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A l’Université chinoise de Hong Kong, 2 septembre 2019

Hong Kong, port franc de la révolte

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La rentrée scolaire et universitaire a été largement boycottée hier à Hong Kong. Et les pressions de Pékin s’accentuent pour mettre fin à la contestation.

A l’Université chinoise de Hong Kong, 2 septembre 2019
A l’Université chinoise de Hong Kong, 2 septembre 2019 Crédits : AFP

Le ton est à l’offensive depuis quelques jours dans la presse officielle chinoise : des personnalités nommément citées sont présentées comme responsables de la situation et vilipendées, tandis que tout participant aux violences est averti d’une justice sans faiblesse. Agnès Gaudu, Courrier international

L’agence officielle Xinhua a publié un texte virulent, annonçant que "le jugement approche pour tous, qu’ils participent, fomentent, organisent ou mènent les émeutes à Hong Kong". Hier, des milliers d’étudiants se sont rassemblés à l’Université en signe de soutien aux cinq revendications du mouvement de contestation. Comme le rappelle Florence de Changy dans Le Monde, il s’agit notamment du retrait total d’un projet de loi - pour l'instant suspendu - permettant les extraditions vers la Chine, d’une enquête indépendante sur les brutalités policières et de la désignation des ­dirigeants politiques au suffrage universel. La correspondante à Hong Kong évoque les pressions et l’ingérence chinoise au sein des entreprises, comme la compagnie aérienne Cathay Pacific. 

L’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC), qui n’est pourtant pas le régulateur officiel de Cathay, a en effet interdit que les employés de l’entreprise ayant participé ou soutenu le mouvement de contestation politique à Hong Kong soient à bord de vols qui auraient pour destination la Chine, ou même qui voleraient dans l’espace aérien chinois. 

Des employés ont été licenciés pour avoir soutenu le mouvement social et le directeur l’a payé de son poste. Du coup les entrepreneurs marchent sur des œufs : "tout le monde est sur ses gardes, de peur de se faire épingler par la Chine et de déclencher une campagne virale ingérable", confirme l’un d’entre eux. "L’économie de Hong­ Kong est en effet classée depuis des décennies comme la plus libre du monde, essentiellement du fait de la liberté de circulation des capitaux, des biens et des personnes, d’une fiscalité minimale et d’un gouvernement le moins interventionniste possible. Mais ce climat de liberté économique pourrait être affecté si les libertés de penser, de communiquer, d’échanger des idées étaient remises en cause" conclut la journaliste. 

Hong Kong, incontournable pour l’économie chinoise

Sur Mediapart, Margot Clément rappelle que "ce territoire continue de représenter un maillon clé de la stratégie d’investissements à l’étranger des entreprises chinoises, qui profitent de son système capitaliste pour s’aligner sur les standards internationaux". Aujourd’hui, le gouvernement de Hong Kong agite le spectre d’une grave crise économique due au mouvement de contestation mais la grande perdante serait la Chine "car le petit territoire capitaliste reste un élément clé de ses investissements entrants et sortants". Comme le résume dans une note, Alicia Garcia Herrero, économiste chez Natixis :

Hong Kong est le centre offshore préféré des Chinois continentaux. En termes de levées de fonds offshore, Hong Kong a accueilli 73 % des IPO (introduction en bourse) à l’étranger des entreprises chinoises entre 2010 et 2018. 

Un rôle d’ailleurs officiellement reconnu par Pékin dans son projet de nouvelle route de la soie. Car c’est grâce à Hong Kong que la Chine a pu réaliser son ouverture aux marchés mondiaux à l’aube des années 1980 : "du fait de la non-convertibilité de la monnaie chinoise, de nombreuses sociétés ont utilisé la Bourse de Hong Kong pour lever des capitaux étrangers". À cause du mouvement de contestation, le secteur du tourisme est touché, "_avec une chute de 50 % des réservations de groupes en juillet, et des mastodontes comme HSBC ou Standard Chartered ont chacun fait paraître la semaine dernière des pages de publicité dans des journaux locaux pour appeler à une résolution pacifique de la cris_e". C’est pourquoi Jean-Pierre Cabestan, professeur de science politique à l’université baptiste de Hong Kong et auteur, notamment, de Demain la Chine : démocratie ou dictature ? (Gallimard, 2018) estime dans Le Figaro que "Pékin et Carrie Lam (la cheffe de l’exécutif hongkongais) devraient accepter une vraie négociation avec les protestataires ". Ayant misé en vain sur un pourrissement de la situation par la radicalisation du mouvement, qui aurait justifié une répression policière plus féroce, ils devraient entamer "une véritable négociation entre le gouvernement local et le mouvement, avec des concessions de part et d’autre". Même si Pékin reste sur ses positions et "tente de faire croire que le mouvement est porté par des casseurs indépendantistes alors qu’il reste soutenu par une majorité de Hongkongais inquiets de l’avenir politique de Hong Kong". Pour Jean-Pierre Cabestan, les forces chinoises stationnées à la frontière ont pour seul but de faire monter la pression. "La police locale a été dotée de moyens supplémentaires pour rétablir l’ordre. Elle multiplie par ailleurs les arrestations (plus de 900 depuis début juin)." Mais elle reste "incapable de régler une crise qui est fondamentalement politique". Seule une solution politique, et non policière ou militaire, peut la résoudre.

Par Jacques Munier

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