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"Le pire reste la pause méridienne et les cantines bondées de jeunes"

La grève, mode d’emploi

5 min
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Un appel intersyndical à la « grève sanitaire » a été lancé pour aujourd’hui par les enseignants des écoles et des collèges revendiquant davantage de protection face à la pandémie.

"Le pire reste la pause méridienne et les cantines bondées de jeunes"
"Le pire reste la pause méridienne et les cantines bondées de jeunes" Crédits : AFP

Le protocole sanitaire « renforcé » présenté la semaine dernière prévoit des demi-groupes uniquement au lycée. « Le ministre refuse pour l'heure d'étendre cette solution » aux collèges rappelle Faïza Zerouala dans Mediapart. Les enseignants de ces établissements souhaiteraient également sa mise en place. Il est vrai que les images diffusées sur les réseaux sociaux, sous le mot-dièse #BalanceTonProtocole, sont édifiantes sur les difficultés à faire respecter les consignes de distanciation sociale et de non-brassage des élèves.

Le pire reste la pause méridienne et les cantines bondées de jeunes, sans masques forcément, dans des salles peu ou pas aérées.

Même si le ministre a estimé cette semaine que les chiffres des contaminations d’élèves et d’enseignants sont « maîtrisés », dans sa note du 26 octobre, le Conseil scientifique considère que les collégiens et lycéens sont aussi contagieux les uns que les autres : « Les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes ».

Grève "sanitaire" 

Une « grève sanitaire », c’est nouveau dans le répertoire d’action collective des mobilisations. C’est dû aux circonstances, évidemment, mais la grève a toujours su évoluer depuis ses origines, en fonction des situations et des contraintes, comme le montre l’histoire des mouvements de revendication des femmes dans l’industrie, avec le poids de l’assignation à l’espace domestique, au soin des enfants, qui pouvait entraver leur engagement. Comme le rappelle Ève Meuret-Campfort dans la revue Mouvements, « les femmes accèdent au droit de se syndiquer en même temps que les hommes en 1884 » mais « elles doivent obtenir une autorisation maritale jusqu’en 1920 ». Et même si l’histoire a eu tendance à sous-représenter leur place dans les conflits du monde ouvrier, les historiennes ont retrouvé les traces de mouvements spécifiquement féminins parmi les ouvrières du textile, les sardinières, les moulineuses de soie, les bobineuses de tissage du coton, les ouvrières du tabac etc.

La tech en grève

« Grèves générales », c’est le titre du dossier de cette dernière livraison de la revue Mouvements, publiée à La Découverte. « Depuis les années 1980, les grèves revendicatives ciblant un employeur sont en déclin, tandis que les grèves sectorielles ou interprofessionnelles ciblant l’État ont connu un essor sans précédent », soulignent les coordinateurs du dossier. Il s’agit en l’occurrence et le plus souvent des réformes de la protection sociale et du droit du travail. Les grèves visant des enjeux plus immédiats comme les salaires, l’emploi ou les conditions de travail ont considérablement reculé. Elles se produisent néanmoins dans les secteurs les plus précarisés, et notamment ceux qui relèvent de l’économie de plateforme, même si la précarité de l’emploi est un facteur de fragilisation de l’action collective. Les sociologues Sarah Abdelnour et Sophie Bernard ont étudié comment elle s’adapte à ces contraintes nouvelles à travers les pratiques protestataires des chauffeurs de VTC. En octobre 2015, la société Uber baisse le prix des courses de 20% sur le service UberX. Un an après, elle fait passer sa commission de 20 à 25% et disparaître les primes. L’action concertée qui est alors préconisée par ces travailleurs entre guillemets « indépendants », c’est la déconnexion massive des chauffeurs, privant ainsi la plateforme des moyens de répondre à la demande des clients. « Mais la difficulté tient précisément à l’effet de masse qui est nécessaire pour que ce mode d’action se révèle efficace. » Ce qui est déjà rare dans les mouvements classiques s'avère encore plus compliqué dans le cas de ces travailleurs dont la particularité du statut les amène à se voir davantage comme concurrents que solidaires. C’est pourquoi ils ont également recours aux « opérations escargot », qui ont le double avantage de faire parler d’eux à moindres effectifs, tout en informant ainsi leurs collègues. Et pour cimenter l’esprit collectif, les « barbecues » revendicatifs et festifs devant le siège des plateformes ont renouvelé le répertoire des formes d’action. Les plus militants d’entre ces travailleurs précaires ont conscience de défendre non pas seulement « les intérêts particuliers d’une profession, mais ceux de l’ensemble des travailleurs menacés par l’ubérisation ». Même chose dans « le gouffre de la logistique » contre Amazon. « Le patron pense global, alors nous devons le faire aussi », résume une syndicaliste polonaise.

Tous les produits qui partent de chez nous vont en Allemagne, et s’ils font grève en Allemagne, le travail vient chez nous en Pologne.

D’où l’intérêt de se coordonner pour faire grève de concert. Mais paradoxalement, pour des raisons juridiques, c’est plus facile en Allemagne qu’au pays de Solidarnosc. 

Par Jacques Munier

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