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Les jeunes aspirent à un changement générationnel

La longue marche des primaires

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Le coup d’envoi des primaires démocrates vient d’être donné dans l’Iowa. Les candidats en lice se disputent l’investiture.

Les jeunes aspirent à un changement générationnel
Les jeunes aspirent à un changement générationnel Crédits : Getty

Et les électeurs de cet état rural du Midwest sont conscients du fait que le choix qu’ils ont fait pourrait donner le ton pour la suite des primaires. « Or ils sont nombreux à se montrer indécis », observaient Sydney Ember et Trip Gabriel dans le New York Times, relayé par Courrier international

Pour certains, ce degré d’incertitude frise l’anxiété, pour ne pas dire la panique, reflet des enjeux auxquels sont confrontés les démocrates en quête d’un candidat capable de mener une campagne efficace contre Donald Trump. 

Beaucoup craignent qu’aucun des candidats en lice n’ait ce profil. « Cette année, le choix est encore compliqué par le débat qui fait rage quant à la nécessité ou non pour le parti de basculer plus à gauche. » Dans la revue Le débat, Celia Belin et Paul Zajac brossent un tableau complet des différents courants qui prétendent réussir le pari de détrôner l’actuel président : l’establishment du parti démocrate, la gauche sociale, la gauche des minorités et l’extrême-centre. Tous s’autorisent d’une analyse des raisons de la défaite de 2016, alors qu’Hillary Clinton avait obtenu près de trois millions de voix de plus que Donald Trump. 

Quatre courants, une possibilité

Pour l’establishment, cette défaite est un accident et il suffirait donc de proposer « un retour à la normale » : pas de raison de remettre en cause « le progressisme prudent et le réformisme incrémental qui est la marque de fabrique du Parti démocrate ». C’est le courant que représente notamment celui qui fait la course en tête : Joe Biden, « apprécié pour son empathie et associé à la popularité intacte de Barack Obama dans l’électorat démocrate ». À gauche, on interprète la victoire de Trump comme « le symptôme du décrochage des classes populaires et des classes moyennes ». La crise financière est passée par là, qui a vu le pouvoir prendre des mesures massives pour sauver le système bancaire sans se préoccuper des neuf millions de foyers américains qui ont perdu leur toit entre 2008 et 2015. 

Cette crise a profondément dévalué l’idée, portée par la troisième voie du clintonisme, que l’ouverture des marchés et la financiarisation de l’économie finiraient par bénéficier à tous.

Ce courant est représenté par Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Celle-ci propose d’aller plus loin que l’Obamacare en termes de santé – une couverture universelle financée par l’État fédéral – l’annulation d’un tiers de la dette étudiante et la gratuité des formations universitaires publiques. Pour financer le « Green New Deal » elle prévoit un impôt sur la fortune et Bernie Sanders un impôt sur les transactions financières. La gauche des minorités, quant à elle, voit l’élection de Trump « comme une réaction identitaire et raciste de la part d’hommes blancs qui se sont sentis marginalisés par l’évolution sociale et démographique du pays, symbolisée par la présidence de Barack Obama ». Son premier objectif est « l’inclusion et la représentation politique des minorités », ce qui passe par la mobilisation de cet électorat, où résiderait « la véritable réserve de voix du Parti démocrate ». La priorité est donc à « l’inscription sur les listes électorales des jeunes, des femmes, des minorités noires et hispaniques ».

Aucun des candidats ne s’identifie uniquement à ce courant très fort de la base démocrate, mais tous s’efforcent de répondre à ses attentes.

Enfin, l’extrême-centre considère la victoire du populiste comme le symptôme d’une crise de la démocratie américaine, due notamment à la polarisation accrue de l’opinion publique du fait de la dérive droitière des Républicains. Il faudrait donc réintroduire du compromis et du consensus dans le système. C’est ainsi que Joe Biden « rappelle régulièrement sa capacité à travailler avec des élus républicains ». Mais que le candidat Pete Buttigieg s’insurge contre la pratique des redécoupages électoraux qui permet de tailler sur mesure des circonscriptions favorables au parti en place et de diluer les voix adverses, une pratique qui confère un avantage au Parti républicain.

C’est aux électeurs de choisir leurs élus et non pas aux élus de choisir leurs électeurs.

Le vote des jeunes

Le débat est ouvert entre ces différentes tendances, il sera sans doute tranché par le rapport de force entre les candidats. Mais aussi par le vote des jeunes qui aspirent à un changement générationnel. Comme le souligne George Packer dans Le Monde, ceux-ci poussent le parti vers la gauche. « Depuis leur naissance, le pays va d’échec en échec : la guerre en Irak, la crise financière, le retour de la question raciale. Ils peuvent donc légitimement se dire qu’il faut changer notre manière de faire. » Le journaliste au mensuel The Atlantic et également écrivain ajoute que si les tensions au sein du camp démocrate n’augurent rien de bon, les Républicains ne sont pas eux-mêmes à l’abri de dissensions internes.

Le président fait lui aussi face à des divisions au sein de son camp. Dans les banlieues cossues, des électeurs conservateurs plus modérés ne l’aiment pas et pourraient choisir de s’abstenir lors de la présidentielle.

Par Jacques Munier

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