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Préserver le patrimoine architectural : les toits de Saint-Emilion

Changer la ville

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À l’approche des municipales, les enquêtes sur le rôle, les pouvoirs, les bilans ou le profil sociologique des maires se multiplient.

Préserver le patrimoine architectural : les toits de Saint-Emilion
Préserver le patrimoine architectural : les toits de Saint-Emilion Crédits : Getty

« Comment changer la ville », le dossier publié par le mensuel Alternatives Economiques couvre tous ces champs. S’il est vrai que la France détient le record de « l’émiettement communal », le regroupement en communautés de communes se développe sans forcément réduire la marge de manœuvre des maires. Au contraire, estime le politiste Stéphane Cadiou, « l’intercommunalité a renforcé leur pouvoir, car les com’com’ sont des instances surtout composées des maires » et le sociologue Eric Charmes, auteur de La revanche des villages (Seuil) souligne que les petites communes ont un pouvoir de blocage « sur des projets qui auraient dans le passé été décidés par leur grandes voisines seules ». Même si l’intercommunalité n’a pas de légitimité démocratique directe, alors qu’elle assume des compétences comme le plan d’urbanisme, le développement économique ou la gestion de l’eau, elle est le reflet d’une évolution qui confronte désormais les élus à des dynamiques plus complexes que la construction d’une salle des fêtes ou d’une déchetterie. Justin Delépine aborde la question du budget, « une équation de plus en plus difficile » entre recettes réduites et dépenses contraintes, malgré la dotation de l’Etat et la compensation promise pour la suppression de la taxe d’habitation. Les collectivités craignent en effet que cette compensation « soit victime des arbitrages budgétaires du gouvernement dans les années à venir ». Et là aussi, l’intercommunalité présente des avantages, notamment pour les communes les moins bien dotées : la « péréquation » permet de transférer une partie des recettes fiscales des plus riches vers elles, sans toutefois effacer les disparités. Et la baisse continue de la dotation versée par l’Etat se traduit par une diminution de leurs investissements. Or les collectivités locales – régions, départements, communes et intercommunalités – assurent plus de la moitié de l’investissement public. 

Profils sociologiques

Si la sociologie des maires est un peu plus représentative de la population que celle des élus nationaux, les jeunes femmes et les classes populaires restent sous-représentées, relève Vincent Grimault. Peu de maires ouvriers (2,6%) mais davantage d’agriculteurs (13,4%), des cadres, chefs d’entreprise ou retraités : âge moyen 63 ans. Et malgré la loi imposant la parité des candidats qui a permis l’élection de près de 40% de femmes sur les listes, seules 16% d’entre elles sont maires. « Plus on monte dans la hiérarchie municipale, plus la figure du vieux mâle blanc diplômé domine. » Pour Emmanuel Bellanger dans les pages Débats&controverses de L’Humanité, la démobilisation électorale qui affaiblit la légitimité des maires est aussi à l’origine de ce décalage sociologique. « Mais la matrice municipale résiste mieux » du fait de l’émergence de « la démocratie participative » ou de « l’autogestion communale » encouragée par de nombreux élus. Le chercheur en histoire sociale revient sur la contribution des communes françaises à l’ancrage de la République dans les territoires, par le « patriotisme de clocher » et ses sociabilités festives. « Dans les années 1930, plus de 10% des maires de grandes villes sont des ouvriers ou de petits salariés portés à la tête de leur commune à la faveur de la dynamique du Front populaire. » Des communes qui deviennent « le laboratoire du socialisme municipal ». Comités de quartiers, syndicats et associations locales s’emploient alors notamment à résorber l’habitat indigne en promouvant des projets d’urbanisme social.

Sept plaies modernes

Pour Pierre Vermeren, « Les maires ont une lourde responsabilité dans l’enlaidissement de la France ». L’historien estime dans les pages Champs libre du Figaro que la « destruction de la nature, des espèces et des espaces naturels » ou « l’état calamiteux de notre patrimoine architectural et urbanistique, ainsi que la dégradation accélérée du petit patrimoine rural à la charge des communes et de propriétaires désargentés » sont imputables à « sept plaies modernes », comme « l’extension dévorante du bâti périurbain, qui dévore 200 km2 de bois et de terres agricoles par an, soit l’équivalent de deux Paris » et « la constitution hors sol de voies rapides, de réseaux autoroutiers et ferroviaires de TGV qui ont saucissonné l’espace national, quand les anciennes routes nationales ou les lignes de chemin de fer se contentaient de l’irriguer ». Si la responsabilité de l’État est indéniable, « on ne saurait exonérer les maires -notamment ceux des 5 000 villes de plus de 2000 habitants ». L’historien pointe notamment l’intercommunalité derrière laquelle « les maires ruraux comme ceux des grandes agglomérations peuvent se retrancher » et  « qui organise l’irresponsabilité des élus au profit d’une instance en partie élue dans des conditions qui échappent au commun des électeurs » : « hors de tout contrôle démocratique », la pression des maires les plus puissants s’exerce, selon lui, dans les petites communes au détriment du pouvoir des maires ruraux et des opposants.

Par Jacques Munier

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