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Le navire de recherche sismique escorté par la marine turque

La diplomatie à l’estomac

4 min
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La Chine à Hongkong, les tensions en mer Egée entre la Turquie et deux Etats membres de l’UE, le soulèvement de la population en Biéolorussie à ses frontières… Les crises de l’été posent la question d’une diplomatie européenne.

Le navire de recherche sismique escorté par la marine turque
Le navire de recherche sismique escorté par la marine turque Crédits : AFP

Comme le rappelle Pierre Haski dans L’Obs, « Ursula von der Leyen avait prévenu que la Commission européenne qu’elle préside depuis l’an dernier serait géopolitique », signifiant par là « que l’Europe serait désormais au rendez-vous des défis d’un monde en pleine mutation, après une décennie où elle a donné le sentiment de courir derrière ». Il est vrai que dans tous ces dossiers, elle a affaire à des « hommes forts » qui ne croient qu’aux rapports de force là où les Européens privilégient la diplomatie classique. Pierre Haski souligne la « coordination presque parfaite » entre Paris et Berlin, un atout dans ce contexte. Car même l’allié américain du moment ne prend en compte que ses propres intérêts : « Washington veut forcer la main aux Européens pour isoler la Chine ou réimposer des sanctions à l’Iran, et dit tout haut sa frustration lorsque le Vieux Continent ne suit pas ; mais reste muet lorsque des membres de l’Otan sont au bord du conflit ou que des événements aux frontières orientales de l’Union exigeraient, au minimum, une concertation transatlantique. »

La diplomatie « classique » a-t-elle vécu ?

« Le jeu diplomatique paraît marginalisé au profit d’une vision manichéenne du monde, qui privilégie la guerre et les sanctions commerciales comme instruments de la politique étrangère » observe Marc Endeweld dans Le Monde diplomatique. Son enquête détaille les évolutions de la diplomatie française, depuis l’axiome gaulliste « une France alliée, mais non alignée », respecté jusqu’à la présidence Chirac, puis abandonné par MM. Sarkozy et Hollande « avec l’arrivée au Quai d’Orsay de diplomates néoconservateurs ». Ceux-ci avaient commencé à se manifester et s’organiser lors de l’opposition de Jacques Chirac à la guerre américaine en Irak, « réclamant une rupture avec l’héritage gaulliste et la politique arabe de la France ». Depuis, ceux que leurs détracteurs surnomment « la secte », ont vu leur influence grandir, « notamment depuis le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN » sous Sarkozy. Partisans d’une défense agressive des valeurs occidentales et de l’hégémonie américaine, ils ont étendu cette influence aux grands centres de formation des diplomates. « Depuis les années 2000, l’enseignement des relations internationales à Sciences Po – qui continue d’être dispensé à la plupart des futurs diplomates français – confronte les étudiants à d’autres représentations de la politique étrangère de la France que celles de l’indépendance et du rang » observe Christian Lequesne, professeur au Centre de recherches internationales de Sciences Po. L’auteur d’une Ethnographie du Quai d’Orsay (CNRS Éditions) ajoute que les rapports de force au sein du ministère des affaires étrangères s’en sont trouvés bouleversés. 

La noblesse du Quai, c’était les arabisants, maintenant ce sont les énarques qui font carrière.

Homo diplomaticus

Reste une forme aristocratique de culture de cour, une sorte d’habitus commun aux diplomates du monde entier, fait de contrôle de soi et de retenue qui projette « l’image idéale dont les États devraient se comporter les uns avec les autres ». Dans la dernière livraison de la revue Terrain, intitulée « Homo diplomaticus », l’ex-ambassadeur Yves Saint-Geours évoque ces traits de comportement très codifiés, « combinaison d’affabilité et d’une certaine distance, esprit, art de converser, prudence d’expression publique… » Le tout formant un « idéal de civilité » qui « rejoint le sens même d’une négociation : la paix, la conciliation ». Le diplomate déplore le recul des relations multilatérales, le retour des rapports de force, le spleen des diplomates brésiliens et américains, et il revient sur l’éphémère succès de la COP21, qu’il a contribué à préparer. Là, de nouvelles formes de diplomatie se sont affirmées, plus transversales et planétaires, conduites par les ONG, les peuples autochtones, des cercles régionaux ou de petites îles en voie de disparition à cause de la montée des eaux… 

Les diplomates n’ignorent pas que la nature est devenue un sujet de droit dans certaines constitutions (Équateur, Bolivie…), que telle rivière (Nouvelle-Zélande), telle montagne en Afrique l’est aussi.

Le dossier proposé par la revue explore ces horizons ouverts par l’écologie et les relations avec les êtres non-humains. Et il revient également sur les pratiques des peuples traditionnels en matière de résolution rituelle des conflits. Non pas pour les supprimer ou les mettre sous le boisseau mais au contraire pour les exprimer et les canaliser dans une forme de jeu dangereux à visée pacificatrice. L’occasion aussi de rappeler le rôle d’anthropologues comme Margaret Mead, Claude Lévi-Strauss ou Alfred Métraux à l’Unesco pour mettre en œuvre l’idéal d’une paix mondiale par la connaissance mutuelle des peuples.

Par Jacques Munier

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Archives diplomatiques françaises (La Martinière)

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