LE DIRECT
Boris Johnson au musée Madame Tussauds à Londres en 2009

Le monde d’après

5 min
À retrouver dans l'émission

La période d’incertitude ouverte par le Brexit est à l’image des évolutions qui se dessinent dans le monde.

Boris Johnson au musée Madame Tussauds à Londres en 2009
Boris Johnson au musée Madame Tussauds à Londres en 2009 Crédits : Getty

« Un monde radicalement incertain, qui se referme, où le bras de fer devient la nouvelle règle du jeu et où le politique perd la main » estime Jean-Marc Vittori dans Les Echos. Alors que vont commencer pied à pied les discussions sur tous les aspects des nouvelles relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, l’éditorialiste clame son ignorance de ce qu’est le Brexit, malgré les dizaines d’études économiques publiées sur le sujet. Et c’est pour lui la grande leçon de l’événement, cette ignorance que désigne et recouvre aussi l’acronyme forgé par les militaires américains pour décrire la géopolitique de l’après-guerre froide : VUCA, pour volatilité, incertitude, complexité et ambiguïté. 

Nous avons cru que la politique et l’économie y échapperaient, que le monde allait devenir plat et donc plus prévisible comme le disait l’essayiste américain Thomas Friedman. C’est l’inverse qui se produit.

Le principe d’irresponsabilité

Leçon annexe venant du peuple qui a inventé la démocratie parlementaire il y plus de trois siècles et désormais l’un des pionniers de sa décomposition : « Le principe d’irresponsabilité prend le dessus. »

Irresponsabilité de David Cameron, qui a lancé le référendum pour de basses considérations politiciennes, des vainqueurs du vote, qui ont fui la scène publique au lendemain des résultats, de Boris Johnson qui porte triomphalement le Brexit alors qu’il avait hésité à choisir le camp pro-européen.

Mais la grande leçon concerne donc le monde à venir : « des barrières peuvent surgir n’importe quand et n’importe où dans un monde qui risque désormais davantage de se morceler que de s’unifier ». Et les Britanniques pourraient bien en être les premières victimes, avec un royaume au bord de l’éclatement en Irlande et en Ecosse. Comme dit Laurent Joffrin dans sa lettre quotidienne aux abonnés de Libération, « Le souverainisme est contagieux, ce n’est pas le moindre de ses défauts ».

Contagion souverainiste

Les murs qui s’élèvent et les frontières qui se ferment nourrissent aussi des fantasmes aux relents de guerre larvée. Le quotidien Folha de São Paulo, relayé par le site de Courrier international, a révélé un document du ministère brésilien de la Défense qui émet quelques « hypothèses plutôt délirantes » – comme une attaque au coronavirus lors du festival de musique Rock in Rio en 2039 – et qui fait de la France la principale menace militaire pour le pays, suite au conflit qui a opposé le président Bolsonaro à Emmanuel Macron au sujet des incendies en Amazonie, à laquelle le président français avait suggéré d’accorder un statut international. Le quotidien rappelle, non sans une pointe d’humour, le précédent de « la guerre de la langouste » au début des années 1960, lorsque des navires français pêchaient le crustacé au large du Pernambuc, dans le Nordeste et qui avait conduit à la mobilisation de bâtiments de guerre français et brésiliens… En l’occurrence l’épisode le plus guerrier était resté verbal mais n’a jamais été oublié par les Brésiliens. C’est la phrase fatidique : « Le Brésil n’est pas un pays sérieux. » couramment attribuée au général de Gaulle, mais en réalité prononcée par l’ambassadeur de France de l’époque. Rappelons que la question de la pêche sera sans doute le prochain contentieux sérieux avec la Grande-Bretagne. Les pêcheurs du continent qui ont perdu l’accès aux eaux britanniques de Guernesey le 31 janvier, l’ont retrouvé le 5 février et pourraient le reperdre bientôt. Nous voici donc à nouveau dans l’ère des bras de fer, qu’incarne à merveille le président américain.

Seule la justice est souveraine

C’est pourquoi il est si utile mais aussi émouvant de se plonger dans les Écrits de New York et de Londres de Simone Weil en 1942-1943, rassemblés et parfaitement édités sous la direction de Robert Chenavier chez Gallimard. À l’époque, la philosophe qui n’a de cesse de rejoindre la résistance sur le sol français est notamment chargée par les responsables de la France libre d’une mission de réflexion sur la constitution politique à envisager pour l’après-guerre. Comme le rappelle Richard Figuier sur le site En attendant Nadeau, elle finit par donner sa démission du commissariat national à l’Intérieur en juin 1943, parce qu’elle a « le sentiment que les hommes de la France libre ne parviennent pas à dépasser le stade de l’organisation de la prise du pouvoir après la Libération. Si la Résistance a « ramassé la légitimité jetée au rebut », l’avoir recueillie ne lui confère qu’une légitimité de dépositaire. Pour Simone Weil, la légitimité qui s’impose dans l’exercice du pouvoir lui est conférée par la seule souveraineté qui vaille : la justice. 

Ce qui est souverain en fait, c’est la force, qui est toujours aux mains d’une petite fraction de la nation. Ce qui doit être souverain, c’est la justice.

Par Jacques Munier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......