concernent le milieu scolaire et universitaire, précisent Mattea Battaglia et Camille Stromboni dans Le Monde.fr

Avec 285 clusters, le monde éducatif passe, pour la première fois, devant celui de l’entreprise, qui en compte 195.

Il s’agit des clusters en cours d’investigation, et s’ils sont en constante augmentation dans les établissements scolaires et universitaires, lorsque l’on prend en compte l’ensemble des clusters identifiés (y compris ceux maîtrisés ou clôturés), les entreprises restent le premier type de collectivités touchées. Jusqu’à présent, Santé publique France ne distingue pas la part des clusters dans les universités et ceux des écoles, collèges ou lycées, mais il semble que les premiers soient à la fois plus nombreux et plus contaminants. Reste que dans les écoles, de nombreuses voix s’élèvent pour questionner l’assouplissement du protocole sanitaire et dénoncer un « deux poids deux mesures » entre le durcissement des consignes dans les bars ou les rassemblements et leur allègement dans l’enceinte scolaire.

Mon école à la maison

Un collectif de sociologues et spécialistes de l’éducation a mené l’enquête au cours du confinement, puis du déconfinement, de la maternelle à l’université. L’ensemble, coordonné par Stéphane Bonnéry et Etienne Douat, est publié à La Dispute sous le titre L’éducation au temps du coronavirus. Ils soulignent l’aggravation des inégalités dans ce contexte, et l’accroissement de ce que Bourdieu et Passeron désignaient déjà dans les années 1960 comme la logique d’« indifférence aux différences ».

Ce qu’a présupposé la vision enchantée du dispositif ma classe à la maison, c’est que toutes les familles, indépendamment de leurs conditions, de leur logement, de leur charge de travail, de l’étendue de la fratrie… pouvaient, dès ce lundi 17 mars, être au rendez-vous.

Fabienne Montmasson- Michel décrit l’intensification du travail des enseignants, mais aussi l’investissement de « familles très engagées dans l’accompagnement scolaire et éducatifs de leurs enfants là où ils ne les attendait pas : des familles populaires éloignées de l’école ou très discrètes, des familles d’enfants en grande difficulté ou handicapé.e.s ». D’autant plus que – souligne-t-elle – « il y a eu bien plus de discontinuité que de continuité pédagogique pendant le confinement ». Ne serait-ce que du fait des problèmes d’équipement de part et d’autre, enseignants et familles. Et elle déplore que dans la précipitation et l’improvisation du déconfinement, l’institution n’ait donné « aucun horizon pour que cette expérience soit l’objet d’une réflexion collective sur ces questions, afin de repenser le métier pour une école qui ferait mieux ce qu’elle a à faire pour tous. » Au contraire, le déconfinement a été organisé « dans le déni du travail réalisé », les équipes sommées dans l’urgence de présenter des scénarios « dans le cadre d’un protocole sanitaire élaboré par un bureau d’études n’ayant aucune compétence éducative », le Bureau Veritas.

Le gouvernement des experts

« La Covid-19 n’a pas créé la crise des savoirs au service du pouvoir mais elle a créé un effet de loupe qui en accélère les conséquences. Le coefficient de défiance généralisée est encore plus élevé » observe Nicolas Roussellier dans la revue Études. L’historien et politiste examine les conséquences de la crise sanitaire sur le fonctionnement et l’image de l’État, qui en sort à la fois renforcé dans ses prérogatives régaliennes et affaibli par des défaillances stratégiques, comme l’affaire des stocks de masques, la question des mesures sanitaires à l’école ou celle des tests. Ce qui est à souligner, en l’occurrence, c’est la crise de l’expertise, au sens technocratique et scientifique. 

Le fait d’avoir collé au savoir des médecins a autant servi que desservi le pouvoir politique.

Nicolas Roussellier rappelle la tendance historique de l’État moderne, « dans son extension et sa conquête de nouveaux domaines d’intervention, de s’appuyer sur des organes spécialisés, si possible ancrés dans les sciences », comme les économistes et les statisticiens dans la lutte contre les crises économiques, les géographes et les démographes dans les politiques natalistes, les sociologues et les pédagogues dans les réformes de l’enseignement… Mais aujourd’hui, dans le cadre de cette crise qui est tout à la fois sanitaires, sociale et économique, seuls les médecins semblent avoir leur mot à dire. Or, ils ne sont pas tous d’accord et c’est une des caractéristiques de la science, d’avancer dans la controverse et les échanges. S’en remettre à leur avis ne dispense pas d’une vision stratégique. « Gouverner, c’est prévoir » disait Mendès-France. On connaît les dégâts de l’administration à flux tendu inspiré par le new public management, notamment en matière de santé ou d’éducation.

Par Jacques Munier

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