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La rentrée à Glasgow

Une rentrée sous Covid

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Demain, plus de 12 millions d’élèves et un million de personnels de l’enseignement s’apprêtent à faire leur retour dans les établissements scolaires. Une rentrée sous contrainte sanitaire qui fait débat…

La rentrée à Glasgow
La rentrée à Glasgow Crédits : AFP

Car le nouveau protocole sanitaire publié par le ministère n’a plus grand-chose à voir avec le carcan de règles drastiques qui avait obligé les établissements à réduire leurs capacités d’accueil en mai-juin dernier. Cette fois, plus d’obligations strictes de distanciation physique (la fameuse norme des 4 m² par élèves, un casse-tête pour les enseignants) ou de non-brassage des groupes-classes. Dans l’hebdomadaire Marianne, Anthony Cortes parle de « relâchement » : la distanciation physique n’est plus obligatoire lorsqu’elle n’est « pas matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves ». La priorité clairement affichée est de scolariser tous les élèves, alors que l’on constate « une accélération croissante de la transmission du Covid-19, faisant même redouter une deuxième vague dans les semaines à venir ». Mais, contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps, les professeurs, comme les enfants de plus de 11 ans, auront l’obligation de porter un masque à l’intérieur et pas à l’extérieur. 

Enseigner avec un masque ?

Dans le FigaroVox, Jean-Paul Brighelli se réfère aux travaux de Gregory Bateson et de l’École de Palo-Alto pour dénoncer une forme de double bind, de double contrainte ou d’injonction contradictoire, dans le fait de porter le masque en classe. C’est la règle sanitaire contre la pédagogie.

Pour remplir l’espace d’une classe, il faut forcer sur sa voix. Pour le faire avec un masque, il faut crier plus fort. Sans compter qu’en quelques minutes, le tissu se charge d’humidité. Et colle aux lèvres, au nez, aux joues.

L’enseignant à Marseille et auteur d’essais sur l’éducation rappelle l’importance du langage silencieux : « le non-verbal constitue plus de 50% de la communication ». Les élèves lisent sur les visages « les données complémentaires qui donnent sens au discours ». Sans elles, les profs auront « la sensibilité et l’expressivité d’un GPS ». Et c’est réciproque : en classe l’enseignant peut lire sur les visages de certains élèves l’incompréhension ou la distraction, et adapter son enseignement en se répétant sous une autre forme. Là encore le virus va aggraver les inégalités. 

Elèves décrocheurs

D’après les chiffres communiqués par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), organe statistique de l’Éducation nationale, entre 6 et 10 % des élèves auraient décroché pendant le confinement. Mais deux semaines après la réouverture progressive des écoles, à la mi-mai, Bruno Studer estimait ces chiffres largement en deçà de la réalité. Le député LREM, président de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale affirmait qu’ « en fonction des sections et des secteurs géographiques, cela peut monter à 10, 20, 30 voire à plus de 60 % d’élèves injoignables ».

François Dubet et Marie Duru-Bellat publient au Seuil L’école peut-elle sauver la démocratie ? Le sociologue évoque dans le mensuel Sciences Humaines les effets ambivalents du confinement : solidarité et reconnaissance à l’égard des « premiers de corvée », mais aussi sentiments d’injustice et de défiance. 

Avec le confinement – souligne-t-il – des inégalités auxquelles on s’était habitué, comme les inégalités de logement ou les inégalités subies par les familles monoparentales, sont d’un coup devenues intolérables.

Or, dans une société où chacun est tenu pour responsable de son destin, ces inégalités provoquent du ressentiment plutôt que de la révolte, un sentiment de « haine diffuse » qui ne conduit pas nécessairement au conflit social mais plutôt au repli communautaire ou nationaliste, exploité par le populisme. D’où le rôle crucial joué par l’école.

La pandémie a rappelé à quel point l’école était plus que l’école : il faut qu’elle soit ouverte pour que les parents puissent travailler et que la vie sociale s’organise.

Ecole émancipatrice

C’est ainsi également qu’on a « découvert que la vie scolaire avait une valeur éducative en soi, que les élèves voulaient aller à l’école pour être avec d’autres. » Un collectif de bénévoles a animé au début des années 2010 un collège associatif sur la Montagne limousine. Inspiré par les pédagogies innovantes – Freinet, Illich, Montessori ou Summerhill – il a tenté l’expérience d’une « école émancipatrice », fonctionnant par « ateliers », pour « un collège dont les enfants ont la clé ». Les éditions du commun publient le compte-rendu et les témoignages de cette aventure édifiante sous le titre Faire (l’) école. La moindre des difficultés n’a pas été, pour obtenir l’agrément de l’Éducation nationale, de subir des inspections tatillonnes et soupçonneuses. Mais lorsque l’expérience a pris fin, des membres de l’administration, chargés des élèves en difficulté, ont regretté cette possibilité alternative qu’elles auraient pu conseiller à certains enfants.

Par Jacques Munier

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