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Covid-19, la nouvelle vague

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Une nouvelle série de mesures sanitaires entre en vigueur aujourd’hui à Paris et sa petite couronne pour une durée d’au moins quinze jours. Un peu partout, on voit poindre une forme de saturation…

Et ça ne concerne pas que nous, loin de là. « Il n’y a rien de plus permanent qu’un plan temporaire du gouvernement », affirmait l’économiste Milton Friedman, cité par Johan Norberg dans l’hebdomadaire britannique The Spectator, relayé par Courrier international qui consacre un dossier aux réactions de la presse dans le monde face au maintien, voire à l’aggravation des mesures restrictives de nos libertés. Outre-Manche, de nouvelles restrictions ont été annoncées mardi 22 septembre, « pour peut-être six mois ». Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, l’a justifié « par la nécessité de discipliner une population à la nature rebelle », un discours jugé « absurde et infantilisant » par la presse. 

Plutôt que de parler des problèmes de la politique de dépistage, le Premier ministre préfère rejeter la responsabilité sur la population. The Spectator

En Espagne, autre pays touché par le rebond de la pandémie, les restrictions aux commerces et à la liberté de mouvement, appliquées depuis quinze jours aux quartiers populaires du sud de Madrid, ont été étendues, depuis vendredi, à la totalité de ses 3 millions d’habitants, et la capitale entièrement bouclée. Là, les réactions ne sont pas seulement populaires, elles sont aussi judiciaires : la justice a par exemple annulé l’interdiction de fumer dans les rues (dont les terrasses de bars), une mesure finalement validée par le Tribunal suprême de Madrid, l’instance de dernier recours. La question se pose dans les 17 régions autonomes, qui ont la compétence en matière de santé publique. Et comme en droit espagnol toute décision susceptible d’affecter une liberté publique doit être validée par la justice, les tribunaux sont débordés. Les autorités autonomes marchent tous les jours « sur un fil d’équilibriste », souligne le quotidien El País. Et elles en sont venues à souhaiter un état d’urgence régional qui leur permettrait d’agir en toute impunité. En Amérique latine, les mesures contraignantes imposées à la population ont incité les gouvernements à renforcer le pouvoir de la police ou de l’armée. L’état d’urgence est  en vigueur en Équateur, au Chili et au Pérou. 

À Lima, une descente dans une fête interdite se solde par la mort de 13 personnes.

« Dans les pays où les forces armées jouaient déjà un rôle important, le coronavirus est venu encore le renforcer » souligne le politologue argentin Fabián Calle, cité par El País Brasil, pays où c’est un général qui est à la tête du ministère de la Santé. « Eduardo Pazuello est un ancien logisticien de l’armée, sans guère de compétences en politique sanitaire. » On ne peut exclure une prise de pouvoir dans ces pays où plane encore le souvenir des dictatures militaires. En tout cas, estime Fabián Calle, « les forces de sécurité vont y gagner des moyens et de l’influence ».

Masques

« C’est marrant parce que, aujourd’hui, on peut vous envoyer en prison pour non-port du masque. Alors qu’en prison, vous n’en aurez pas » ironisait l’avocat Sébastien Delorge dans un tweet de l’OIP, l’Observatoire international des prisons – section française. Il dénonçait l’absence de directives pour le port du masque en prison, à l’exception des parloirs, d’ailleurs supprimés pendant le confinement. Dedans-Dehors, la revue de l’OIP, publie un dossier sur « la prison à l’épreuve du coronavirus ». « Alors que la France vient d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour ses conditions de détention inhumaines et la surpopulation chronique de ses établissements pénitentiaires »le pays connaissait un nouveau record d’incarcération, souligne Cécile Marcel. Or, chaque prison est un « cluster » en puissance et si le gouvernement finira par autoriser la libération de 5000 prisonniers en fin de peine, c’est d’abord « de la volonté et des efforts des magistrats – variables d’une juridiction à l’autre – qu’a dépendu la baisse de la surpopulation carcérale ». D’où une répartition très inégale de ces libérations, et des prisons qui sont restées dangereusement surpeuplées.

L’Humanité publie un débat sur « Le capitalisme à l’épreuve du Covid-19 » avec trois économistes : Mathieu Plane, Frédéric Boccara et Philippe Aghion. Celui-ci estime que la crise sanitaire « est un révélateur des problèmes des pays capitalistes ». Et il plaide pour le modèle scandinave qui fonctionne « au travers d’une articulation entre le marché privé des entreprises, l’État et la société civile. En France, on infantilise la population et on muselle la société civile », estime le professeur au Collège de France, qui dénonce les insuffisances du dialogue social. Chez nous, c’est : « Je vous donne une semaine pour réfléchir et je ferai des ordonnances. » Un peu comme pour les décisions en matière sanitaire…

Par Jacques Munier

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